Qui suis-je ?


Depuis le début, ma vie a été rythmée par l’université. La légende raconte que je suis née dans un amphithéâtre de l’Université de Tübingen. Mon père y dispensait des cours du soir et, sans s’interrompre, il aurait confié mon couffin à une étudiante ! Enfant, je l’accompagnais souvent à son bureau et j’assistais à des cours de sociologie, là où lui-même avait suivi les derniers cours d’Ernst Bloch sur Le principe espérance.

 

Mes parents ont quitté l’Allemagne à la réunification et nous sommes « rentrés » en France. Nous nous sommes installés dans le village lorrain d’où ma mère était originaire. J’ai appris le français après cette grande césure et découvert la littérature française. Il y avait Sartre, Beauvoir, Sarraute, Mauriac, Makine, Le Clézio…

 

 

À dix-huit ans, j’ai quitté ma province et entrepris une longue pérégrination européenne : de Lancaster à Vienne, de Lyon à Liège en passant par Metz. Un souvenir de cette époque ? Le tout premier cours que j’ai donné à l’Université de Heidelberg, des exercices de pratique du français inspirés par l’ouvrage de Michel Pastoureau Bleu – histoire d’une couleur. Sur ma route, j’ai découvert d’innombrables manières d’enseigner les langues, et j’ai enseigné les études germaniques de bien des façons par la suite.

 

La rencontre la plus déterminante a été celle avec le groupe de recherche sur Elfriede Jelinek à Vienne, en 2006. Il venait tout juste de se former, c’était le soixantième anniversaire de l’autrice, deux ans après son Prix Nobel de littérature. Il y a eu un grand colloque avec récitation de ses poèmes et interprétation de ses compositions pour violon et piano. Dans ce groupe, j’ai fait la connaissance de femmes qui m’ont beaucoup inspirée, avec qui j’ai travaillé ensuite en Angleterre, en Belgique et en Pologne, et que je retrouve régulièrement aujourd’hui dans le cadre de mes recherches.

Pourquoi l’allemand ? L’allemand est la première langue que j’ai parlée, mais aussi une langue que j’ai très tôt perdue… puis retrouvée. J’en ai fait une langue d’adoption, qui m’a permis de voyager, de trouver mon métier.

 

Depuis septembre 2018, je suis maîtresse de conférence à la Sorbonne Nouvelle. Après y avoir préparé mon doctorat, j’y suis revenue pour la littérature, en particulier autrichienne, mais aussi la liberté pédagogique dont on y dispose. Je dispense des séminaires de littérature, de traductologie, de méthodologie et de gestion de projet culturel. Depuis la rentrée, je codirige le master « Métiers de la culture dans le domaine franco-allemand » avec Andréa Lauterwein. J'ai enseigné dans plusieurs formations professionnalisantes, en contact étroit avec des professionnel.le.s du franco-allemand. Il me paraît important de construire ce lien, de le renégocier en permanence et de continuer à former des personnalités.

 

 

SVB / TY


Solution Qui suis-je ? n° 13 : Britta Jallerat-Jabs