Hommage à Karl Kraus: Martin Ploderer et Gerald Stieg au Heine Haus

Le Centenaire de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale est l’occasion pour nombre de lieux culturels de présenter un programme abordant les différents aspects et enjeux de la Grande Guerre.  C’est donc tout naturellement que la Maison Heinrich Heine, sur le site de la Cité Internationale Universitaire, a mis en place tout au long du mois de novembre une programmation centrée autour de ce thème. Entre le vernissage d’une exposition consacrée aux dessinateur Marcel Santi et la projection de All Quiet on the Western Front, adaptation du best-seller allemand Im Westen nichts Neues (À l’Ouest, rien de nouveau) d’Erich Maria Remarque, la fondation organisait le 13 novembre 2018 une lecture scénique du chef d'oeuvre de Karl Kraus : Die letzten Tage der Menschheit.  

 

 Ce "Monumentalwerk" (œuvre monumentale) - désigné de cette manière en raison de son schéma narratif complexe – est une sorte de fresque théâtrale de la Première Guerre Mondiale. Tragédie en cinq actes auxquels s’ajoutent un prologue et un épilogue, elle fut écrite pendant la guerre et publiée entre 1918 et 1919.  

 

Gérald Stieg, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle, a introduit la lecture par une courte présentation de l’œuvre, de l’auteur et quelques mots sur la réception dans ce vingtième siècle tourmenté. Désigné comme « Prophète de l’apocalypse » Karl Kraus reflète l’esprit de l’époque avec une grande diversité de personnages, de langages, de dialectes, d'accents et de points de vue. Il souligne ainsi l’absurdité de la guerre et l’inhumanité qui en découle.  

 

Un Ploderer captivant et drôle

 

Le comédien autrichien Martin Ploderer a choisi une dizaine de scènes ressuscitant l’ambiance générale, la totalité de l’œuvre nécessitant environ 22 heures de lecture.  Ploderer a rejoué fidèlement le langage parlé et les divers dialectes qui se trouvent dans Die letzten Tage der Menschheit. Même si la compréhension était par moments difficile pour un francophone, l’écoute n’en resta pas moins captivante grâce à la lecture extrêmement vivante et drôle par Ploderer. Dans sa sélection de textes, il a mis l'accent sur quelques passages « franco-allemands » mettant en scène des quiproquos linguistiques et des différences culturelles. 

 

 « Ich habe es nicht gewollt ».  

 

C’est avec ces derniers mots (prononcés par Dieu dans le texte original) que s’achève la lecture scénique. Ils rappellent la fatalité et l’inévitabilité qui ont guidé l'Allemagne, la France et les autres nations à s’engager dans la catastrophe, mais également les motivations de Karl Kraus qui l’ont poussé à l’écriture de cette œuvre complexe. 

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Que devient Isabel Habicht, ancienne enseignante à P3?

Aujourd’hui enseignante à l’École des hautes études commerciales où elle assure aussi la coordination du département de langues, Madame Habicht peut se prévaloir d’un curriculum impressionnant qui l’a entre autres menée au département d’Etudes germaniques à la Sorbonne Nouvelle. Fine connaisseuse des systèmes éducatifs français et allemands, sa perspective est particulièrement intéressante.

A la fin de sa scolarité au Bade-Wurtemberg, Isabel Habicht entreprend des études d’allemand et de français à Fribourg dans le but de devenir enseignante. Mais elle a envie de vivre en France. Elle poursuit donc ses études en s’inscrivant en Master d’allemand langue étrangère et fait un doctorat en littérature comparée et philologie classique. Cette période, qu’elle décrit aujourd’hui comme une « tour d’ivoire », lui a beaucoup plu. Elle finance ses études grâce à une bourse et travaille plus tard comme lectrice au DAAD. 

 

Les études littéraires, une école de la vie

 

En rentrant de l’université il lui arrive de penser : "Aujourd’hui, j’ai compris quelque chose d’important, cela m’a fait avancer dans ma vie, dans ma compréhension de ce que je suis, d’où, comment et pourquoi je vis ; ce que la littérature signifie pour les hommes, ce qu’elle a provoqué dans l’histoire et les effets qu’elle a aujourd’hui. » Son directeur de thèse lui propose finalement d’enseigner à Metz, conseil qu’elle suit. Par ailleurs, elle commence à donner des cours d’allemand et d’histoire à l’université de Caen et enseigne à l’Ecole Polytechnique à Paris. 

 

Après sa thèse, Madame Habicht passe une année à Munich où elle donne des séminaires à la LMU (Ludwig-Maximilians-Universität), tout en ayant toujours l’intention de retourner à Paris. À la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, elle donne un cours d’histoire du 20e siècle et elle a l’impression que les étudiants sont plus intéressés, mieux orientés qu’à Metz ou à Caen. En outre, elle participe à de nombreux colloques, à New York à la Colombia University, à Paris et Caen par exemple.

