Être journaliste web au Maroc

Conférence sur les conditions de travail pour les journalistes d'investigation en ligne, 26 octobre 2016

Hicham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha
Hicham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha

Hicham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha ont participé au débat sur les conditions de travail des journalistes d’investigation en ligne au Maroc, animé par le master franco-allemand de journalisme de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3.

 

Hicham Mansouri est diplômé de l'institut supérieur de l'information et de la communication de Rabat et a été condamné à la prison pour son article sur l'import de déchets industriels toxiques provenant d'Italie. Abdessamad Ait Aicha (Samad Iach) est lui aussi journaliste d'investigation, engagé dans la défense de la liberté de presse des journalistes d'investigation au Maroc. Tous les deux sont poursuivis pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « atteinte à la loyauté des citoyens aux institutions constitutionnelles ». Leur procès, ainsi que celui de cinq autres défenseurs des droits humains au Maroc a été reporté au 25 janvier 2017.  

 

Les conditions de travail pour les journalistes au Maroc

 

 Aujourd'hui, internet et les réseaux sociaux en général sont à la fois une opportunité mais aussi une contrainte, car tout le monde y a accès. Ces outils sont d'autant plus importants dans les pays où la liberté de presse est limitée comme au Maroc. Il s'agit donc de repenser la production ; pour trouver l'information la plus intéressante et la plus percutante, et surtout l'information vérifiée nécessite un grand travail de veille .

 

Internet, un outil de diffusion et de protection ?

 

Au Maroc, il existe différents moyens pour protéger son identité en ligne de la surveillance importante de l’État, mais il n'y a pas de protection totale. Le gouvernement utilise des logiciels de collecte massive d'informations, et donne aujourd'hui des conseils aux pays démocratiques concernant la surveillance numérique. Cela montre l’ambivalence de l’usage d’internet : c’est l’outil de diffusion principale mais aussi le principal moyen de traquer les journalistes. La question du financement est un autre problème : le journaliste est rarement rémunéré puisqu'il ne répond à aucune commande. On peut alors parler de journalisme engagé, qui ne se conçoit pas comme un travail mais comme un outil de dénonciation citoyenne.

 

Utilisation de procédés douteux pour condamner les journalistes

 

Les condamnations et les attaques des journalistes d'investigation au Maroc se font toujours de façon indirecte et en invoquant des motifs erronés car le Maroc ne veut pas apparaître comme un régime dictatorial pour le monde extérieur.

Quels outils pour travailler sur internet?

 

Le but de cette conférence était de témoigner des conditions de travail des journalistes d'investigation au Maroc, de donner des pistes concernant une utilisation professionnelle d'internet pour mener des investigations mais aussi trouver des informations, sans pour autant avoir recours au dark ou au deep web. Le risque de ces derniers est de tomber dans l'illégalité, la frontière entre légal et illégal étant beaucoup plus fine, beaucoup plus facile à franchir sur internet.

 

Voici donc quelques exemples des sites proposés par Samad Iach :

 

  • Keepr : moteur de recherche pour chercher tous les articles publiés sur twitter ;

  • Fotoforensics : outil comparateur de photographie pour pouvoir en vérifier l'authenticité ;

  • Tutanota : permet de chiffrer toutes les données sur l'ordinateur, mais aussi les échanges d'emails 

Hicham Mansouri et Samad Iach espèrent pouvoir retourner au Maroc et continuer leur travail, sans avoir à le faire dans la crainte et la menace constante.

Pour les soutenir, une pétition #Justice4Morocco circule en ligne.

Vous pouvez retrouver l'article concernant cette conférence sur le site de Berlin sur Seine.