Daniel Argelès :

Klaus Schlesinger ou l'écriture de l'histoire

 Presses Universitaires du Septentrion

Villeneuve d'Ascq, 2017

354 pages

« On travaille sur les sujets qui nous travaillent »

 

Dans son ouvrage, Daniel Argelès nous initie à la vie et à l’écriture de Klaus Schlesinger, un auteur entre l’Est et l’Ouest, entre frontières et libertés, entre fiction et réalité.

 

Le livre retrace l’œuvre de Schlesinger à travers les différentes étapes de sa vie : l’enfance marquée par le national-socialisme, la vie en RDA, le passage à l’Ouest et, finalement, les années après la chute du mur. Argelès relie les recherches effectuées sur l’écrivain à son œuvre, avec une approche très personnelle : « La proximité est intéressante si elle est réfléchie », explique-t-il. « Il y a dans une approche qui se veut seulement scientifique une façon de nier l’affectif et le personnel ».

 

Klaus Schlesinger – homme passionnant, écrivain singulier

 

Daniel Argelès, maître de conférences en allemand à l’École polytechnique à Palaiseau et membre du CEREG (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’espace Germanophone), a fait la connaissance de Klaus Schlesinger en 1992 : « Je vivais alors à New York, et j’ai débarqué à Berlin en ’92. J’ai eu la possibilité d’aller voir la ville trois ans après la chute du mur ! Et j’avais ce numéro de téléphone de Klaus Schlesinger. Ou peut-être juste une adresse, je ne sais plus. Finalement, j’ai pu loger presque une semaine entière chez lui, par le biais de mon père qui avait traduit un de ses romans. J’ai été très frappé par cet accueil et par les visites qu’il m’a fait faire », raconte-t-il. « C’était quelqu’un de très affectueux, assez passionnant. On a pas mal discuté, il m’a montré la ville et il s’est créé un lien assez fort ». Ensuite, il a commencé à lire les textes de Schlesinger, dont un roman et une nouvelle ont été traduits par son père, ce qui a renforcé le lien personnel qu’il ressent pour l’œuvre de l’écrivain berlinois.

  

La méthode Argelès

 

En rédigeant son livre, qui est d’ailleurs dédié à Klaus Schlesinger, Argelès n’a pas cherché à conserver une distance. Il s’explique : « Je ne pense pas que la distance soit intéressante. On n’écrit jamais sur des choses dont on serait à distance : on travaille sur des sujets qui nous travaillent. Un auteur se construit par son rapport à l’objet, par la forme qu’il donne à ce rapport ». Pour Argelès, l’écriture de Schlesinger est unique « parce qu’elle est simple. Il a toujours écrit dans une langue relativement simple, en amenant la complexité plutôt au niveau de la configuration narrative du récit. Et puis, il y a une vraie singularité thématique ».

 

Les perspectives d’un esprit vagabond  

 

 C’est à cette « singularité thématique » que Daniel Argelès rend hommage. Il a choisi d’aborder non seulement la signifiance de l’œuvre de Klaus Schlesinger dans la littérature germanophone, mais également de décrire la manière dont elle s’insère dans le parcours historique de l’Allemagne, du régime nazi jusqu’à la réunification. Il se sert ainsi du meilleur qu’offrent deux approches méthodologiques bien différentes en liant l’analyse scientifique des extraits et des motifs récurrents dans l’écriture de Schlesinger, au travail biographique : Schlesinger mesurait constamment l’étendue des espaces privés, sociaux et politiques qui l’entouraient en marchant à travers la ville. De là émane la forte cohérence de l’œuvre de Daniel Argelès qui prend non seulement en compte la logique intérieure de l’écriture de Schlesinger, mais encore sa place dans une société allemande en perpétuel changement. 

 

En ce sens, le titre Klaus Schlesinger ou l’écriture de l’histoire tient ses promesses. Le livre présente de façon exhaustive l’auteur et son œuvre (Klaus Schlesinger), de même que son personnage, encore peu connu des deux côtés du Rhin, en dépit de ses perspectives inédites sur les différents régimes et frontières en Allemagne (l’écriture de l’histoire).

 

Quel public ciblé ?

 

On pourrait toutefois s’interroger sur le public ciblé par cette forme de travail scientifique présentant son sujet de manière très vivante. Alors que les recherches réalisées dans le cadre du CEREG s’adressent par définition à la communauté universitaire des germanistes, les œuvres de Klaus Schlesinger sont citées dans leur traduction française. 

Daniel Argelès

Conscient de la difficulté d’initier à un écrivain méconnu, Daniel Argelès a l’intention de publier un choix plus condensé de l’œuvre du marcheur de Berlin : « Je devrais bientôt publier quelques nouvelles en édition bilingue, à la fois pour que des étudiants puissent le lire en allemand, et pour un public francophone plus large », nous dévoile-t-il. A suivre !                   reh, les