 

Un système universitaire qui nous renvoie à l'école

 

Actuellement, elle constate que le système universitaire ressemble de plus en plus au système scolaire. Elle observe que les conceptions éducatives en France et en Allemagne sont divergentes: le système allemand est plus orienté vers les aptitudes sociales des élèves et des étudiant.e.s. Elle a l’impression qu’en France, les Etudes germaniques se battent pour survivre, même si elles rassemblent les meilleurs élèves du secondaire. Ceci étant dit, même les cours de français en Allemagne perdent de leur niveau. Ainsi, elle trouve que l’enseignement des langues dans les deux pays devrait être davantage encouragé pour atteindre un meilleur niveau et toucher plus d’étudiant.e.s. Elle est très curieuse quant aux réformes scolaires françaises et au développement actuel des universités en France ainsi qu’en Allemagne. 

 

Isabel Habicht pense qu'elle n'aurait pas le courage de faire des études de littérature aujourd'hui, en raison de la situation difficile du marché du travail. Cependant, elle ne regrette pas son choix. Si elle était étudiante aujourd’hui, elle éviterait de faire des études de philologie, mais ferait plutôt des études liées au domaine de l’entrepreneuriat dans le contexte franco-allemand. 

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L’Allemagne dans le monde – le monde en Allemagne

« Les jeudis de l’institut historique allemand » sont un évènement régulier avec des conférences sur l’actualité internationale en histoire, sciences humaines et sociales. Retour sur le 25 octobre 2018.

 

C'est par une belle journée d’automne que nous avons assisté, dans le cadre du cours « Relations politiques franco-allemandes » à un colloque à l’Institut historique allemand (IHA). Le public était varié, tous âges confondus, étudiants et retraités. En rentrant dans la salle, des écouteurs étaient mis à disposition pour les non-germanophones qui avaient la possibilité d’écouter le discours en traduction simultanée. 

 

La grande salle, située dans l’hôtel Duret de Chevry, construit en 1620, dispose d’une belle vue sur la bibliothèque de l’Institut. Le modérateur du colloque nous a présenté les participants de la soirée, Gabriele Lingelbach, une historienne attachée au courant de l’histoire globale qui enseigne à l’université de Kiel, et Reynald Abad (un historien moderniste français). Dans un premier temps, Madame Lingelbach a défini le concept du globalisme et nous a ensuite parlé du livre qu’elle est en train d’écrire.

 

L'historienne nous a présenté deux tables des matières permettant de se faire une idée des deux tomes à venir, d’environ 800 pages. Son objectif est de raconter  l’histoire allemande d’un autre point de vue, en mettant l’accent sur l’évolution économique, sociale et politique du pays, renforcée par les échanges internationaux, sans frontières ni barrières. Pour comparer des pays, il faut tenir compte de leurs différences. 

Un livre à venir dans le contexte de « l’histoire globale »

 

Nous avons recueilli quelques avis des visiteurs. Une étudiante nous a confié: « J’ai trouvé le concept d’histoire globale intéressant, j’aurais aimé en apprendre plus à ce sujet, mais Madame Lingelbach essentiellement parlé de la problématique de son livre. J’ai quand même apprécié de découvrir l’Institut historique allemand. » Une autre étudiante : « Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant était la nouvelle approche historique dont Madame Lingelbach nous a fait part lors de sa présentation. Cette approche m’était inconnue auparavant. » L’avis d’un troisième visiteur: « C’est dans un cadre très beau que Madame Lingelbach nous a présenté son livre, j’attendais plus d’informations sur l’histoire globale et moins sur l’organisation méthodologique de son œuvre ». Nous attendons avec impatience le prochain évènement qui aura lieu à l’IHA. 

 sdr, mkk


Apéro pro avec Hannah Vogt

L'apéro pro est une manifestation organisée par l'association Pierre Bertaux à l'adresse des étudiants du département d'études germaniques. C'est l'occasion de rencontrer dans un cadre convivial des diplômés du département d'études germaniques qui travaillent aujourd'hui dans le domaine franco-allemand et présentent à la fois leur métier et leur parcours.

L'invitée de ce 21 février 2019 s’appelle Hannah Vogt et vient d’être recrutée comme chargée de projet à ARTE à Strasbourg où elle s’occupera du développement d’une offre numérique pour la chaîne. « Les jeunes regardent peu la télévision. Il faut donc aller là où ils sont », explique-t-elle à l’auditoire. Il y a là des étudiant.e.s des différentes licences et masters du département, des étudiant.e.s ERASMUS et aussi des enseignant.e.s venu.e.s écouter leur ancienne étudiante. L’atmosphère est joyeuse, les auditeurs sont passionnés par ce qu’ils découvrent du parcours de cette jeune femme dynamique et souriante.

