Séminaire trinational à Weimar

L'Allemagne et la France sont-elles vraiment réconciliées ? L'Allemagne et la Pologne ? Quel rôle joue le pouvoir économique et politique d’un pays dans sa réconciliation avec ses voisins ?

Le travail avec les khâgneux du Lycée Claude Monnet va bon train ! (photo de Mme. Alice Volkwein)
Le travail avec les khâgneux du Lycée Claude Monnet va bon train ! (photo de Mme. Alice Volkwein)

Voici le genre de questions qui ont occupé les participants du séminaire étudiant trinational sur le thème de « la réconciliation au sein du triangle de Weimar » qui s'est tenu du 8 au 12 novembre 2017.  Accompagnés de Mme. Alice Volkwein, de MM. Julien Beaufils et Julien Genevois, des étudiants de la Sorbonne Nouvelle et de la classe de khâgne du lycée Claude Monet ont rencontré un groupe d'étudiants en sciences politiques et sociales de la Friedrich Schiller Universität Jena et  des étudiants en Histoire de l'université de Szczecin pour travailler sur cette thématique. 

 

« Oder-Neiße find’ ich Scheiße. »

 

Loin d'être un état de fait ou même une évidence, comme nous avions pu le croire côté français lorsque nous prenions pour référence l'amitié franco-allemande, la réconciliation en Europe est un sujet encore brûlant. Nous l'ont rappelé les discussions enflammées sur la réconciliation germano-polonaise, que de vastes pans des deux populations remettent aujourd'hui en cause.

 

La montée des extrêmes en Europe s’accompagne d’une volonté de réécrire l’Histoire et d’en privilégier une lecture nationaliste refusant les compromis de l’après-guerre, bases de la stabilité et de l’unité du continent. De nombreux jeunes Polonais contestent par exemple les frontières de leur pays et rejoignent en cela les revendications poussiéreuses de la droite revancharde allemande.

Cette douche froide nous a fait jeter un regard moins certain, plus circonspect, sur notre propre pays et sa réconciliation avec l’Allemagne. Cette réconciliation est-elle vraiment si parfaite ? Il est difficile de lui nier un certain côté « kitsch », superficiel. En effet, de nombreux sujets plus ou moins conflictuels restent encore peu traités par les politiques des deux voisins rhénans, qui préfèrent se livrer à une surenchère d'images et de symboles. L'on pensera au « Händchenhalten » de Kohl et Mitterrand à Verdun ou, plus récemment, d’Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier au Hartmannswillerkopf.

 

Führerbalkon über Goethes Schreibstube

 

Pour contrebalancer ces discussions et interrogations très théoriques, un riche programme d’activités nous a permis de rester ancrés dans la réalité. Les soirées iénoises passées avec les étudiants allemands et polonais nous réchauffaient le cœur et l’esprit. La visite guidée de Weimar nous a menés au travers de petites rues sinueuses, cernées par des maisonnettes colorées dont les oriels se penchent, bienveillants, sur les passants. Au gré des détours et des histoires, nous avons découvert une ville ambivalente où Goethe, Liszt, Schiller, Gropius et Hitler se côtoient et où le Führersbalkon de l’un surplombe la Stube où l’autre aimait à écrire.

 

Symbole le plus frappant de cette ambiguïté : à une dizaine de kilomètres seulement de la coquette Weimar, se dressent les baraques sombres et tristes du camp de concentration de Buchenwald que nous avons visité le samedi après-midi. Créé en 1937 par les national-socialistes, le camp sera utilisé de 1945 à 1950 par l’administration militaire soviétique en Allemagne pour y interner des citoyens allemands accusés de nazisme. L’histoire mémorielle du lieu est donc marquée par ce double destin et le silence des autorités est-allemandes sur l’usage du camp par les soviétiques. La guide bénévole nous a rappelé par ces récits à une réalité passée, certes, mais concrète. Nous avons alors laissé le camp derrière nous, sans oublier, et sommes retournés à Weimar pour profiter de notre dernière nuit avec nos amis européens.

 

 lel


Le nouveau gouvernement allemand se fait attendre

Deux jours après les élections législatives allemandes du 24 septembre 2017 a eu lieu à la Sorbonne Nouvelle une table ronde sur « les élections allemandes ».

 

Cette rencontre organisée par Jürgen Ritte et Valérie Robert a notamment traité des questions suivantes : Le casse-tête allemand après les élections au Bundestag : grande coalition ou grand désordre ? Un nouveau paysage   politique ? Quelles conséquences pour l'Union européenne et pour les relations franco-allemandes ? 

Antoine Tricot, animateur du débat et journaliste sur France Culture, est un ancien du Master Journalisme franco-allemand de Paris 3. Il était entouré de Frédéric Bozo, Elisa Goudin-Steinmann et Jürgen Ritte, enseignants-chercheurs, et de Joseph Hanimann, journaliste pour la Süddeutsche Zeitung et enseignant dans ce master. Pendant 1h30, les intervenants ont exposé les nouveaux enjeux des prochaines semaines pour l’Allemagne.

 

Au 2 janvier 2018, 100 jours après le vote, ces questions sont toujours d’actualité. Faute de compromis après le retrait des négociations de Christian Lindner, chef du parti libéral FDP, l’espoir d’une coalition jamaïcaine de la CDU (Union des chrétiens-démocrates) avec les Libéraux et les Verts a été avortée le dimanche 19 novembre 2017. L’Allemagne n’a depuis les dernières élections législatives toujours pas de gouvernement officiel. L’ancien s’occupe des affaires courantes, dans l’attente d’un accord. Cette situation a plongé l’Allemagne dans une crise politique.

 

La GroKo, la solution ?

 

Si le soir même des élections, le perdant Martin Schulz (Parti social-démocrate) déclarait que son parti renonçait au pouvoir et ne souhaitait pas former une nouvelle GroKo (grande coalition) afin de se ressourcer dans l’opposition après le résultat désastreux de 20,8 % aux élections, l’échec de la coalition jamaïcaine a amené les ténors du SPD à réfléchir de nouveau à l’éventualité de gouverner. 

Le 7 janvier 2018, après être revenu sur sa décision donc, Martin Schulz a entamé avec Angela Merkel une discussion préalable à une éventuelle coalition. Après l'organisation d'un congrès extraordinaire du SPD, des négociations sur les termes de cette coalition ont pu commencer ce 26 janvier. La CDU/CSU s'est fixé comme objectif d'avoir enfin un nouveau gouvernement d'ici Pâques...

 

Si un accord était trouvé, cela éviterait à la chancelière de mener sa politique avec un gouvernement minoritaire... Cela éviterait aussi que de nouvelles élections soient anticipées.

  

cle

26.01.2018

 

Lien vers la vidéo de la table-ronde : http://www.univ-paris3.fr/table-ronde-retour-sur-les-elections-allemandes--460002.kjsp

De gauche à droite : Frédéric Bozo, Elisa Goudin-Steinmann, Antoine Tricot, Jürgen Ritte et Joseph Hanimann.
De gauche à droite : Frédéric Bozo, Elisa Goudin-Steinmann, Antoine Tricot, Jürgen Ritte et Joseph Hanimann.
Les étudiants venus nombreux écoutent attentivement les interventions.
Les étudiants venus nombreux écoutent attentivement les interventions.