qui suis-je ?

Nous vous retrouvons une nouvelle fois pour l’incontournable rubrique du Qui suis-je? Dans le contexte actuel, chacun aspire à une sortie de crise différente et à un monde d’après utopique. Notre mystérieux qui suis-je en fait parti lui aussi.

Un seul mystère à élucider dans ce numéro, détectives à vous de jouer! Viel Spaß!

Je suis née en France en 1972, donc je ne suis pas de nationalité allemande mais mon intérêt pour cette langue est grand. Mon histoire avec l’allemand commence en collège, au départ ce n’est pas le grand amour. Ma mère travaillait dans une entreprise allemande et avait commencé à prendre des cours du soir en allemand, elle m’a donc conseillé de choisir allemand au collège de sorte à pouvoir m’aider. J’étais très bonne élève et à cette époque on prenait allemand quand on était bon, alors pourquoi pas.

 

Les débuts ont été difficiles... Les trois premières leçons étaient orales et sans texte, pour faire simple je ne comprenais absolument rien. Je me souviens d’une écoute qui parlait d’un père qui perdait sa pipe, sa fille Gisela la retrouva et le père disait « das ist aber nett von dir », et moi ce que je comprenais c’était « savonnette ». Au lycée toujours pas de coup de foudre, on peut même dire que ça empire quelque peu : pendant 3 ans j’ai la même professeure, elle est la caricature de la professeure d’allemand sévère et axée sur la grammaire. Mais finalement ça m’a aidé à comprendre comment la langue fonctionnait, j’ai mieux compris la structure de la langue, donc avec le recul je suis contente! Après le lycée direction la classe préparatoire, mais ce que je voulais vraiment faire c’était de l’histoire- géographie. J’en ai parlé à un professeur de prépa duquel je respectais l’avis, et il m’a dit que ce n’était pas une excellente idée. Alors vu que j’étais forte en allemand et que j’avais découvert la traduction en classe préparatoire, je me suis dis que j’allais tenter ma chance en allemand : mission réussie puisque je réussi mon deuxième essai au concours de l’ENS en 1993.

 

J’ai toujours voulu être professeure depuis l’enfance, je me souviens encore de positionner mes poupées devant moi et de leur donner cours dans ma chambre. J’ai toujours aimé apprendre et j’étais curieuse. Alors on peut dire qu’aujourd’hui j’ai atteint mon objectif, je donne entre autres des cours de traduction à la Sorbonne Nouvelle et je suis aussi bien linguiste de l’allemand que du français. Et ce n’est pas tout ! Le contact avec autrui qui me plaît tant, je le retrouve lui aussi avec les étudiants et les collègues de travail. Je touche donc à tous les domaines qui m’intéressent : la traduction et le contact avec les autres, mais aussi les responsabilités, l’administratif, l’enseignement, la recherche. Mais avant tout ça j’ai connu un parcours qui n’était pas linéaire, je suis passée par une licence, un master, deux DEA, une thèse en étant normalienne, je me suis arrêtée une année pour des raisons de santé, j’ai été un moment élève à l’ENS alors que j’avais déjà mes deux DEA, j’ai commencé ma thèse assez tard, j’ai envisagé un moment de faire science-po, j’ai tenté deux fois l’ENA,...

