Lettres de Proust

Aux éditions Surhkamp parait en deux volumes, les traductions inédites des lettres de Marcel Proust écrites entre 1879 et 1922, suite aux travaux de Jürgen Ritte, Achim Russer et Bernd Schwibs. En tant qu’étudiants en Etudes germaniques, nous nous sommes demandés en quoi consistait ce travail et quels en étaient les enjeux.

 

Il s’agit tout d’abord d’un travail purement biographique : montrer en quoi Proust se reflétait à travers ses lettres, et offrir au lecteur une rencontre avec l’auteur par un biais nouveau. Ce travail de sélection et de traduction est complété par un travail de re-contextualisation et d’intertextualité entre les lettres et les références via des annotations et des commentaires. « L’essentiel de ce travail n’est pas la traduction, mais bien la re-contextualisation », nous a confié Jürgen Ritte.

 

L’objectif de l’équipe était de faire ressurgir quelque chose du contexte historique dans lequel Marcel Proust a évolué. Les lettres doivent être lues comme des documents de l’époque et montrer comment sa couche sociale a évolué avec lui depuis le début des années 1900 jusqu’à l’après-guerre.

 

Au plus près de Proust, ces lettres permettent de retracer la genèse d’une sensibilité et d’une œuvre majeure. L’ensemble de ces lettres comporte des évocations, des prémices de La Recherche du Temps perdu et montre l’implication de Proust dans la vie et le monde littéraire de son temps (correspondances et affinités avec des critiques littéraires).

 

Loin des préjugés le concernant, sa correspondance démontre en quoi « Marcel Proust était loin d’être le mondain, le dandy, le snob qu’on a souvent voulu faire de lui » : Proust était avant tout un homme engagé ! Sa personnalité de journaliste politique se révèle dans son refus de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, son implication pendant la Première guerre mondiale (critique des médias et de la propagande de guerre) et son combat en faveur de Dreyfus – il faisait d’ailleurs partie des tous premiers signataires de l’article J’Accuse ! d’Emile Zola.

 

« Ce n’était pas quelqu’un qui écrivait pour la postérité, contrairement à Thomas Mann. […] Ce n’est que vers 1918, avec le Prix Goncourt, qu’il se demanda pour la première fois ce que pouvaient devenir ses lettres, il avait peur qu’on les publie : voilà ce qu’on en a fait, tant pis pour lui ! »

 

Jürgen Ritte a fondé la Marcel Proust-Gesellschaft à Cologne en 1982. Il s’agit d’une société de savants et de lecteurs. L’idée de départ consistait à réunir sous un même toit des experts de Proust et de son œuvre (universitaires, critiques littéraires), mais aussi des lecteurs, des curieux de l’œuvre de Proust. Cet appareillage est un phénomène assez rare dans la société savante qui engendre généralement une scission entre le monde des chercheurs et celui des lecteurs.

ana, bem