Qui suis-je ?

 J’enseigne aujourd’hui au sein du département d’études germaniques à la Sorbonne Nouvelle Paris 3. Pourtant l’allemand n’était à l’origine pas ma vocation première, mais plutôt une partie de mon identité… qui suis-je ?

 

Né d’une mère allemande et d’un père français, j’ai grandi principalement en France, tout en conservant un lien avec l’Allemagne, mes grands-parents et de la famille résidant en Rhénanie. L’allemand fut ma première langue, mais je devins très rapidement bilingue.

 

Lors de ma scolarité, je fréquente le lycée international de Saint-Germain en Laye et j’obtiens mon bac option international allemand.

Je poursuis ensuite des études d’économie, après avoir intégré l’ENS, tout en validant à distance une licence d’allemand à Nanterre. Après l’obtention de mes licences, j’hésite à poursuivre en économie : attiré par l’épistémologie de l’économie et par l’histoire de la pensée économique, mon tuteur de l’ENS me met en garde car il a peur que ce soit une « voix de garage ».

 

Je m’inscris finalement en maîtrise d’études germaniques à Nanterre – en étant parallèlement  toujours scolarisé à l’ENS – et je pars en ERASMUS à Berlin, où je suis des cours à la Freie Universität et au Centre Marc Bloch. Ma maîtrise d’allemand portait tout de même sur un sujet plutôt économique : la « Treuhandanstalt ». Je passai ensuite l’agrégation d’allemand à mon retour, en écrivant cette-fois ci sur les exilés germanophones au Canada (à Paris 8). Je laissai donc définitivement l’économie au second plan, même si par la suite j’allais être amené à enseigner l’économie et l’histoire économique en LEA à Paris 3.

 

Je repars à Berlin pour effectuer mon Service National à l’ambassade de France. L’année d’après, je m’envole vers le continent américain, où je deviens lecteur d’allemand à l’université de Berkeley en Californie. Je ne me suis jamais senti aussi bien qu’en tant que franco-allemand à l’étranger, et je serais volontiers resté en Amérique du Nord, mais ma thèse à Paris m’attendait. Je rentre alors en France, où je me sens aussi très bien, et deviens docteur en études germaniques.

 

Que représente pour vous le franco-allemand ? Ayant beaucoup baigné dans l’autocélébration du franco-allemand, j’ai plutôt souhaité m’en décentrer. Autrement dit, le fait d’être franco-allemand m’a donné très envie de trianguler cette identité, c’est-à-dire d’aller voir ailleurs. C’est pour ça que je suis parti aux Etats-Unis, puis au Canada par la suite.

 

Selon moi, le franco-allemand est d’autant plus intéressant lorsqu’on arrive à le transposer à un autre niveau. On a d’ailleurs eu l’occasion d’avoir ces discussions au sein du département : ainsi, Jürgen Ritte avait, me semble-t-il, été invité à Chypre parce que les Chypriotes turcs et les Chypriotes grecs sont très intéressés par la réconciliation des « ennemis héréditaires » et souhaitent s’inspirer de cette amitié franco-allemande pour mieux comprendre leur propre conflit et les éventuelles issues possibles.

  

Une anecdote pour finir ? Bien que je ne sois pas un grand adepte du football, je me souviens encore de la Coupe du monde de 1982, qui fut loin d’être un événement sans importance au sein d’une famille franco-allemande. Le joueur allemand Schumacher était rentré dans le français Battiston et avait « privé » la France de la victoire. Cet incident faisait resurgir quelques vieilles tensions : d’un côté mes grands-parents français avaient certainement eu du mal à accepter que leur fils épouse une Allemande (mon grand-père avait fait la courte guerre en 1940), de l’autre, mes grands-parents allemands ont toujours eu une certaine méfiance vis-à-vis de la France, ainsi qu’une forme de sentiment de supériorité : l’Allemagne fonctionne toujours bien, contrairement à la France ! (Il rit) C’est possible que ça ait éveillé ma curiosité et influé sur ma manière de faire des études germaniques…

 

Qui suis-je ?

 

Propos recueillis par lib