J’ai même été deux ans assistante de langue française en Autriche, c’était une super expérience ! L’Autriche est encore rurale et attachée aux traditions, alors ils faisaient beaucoup la fête et m’emmenaient partout parce que j’étais la petite française ! Bon ça n’a pas été tout rose, l’inconvénient c’étaient les dialectes. Petite anecdote, je logeais chez la secrétaire de l’établissement où j’enseignais, un jour elle n’était pas là et arrive un ramoneur qui ne parait que le dialecte... Je ne comprenais rien, je lui ai demandé gentiment de répéter plusieurs fois mais impossible de comprendre quoi que ce soit. Je lui ai expliqué que j’étais pressée et je suis partie dans ma voiture où j’ai fondu en larmes me disant que jamais je n’allais y arriver, que je ne comprenais rien. Pareil lorsque je sortais avec des collègues, en début de soirée ils parlaient allemand mais plus on avançait dans la soirée plus ils se mettaient à parler leurs dialectes et je ne comprenais plus rien. De plus, là bas tout le monde à un dialecte différent c’est fou. Mais dans l’ensemble c’était une très bonne expérience, je ne regrette pas du tout au contraire. Le gros point fort c’est que des collègues m’ont trouvé sympathique et studieuse, et pendant qu’elles corrigeaient leurs copies elles me laissaient donner réellement cours à leurs classes ! Ça m’a beaucoup servi puisqu’à l’époque il n’y avait pas de formations pour les enseignants- chercheurs, on sautait tout de suite dans le grand bain en donnant cours sans avoir pu vraiment s’y préparer en quelques sortes. En bref malgré le fait que j’ai essayé plusieurs fois de changer de direction, j’en suis toujours revenu à mon rêve d’enfant. Finalement je ne me voyais pas travailler ailleurs que dans la fonction publique. Je pense que j’ai trouvé ce qui me convient !

 

Je connais bien la Sorbonne Nouvelle maintenant, j’ai d’abord fais ma thèse ici pendant 5 ans en tant que fonctionnaire stagiaire. D’ailleurs j’ai été la première doctorante de Mme Behr ! Elle découvrait ce que c’était d’encadrer une thèse et moi je découvrais ce que c’était d’en écrire une ! Je connais donc l’endroit depuis une vingtaine d’années, j’y suis attachée, ce qui peut aussi expliquer mes différents engagements dans la fac. Pourtant je n’ai pas connu que la Sorbonne Nouvelle, j’ai aussi été un an à Nancy, deux ans à Reims et une année à Paris Diderot, avant de revenir ici. J’ai donc pu voir comment fonctionnaient d’autres universités. Mais l’ambiance familiale que je connais ici, je ne la retrouverai pas ailleurs. Pareil pour la qualité de travail !

Puis on m’a proposé le poste de Vice-présidente du Développement durable et de la Qualité de vie au travail et j’ai accepté. Ce poste porte sur les questions de développement durable, responsabilité sociale ou sociétale; l’idée est de verdir les conditions de travail et l’environnement. Je m’occupe également de la labélisation du nouveau campus à Nation, construit selon des normes « haute qualité environnementales ». Je suis réellement épanouie dans mon travail, en aucun cas je ne souhaiterais quitter mes postes ou changer de lieu de travail, l’ambiance familiale et joviale de l’ancien campus d’Asnières est toujours présente et les liens forts qui se sont tissés au fil des années font parties des choses qui me rattachent à l’Université.

J’ai également été directrice du département pendant deux ans et j'ai cédé ma place à Mme Lauterwein en 2019. Le poste change régulièrement d’occupant pour que tout le monde puisse occuper la fonction à un moment. Cela permet de mieux comprendre l’université et de rencontrer d'autres personnes, sinon on peut facilement se retrouver isolé.

 

Comment j’imagine cette possible sortie de crise ? Dans un monde utopique, j’aimerais me réveiller en me disant que ce n’était qu’un mauvais rêve et que tout redevienne normal. J’aimerai en réalité pouvoir appuyer sur un bouton et que tout s’arrête. Ce que je ne souhaite pas retrouver dans mon monde utopique, c’est la circulation et les façons de se déplacer d’avant la crise. Les pistes cyclables se sont également développées et je trouve ça vraiment bien, ça me rappelle l’Allemagne. Ce qui est des choses que je souhaite retrouver, les pauses café et les discussions après les cours et les réunions en présentiel.

 

Je suis une femme passionnée et passionnante

Maintenant c’est à vous de deviner qui je suis...

 

JKR, EEN