Un poste à ARTE, ça fait rêver beaucoup d’étudiants présents dans la salle. Deux étudiantes allemandes en échange Erasmus, Julia et Lisa, lui posent des questions sur son poste actuel et lui demandent comment elle a fait pour le décrocher. Hannah Vogt insiste sur le fait que son parcours n’a pas été linéaire (voir le portrait de Hannah Vogt dans la rubrique Alumni) et affirme qu'il ne faut pas choisir ses études par stratégie ni se limiter aux seules études ou attendre à ce que ces dernières nous ouvrent automatiquement les bonnes portes. Selon elle, il faut plutôt être ouvert a de nouvelles expériences et faire les choses qu'on aime, comme elle l’a fait elle-même pour es études littéraires,  l'apprentissage des langues, ses séjours d’études à Paris et Oxford et aussi pour la musique dont elle a continué la pratique tout le temps, même dans les moments où c’était difficile de tout concilier.

Ce qui compte selon elle, c’est de ne pas avoir peur de s'engager dans de nouvelles expériences et de montrer de la détermination pour réaliser ses projets. Pour sa part, pour intégrer la licence d’études franco-allemandes à la Sorbonne Nouvelle, elle n’a pas hésité à se porter candidate à une bourse du DAAD pour laquelle elle n’avait pas le niveau de français requis. « J’ai expliqué au jury que je n’avais certes pas le niveau en arrivant, mais que je pouvais garantir de l’avoir acquis à la fin du séjour » Le jury lui a fait confiance et elle a donné le change et décroché son diplôme. De la même façon, elle ne s’est pas arrêtée lorsqu’elle a essuyé des refus constants à sa candidature pour un stage adressée par courrier à l'UNESCO. Elle a repéré sur Internet l’adresse mail des personnes qui y travaillaient dans le département qui l’intéressait le plus et les a contactés directement – avec succès, cette fois-ci.

Finalement, c’est certes grâce à ses études franco-allemandes, mais aussi grâce à son profil riche en activités et expériences dans d'autres domaines qui semblaient l’éloigner du franco-allemand, comme son séjour d’études à Oxford ou son expérience professionnelle dans la numérisation, qu'elle occupe aujourd’hui son poste à ARTE.

Comme son nom l’indique, l’apéro pro se termine autour d’un verre de l’amitié. Cette deuxième édition a été pour les étudiants présents une rencontre intéressante pour leur orientation dans leurs projets d'études et professionnels.

 

MEZ       


Atelier-théâtre franco-allemand

"Clichés franco-allemands et diversité culturelle" - Mercredi 17 mars 2019

C'est maintenant une tradition bien ancrée au sein du département d'études germaniques : l'atelier-théâtre franco-allemand présente chaque année une pièce à la fin du second semestre. Asnières-à-Censier était là pour l'édition 2019. Ils sont onze qui entrent lentement en scène, s'installent. Une petite musique bien connue des usagers de la SNCF retentit, puis la voix de la cheffe de train. Par la magie du théâtre, nous roulons vers Paris.

Il y a là un Allemand nationaliste et râleur, une thésarde en linguistique, féministe, un pseudo-influencer, une diva française, un footeux aimant la bière et cherchant à se loger à l'oeil sur Paris, une touriste chinoise, un étudiant en dérive, une vieille dame aigrie, une Française accrochée à son portable et une contrôleuse blasée. 

Qu'ont-ils en commun ? Rien, sinon de vouloir aller à Paris dans le même train. Au fond tout cela est très banal, sauf que déjà des conflits éclatent, des intrigues se nouent : la thésarde féministe et le conservateur bavarois se prennent ainsi le bec en un joli morceau de bravoure. "Unsersie" dit-elle. "Unsere" maintient-il. La touriste chinoise s'est mise au tricot de vraie laine allemande pour sa maman en Asie. Clichés franco-allemands ? On y est !

Les choses vont crescendo lorsque le train s'arrête brusquement. La cause de cet arrêt restant obscure, la panique éclate et les comédiens font assaut de virtuosité et de verve comique pour nous emmener jusqu'au dénouement, qui sera, rassurez-vous, heureux. 

Fabian, Corinna, Shauna, Lucas, Marion à la régie, Feyzanour, Dorian, Nilyma, Tracy, Maelle, Robin et Nathia, sont Français, Allemands ou d'autres nationalités, en études germaniques, en LEA, en lettres modernes ou en service civique OFAJ[1]Ils ont travaillé sous la direction de Stefanie Eisenreich, lectrice du DAAD[2], et de Martina Ries, lectrice de l'OeAD[3].

Tout a commencé au premier semestre, en atelier d'improvisation, avec des exercices et la recherche d'idées de pièce. Au second semestre, sur le double thème des clichés franco-allemands et de la diversité culturelle, les personnages ont émergé. Chacun a alors développé, en atelier d'écriture, le personnage qu'il avait choisi et les répétitions ont commencé, jusqu'à trois séances par semaine. 

 

C'est beaucoup de travail, mais le résultat était là. Bravo l'atelier-théâtre franco-allemand !

 

FR


 

[1] Office Franco-Allemand pour la Jeunesse / Deutsch-Französiches Jugendwerk (DFJW)

[2] Deutscher Akademischer Austauschdienst

[3] Österreicher Austauschdient