Lettre de Ostfildern

Dès mon premier cours en quatrième, j’ai su que je voulais être professeur d’allemand, alors j’ai fait une licence d’allemand à Paris 3. Dès que j’ai entendu parler du programme d’assistanat en troisième, j’ai su que je voulais le faire, alors j’ai posé ma candidature. Et me voici affectée pour huit mois en tant qu’assistante de français dans un Gymnasium de Ostfildern, au sud de Stuttgart.

 

Voici donc maintenant plus de deux mois que je suis arrivée dans la banlieue de Stuttgart. Moi qui voulais du changement, je ne suis pas déçue ! En France, pour aller travailler, je ne vois que des trains et des gens moroses ; ici, à Ostfildern, je vois des montagnes, des champs, des poules et des moutons. À Paris, nous sommes contents lorsqu’il neige au moins une fois dans l’année ; ici, à Ostfildern, les premiers flocons tombent début octobre. À la fac, tous les matins, j’allais acheter mon croissant ; ici, à Ostfildern, on m’offre le croissant parce que je suis « la française qui est passée dans le journal ». En région parisienne, mon quotidien, c’est métro-boulot-dodo ; ici, à Ostfildern, c’est un petit peu de travail, mais surtout des visites, des rencontres, des découvertes et des redécouvertes ! 

Puisque cette région, je la connaissais déjà un peu, et je ne l’ai donc pas choisie par hasard : je sais qu’il y fait bon vivre, je sais que les gens y sont souriants et accueillants, je sais que les paysages y sont beaux, je sais que la culture y est riche. Je sais que je m’y sens bien, tout simplement. Et en effet, même pas une semaine après mon arrivée, la nouvelle Céline était déjà en route : moins nerveuse, moins stressée, moins de problèmes de santé. Depuis que je suis ici, je vis comme jamais je n’ai vécu. Même si mes amis me manquent.

Heureusement, je les revois à travers les souvenirs auxquels les cours me renvoient. Pour faire étudier le gérondif aux élèves de la dixième classe, rien de mieux que « En chantant » de M. Sardou ; et alors, je me revoie écouter en quatrième « 99 Luftballons », ma première chanson allemande. En classe de sixième, où je joue les dialogues avec la professeur de français ; et alors, je me souviens du premier dialogue que j’ai appris « Hallo. Ich bin Lena. Das Mädchen hier ist meine Schwester – Ich bin Lisa. Und wir sind beide 14. ». En classe de K1, lorsque je vais toute seule dans une salle avec un petit groupe d’élève ; et alors, je revois toutes les assistantes que j’ai eu au lycée, qui m’ont donné envie de partir, moi aussi, un jour, apporter ma culture française aux élèves allemands, et à qui je dois donc en partie de vivre cette merveilleuse aventure. 

Oui, pouvoir aller au Cannstatter-Volkfest (la fête de la bière de Stuttgart), faire la tournée des marchés de Noël souabes, retourner à Kirchheim / Teck, première ville allemande où j’ai été, manger des bretzels et boire de l’Apfelschorle, demander à un élève de 11 ans de ranger son doudou dans son sac pour que l’on puisse travailler, partir à la recherche du mur de la salle de classe manquant, donner un petit bout de France et recevoir un gros bout d’Allemagne en échange, participer, d’une toute petite pierre à la grande amitié franco- allemande, c’est une merveilleuse aventure.

 

C’est ce que j’attendais, et c’est ce que j’ai ! 

 Céline