Dynamisme


Panta rhei, tout passe. Ces mots de sagesse, attribués au philosophe de l’Antiquité Héraclite, nous semblent désormais trop obsolètes pour servir d’introduction à un sujet quelconque. Pourtant, il est incontestable que ces propos sur le caractère éphémère de toute chose s’appliquent comme aucun autre au critère du dynamisme auquel se voit aujourd’hui confrontée l’architecture dans le domaine de l’enseignement. Mais qu’est-ce qu’on entend concrètement par dynamisme, un de ces mots vraisemblablement vidés de sens ? 

Selon le Grand Robert, la première définition relève du contexte de la philosophie, où ce mot définirait des forces irréductibles à la masse et au mouvement. Autrement dit : il s’agit d’une force naturelle qui ne peut être domptée. Le contexte courant dans lequel le dynamisme prend une forme qui nous est davantage familière, va, si on interprète bien, dans le même sens. Tel qu’il nous est connu, le dynamisme est engendré par un rapide changement de modes et de conditions de vie, par une perpétuelle déconstruction et reconstruction des forces conductrices auxquelles il faut s’adapter pour ne pas être dépassé par cette énergie toute-puissante. Cette nécessité de s’adapter s’exprime dans les moindres détails de notre vie quotidienne au XXIe siècle : impossible d’imaginer aujourd’hui quelqu’un qui communiquerait toujours par fax. Impossible d’imaginer des bâtiments sans chauffage ou sans climatisation. Impossible d’imaginer des locaux sans prises et donc sans moyen de brancher et charger les ordinateurs.

 

Toutefois, pour se plier au perpétuel dynamisme du monde dans lequel nous vivons, il ne suffit pas d’être à la hauteur de l’actualité, car la rapidité avec laquelle s’effectuent les changements risque de dépasser ceux qui ne s’y attendent pas : indispensable alors de ne pas seulement installer des ordinateurs, mais de les choisir selon leur adaptabilité aux évolutions techniques du futur. Indispensable de construire des bâtiments qui ne correspondent pas seulement à la situation climatique d’aujourd’hui, mais qui pourront être modifiés selon les défis environnementaux de demain.

 

Mais est-il également indispensable de percevoir le dynamisme comme contrainte de se renouveler sans cesse ? Si le dynamisme est à considérer comme le principal défi de la modernité et de l’architecture contemporaine, il n’en peut être la solution. Ce sont au contraire la souplesse et la flexibilité qui conviennent au diktat de l’éphémère. Tout à fait imaginable d’opposer aux exigences inconsistantes des structures flexibles, mais permanentes. Tout à fait imaginable aussi de préserver des structures extérieures pour adapter leur conception intérieure. Tel a par exemple été le cas quand la meunerie industrielle des Grands Moulins de Paris a été transformée en la Bibliothèque Universitaire de Paris 7 de 2004 à 2006, tout en conservant les structures extérieures de cet ancien bâtiment industriel. Panta rhei – ce terme ne fait donc que décrire un des principaux défis de l’architecture moderne, dont les solutions flexibles méritent d’être davantage analysées.  

lea

 


L'architecture du bonheur

Dans son livre L’architecture du bonheur de 2006, le philosophe Alain de Botton s’interroge sur l’effet produit des constructions architecturales sur les âmes et inscrit la dimension esthétique des bâtiments dans une perspective philosophique. Les hommes ont besoin de percevoir des valeurs dans les constructions qui les entourent : leur vision des choses, leurs idéaux doivent s’incarner dans un support matériel. L’extérieur du bâti, mais également les objets à l’intérieur contribuent à forger notre identité. Pour contribuer au bonheur de ses usagers, un bâtiment doit répondre à une certaine cohérence avec son environnement et son contexte culturel. 

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