Mémoire des universités


 

Nul besoin de rappeler à quel point le régime national-socialiste a bouleversé l'histoire allemande, franco-allemande, européenne et mondiale. Ses atrocités et ses victimes ne seront jamais oubliées et font partie de la conscience historique européenne. De nos jours, on trouve toujours beaucoup d'édifices qui témoignent de cette histoire douloureuse.

 

 

Que faire des pierres nationales-socialistes?

 

Sous quelque forme que ce soit, beaucoup de ces endroits sont devenus des lieux de mémoire. C’est également le cas en ce qui concerne les bâtiments universitaires. En Allemagne, pour des raisons pratiques, d'anciens édifices national-socialistes ont été ont été intégrés dans des campus universitaires modernes. Retour sur l'histoire de deux de ces bâtiments et sur les enjeux de l'intégration de cette sombre histoire dans le présent.  

 

Bâtiment principal de l'Université de Francfort, ancien siège de l'IG-Farben
Bâtiment principal de l'Université de Francfort, ancien siège de l'IG-Farben

Le bâtiment principal du « Campus Westend » de la Johann Wolfgang Goethe-Universität à Francfort sur le Main et le « ZF-Campus » de la Zeppelin-Universität à Friedrichshafen sont aujourd'hui connus pour leurs architectures singulières. Ce qu'ils ont en commun, c'est leur passé national-socialiste. Construit par Hans Poelzig en 1930, le bâtiment principal du « Campus Westend » de l’université qui porte le nom du plus grand poète allemand fut sous le régime national-socialiste le siège de l'entreprise IG-Farben. Cette dernière a collaboré avec le pouvoir autoritaire, notamment en produisant le gaz utilisé dans les chambres à gaz des camps de concentration. Le « ZF-Campus » au bord du lac de Constance fut une caserne à canons antiaériens pendant le IIIe Reich et a servi à la défense des attaques aériennes des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Ce sont donc deux édifices qui ont été activement impliqués dans la Deuxième guerre mondiale ou dans le projet national-socialiste d'extermination des Juifs. Comment justifier le remploi de ces lieux au passé funeste ? 

 

Zeppelinuniversität Friedrichshafen, ancienne caserne à canons antiaériens
Zeppelinuniversität Friedrichshafen, ancienne caserne à canons antiaériens

Si l'on pense à la notion d'université aujourd’hui, on la relie à des concepts: d’engagement, de liberté et de responsabilité. On suppose qu'elle transmet des connaissances objectives, des valeurs qui permettent à chaque individu de développer une opinion et une conscience individuelle. Ceci est nécessaire pour prendre position, autrement dit pour s'engager. S'engager contre toute forme d’oppression et pour la liberté de chaque individu. Une oppression qui se cristallisait surtout à l'université de Francfort, haut-lieu des autodafés du 10 mai 1933. L'université comme institution s'oppose par essence aux valeurs du régime national-socialiste en devenant un lieu de mémoire.  

L'intégration de l'histoire national-socialiste dans le contexte universitaire ne doit donc pas être considérée comme quelque chose d’étrange ou d’inquiétant, mais plutôt comme une preuve de la détermination des universités allemandes dans leur combat contre toute forme d’oppression, d'extrémisme et de populisme. Les universités assurent leurs responsabilités, elles s'engagent et transmettent des valeurs nécessaires afin d’éviter qu'une deuxième histoire noire ne se reproduise. Avec la montée de populisme en Europe de nos jours, l'université comme laboratoire d’idées et de valeurs devient plus importante que jamais. 

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