Les germanistes de l'USN et la recherche

Jean-Louis Georget Nous explique

"Beaucoup de nos sujets rejoignent les questions de l'après-crise. Je fais moi-même un cours sur la géopolitique d'après-Covid - mais dans la mesure où notre recherche porte sur l'Allemagne et la France et que les thèmes de l'environnement ou de l'écologie sont centraux dans les deux pays, il est inévitable qu'on les retrouve dans notre travail - qu'il porte sur l'histoire ou la sociologie de l'Allemagne, sa littérature, son théâtre ou sa culture, voire sa langue".

Le CEREG est une "EA", c'est-à-dire une équipe d'accueil, plus précisément celle des germanistes. Elle a fusionné en 2009 avec l’EA des germanistes de l’Université de Nanterre Paris 10. Aujourd’hui, le CEREG compte également des membres de l’Université Saint-Denis Paris 8, mais de manière très informelle. Comme les autres équipes d’accueil de notre université, le CEREG dispose de quelques locaux (bureaux, salles de réunion et de conférence) au sein de la Maison de la Recherche de l’USN, située au 4 rue des Irlandais, non loin du Panthéon. Derrière sa modeste façade, la Maison de la Recherche cache un vaste et agréable espace pour les doctorants et les chercheurs de l’USN.

Les recherches du CEREG sont orchestrées par un grand thème. En ce moment, c'est la "narrativité". En général, un thème se renouvelle tous les cinq ans, lors des évaluations du Hcéres. Ce renouvellement est crucial puisque c'est aussi un renouvellement individuel pour chaque chercheur. La nouvelle équipe de direction, composée du civilisationniste Jean-Louis Georget et de la linguiste Anne Larrory Wunder, s’emploi donc actuellement à la redéfinition du grand thème. Le travail d’une équipe de direction c’est « reprendre un héritage et redonner une impulsion » explique Jean-Louis Georget. Après réflexion, le choix du nouveau thème s’est porté sur “espace/espace”.

Les champs de recherche du CEREG se structurent selon quatre grands axes : la littérature, la linguistique, la civilisation et l’histoire des idées. Chacun de ces axes possède plusieurs sous-sujets, dans lesquels on retrouve les projets de recherche menés individuellement ou en groupe. Ce classement « tiroir » permet d’une part de ranger et donc de rendre plus clair les projets du CEREG, mais il permet également de créer une cohérence au sein de l’équipe.

 

Un germaniste avec un prisme international

 

Tout comme les autres groupes de recherche, le CEREG n’est pas une cellule isolée, mais collabore avec des chercheurs allemands : ensemble, ils organisent des colloques et ont des projets communs. Mais le CEREG a également des partenaires au-delà du monde germanique. Il mène par exemple un projet linguistique en collaboration avec l’Allemagne, la Pologne et le Japon. Jean-Louis Georget explique que les partenariats créent une forme de complémentarité, ils permettent « d’élargir le champ des connaissances ».

Aujourd’hui, les recherches sur l’espace germanophone ne se font plus dans une optique de comparaison entre les deux pays, mais plutôt de perspective franco-allemande sur divers sujets. Le CEREG, en tant qu'équipe d'accueil française, apporte un point de vue extérieur sur l’espace germanophone. En même temps, la recherche allemande rejaillit forcément sur les travaux français, car « la langue contraint la pensée ». 

Les recherches sur l’espace germanophone ne se réduisent pas aux frontières européennes. Sur le continent américain, il y a par exemple lesdits "German Studies" qui se concentrent sur les humanités dans l’espace géographique de l’Allemagne. En Asie, l’espace germanophone est également étudié en Chine, en Corée du Sud et au Japon. Paradoxalement, la France et l’Allemagne, toutes deux voisines, ne se connaissent pas si bien. Les études et les recherches françaises sur l’espace germanophone ont donc également cette mission de mieux faire connaître l’Allemagne aux français pour éviter de tomber dans les clichés, qui sont, aujourd'hui encore, très présents.

 

Une recherche en permanente évolution

 

Jean-Louis Georget explique qu’il y a encore quelques années, les thèmes abordés en civilisation des pays de langue allemande, se focalisaient principalement sur l’aspect politique et économique. Un des grands axes de recherche était par exemple la Réunification. De nos jours, ces thèmes sont presque arrivés à ce qu’on pourrait appeler un « aboutissement ». On les a alors quelque peu délaissés au profit d’autres thèmes comme le climat, l’écologie ou encore le passé colonial de l’Allemagne. On voit donc que les grands thèmes changent en fonction des époques. Pour prendre un autre exemple, la recherche en linguistique est également en permanente évolution puisque la langue elle-même et la manière de l’appréhender évoluent avec l’émergence de nouveaux outils comme les moteurs de traduction. La recherche est inépuisable puisqu’il y a toujours une « nouvelle manière de voir le monde en fonction du contexte dans lequel on vit ».

 

Jean-Louis Georget explique les différences entre le statut de chercheur en France et celui en Allemagne. Il est vrai qu’en France il y a un manque évident de postes dans la recherche, mais les postes existant sont plus stables qu'ailleurs. En moyenne, un chercheur français obtient un poste fixe plus tôt, aux alentours de 35 / 40 ans, contre 45 / 50 ans pour un chercheur en Allemagne. L'Allemagne souffre également d'un manque de postes dans la recherche, mais contrairement à la France elle n'accueille presque aucun chercheur étranger. On pourrait donc qualifier la recherche en Allemagne de recherche nationale, en opposition à la recherche internationale présente en France.

 

ECR

 

Jean-Louis Georget 

Enseignant-chercheur français spécialisé sur l’espace germanophone et principalement reconnu pour ses travaux en ethnologie allemande. Il se concentre en ce moment sur la restitution des “œuvres d’art dans les musées”. Depuis juin 2021, il dirige, avec Anne Larrory, le Centre d’Études et de Recherches sur l’Espace Germanophone (CEREG).

 

 

Fonctionnement de la recherche en France

Depuis quelques décennies, chaque chercheur français doit faire partie, ou être associé à un groupe de recherche. Il en existe deux types : les groupes de recherche des grands organismes, appelés les Unités Mixtes de Recherche et les groupes de recherche universitaires, appelés Équipes d’accueil. Au sein de ces groupes, les chercheurs sont de plus en plus souvent intégrés à des projets d’équipe, généralement à gros financements, mais ils possèdent encore chacun leurs propres champs de recherche. Les chercheurs et les groupes de chercheurs peuvent collaborer de façon informelle, et internationaliser la recherche. Tous les cinq ans, les groupes de recherche français sont évalués par la Haut Conseil d’Évaluation de Recherches et d’Études Supérieures (Hcéres).