Post-croissance et renoncement inventif

Niko Paech, Se libérer du superflu, traduit par Gabriel Lombard, Rue de l'Echiquier, 2016

« Serions-nous capables de vivre autrement ? » Telle semble être la question principale posée dans le livre de l’économiste allemand Niko Paech, Se libérer du superflu, vers une économie de post-croissance, traduit vers le français par un alumni du Master journalisme franco-allemand, Gabriel Lombard. Ce livre se compose d'une préface, rédigée par Geneviève Azam, de six chapitres, d'un entretien avec Niko Paech (pour l'édition française) et d'une postface de Bruno Lhoste, directeur de la collection Initial(e)s DD qui publie les livres, pour le public francophone, de celles et ceux qui inventent le développement durable.

 

Dès la préface, le ton est donné : « La croissance économique, comme processus régulier, continu, auto-entretenu, appartient au passé, malgré les illusions de la croissance verte et dématérialisée et celles d'un surtout technologique. Les analyses et propositions contenues dans ce livre sont inspirées par la conscience d'un effondrement de nos sociétés et de leurs promesses. » Cet ouvrage montre avec clarté l'importance de changer ou modifier grand nombre des fonctionnements et comportements du monde actuel pour s'assurer de (mieux) vivre demain. Il y est question du saccage des ressources naturelles, du réchauffement climatique et de la croissance économique. Ce livre, au-delà de sa thèse, est très engagé sans pour autant être moralisateur. La sonnette d'alarme est tirée.

 

Une technologie verte n’épargne pas forcément nos ressources 

 

Niko Paech plaide pour une autre façon de vivre, sans le superflu que l'on trouve beaucoup en Occident. Il s’intéresse également aux nouvelles technologies : « Choisir des technologies toujours plus innovantes, toujours plus « vertes » même, c'est cultiver l'exploitation toujours plus forcenée de ces ressources. » (p.53) Au troisième chapitre de son ouvrage, l'auteur insiste sur l'impact écologique des innovations techniques et technologiques. Il explique que le lithium, présent dans des batteries et le coltan, présent dans des téléphones portables par exemple, sont des minerais très difficiles à extraire. Sans ces minerais, ces « terres rares », il est strictement impossible de construire ce qui nous accompagne maintenant au quotidien, à savoir les smartphones, les ordinateurs, les écrans plats et autres objets technologiques.

 

Se servir de ses mains

 

La question de l'éducation et de la formation des jeunes est largement posée, notamment dans le deuxième chapitre. Que peut-on apprendre aujourd'hui et comment ? Il est évident que l'on apprend plus de nos jours de la même manière qu'autrefois, car le numérique prend de plus en plus de place. Niko Paech dénonce alors le fait que les jeunes, aujourd'hui, malgré de grandes capacités de « réflexion et de communication » ne savent plus se servir de leurs mains, si ce n'est pour utiliser un smartphone ou une tablette tactile. Par ailleurs, l'une des conclusions polémiques qui suit cette affirmation dénonce le système éducatif « occidental » actuel : « Quoi de plus honteux pour un brillant philosophe ou mathématicien que de finir à la caisse de Lidl ? »(p.42)

 

L’économie doit renouer avec ses responsabilités sociales

 

La pensée de Niko Paech, explicitée de façon très claire, peut déplaire à certains :  « La post-croissance n’engage pas à des actions supplémentaires, elle nous invite au renoncement inventif. »  Un changement est encore possible. Paech formule de nombreuses propositions pour que nous puissions imaginer un renversement de la situation. Une économie de post-croissance vise la « responsabilité de l’agir économique ». Plutôt que d’ajouter toujours plus d’innovations, de modes de fonctionnement pour tenter de mieux vivre, la solution n’est-elle pas de se passer de ce qui est superflu ? « Acheter moins et s’organiser, échanger, consommer et produire ensemble pour « ré-encastrer l’économique dans le social ». Telle est l’une des solutions proposée dans cet ouvrage.

clr