Accessibilité


Le droit à l’éducation est l’un des droits de l’Homme : un droit essentiel, fondamental et universel. Comme les universités représentent une partie importante du système éducatif, l’accessibilité est un terme important dans le monde universitaire. Pour pouvoir se faire une opinion d’un bâtiment universitaire, il est donc indispensable de prendre en compte son accessibilité.

 

Mais quels aspects appartiennent au domaine de l’accessibilité des universités ? Il ne s’agit pas uniquement de l’admission aux études. Le terme inclut également l’accessibilité des bâtiments universitaires – des salles de classe, des bibliothèques, des cafétérias etc. La construction elle-même du bâtiment joue un rôle important en ce qui concerne par exemple l’adaptation aux besoins des personnes handicapées, mais le lieu où se trouve l’université est aussi un facteur essentiel, par exemple par rapport à l’accessibilité au campus en transports publics. On peut donc se poser la question de savoir comment le bâtiment d’une université devrait être arrangé pour que toutes les personnes qui participent à la vie universitaire puissent y accéder sans problème, afin de garantir l’accessibilité aux salles de classe et aux autres parties de l’université et en même temps assurer la sécurité de tous.


Vers une université accessible à tous : le projet ‘Aspie friendly’

Un des principes fondamentaux de l’université est de « garantir la possibilité pour tout individu intéressé d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires à la poursuite d’études supérieures ». On retrouve ce principe fondamental dans des projets contemporains tels que le projet ‘Aspie friendly’.

 

Le nom ‘Aspie’ (du syndrome d’Asperger) est le nom donné aux personnes avec des troubles du spectre de l’autisme sans déficience intellectuelle. Ils représentent 0,5% de la population française et 30% des autistes. Ils n’ont pas de retard de langage et ont des capacités de mémoire ou de concentration que n’ont pas la plupart des autistes. Toutefois, ils souffrent des mêmes troubles au niveau des interactions sociales et ont les mêmes comportements stéréotypés.  

 

Le projet a pour but l’intégration des personnes avec troubles du spectre de l’autisme (TSA). Il a été retenu et financé dans le cadre de l’appel à projets « Nouveaux cursus à l’Université » du Programme d’Investissements Avenir. Il est porté par le Professeur Bertrand Monthubert au sein de l'Université Fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées. 15 établissements d'enseignement supérieur et 3 entreprises, investies dans l’accompagnement vers l’insertion professionnelle, s’y sont associés. Des laboratoires de recherche apportent également leur savoir et leur expertise sur les personnes avec des TSA. Une association d’universités, de chercheur.se.s, de psychologues/psychiatres, d’associations et d’entreprises a été mise en place. 

 

Le projet s’accompagne d’aménagements concrets. Un centre national de ressources et d’accompagnement, où l’accent est mis sur la formation des enseignants, secrétaires pédagogiques ou autres étudiants qui vont travailler avec les Aspies, une hotline pour aider les acteurs en difficulté ainsi que des innovations pédagogiques et numériques : une adaptation des parcours, l’utilisation des technologies pour faciliter l’apprentissage et la possibilité de suivre des enseignements à distance, car il n’est pas toujours possible pour tou.te.s les étudiant.e.s de rester 30 heures à l’université, pour des raisons médicales, ou des difficultés de concentration. 

 

Un environnement rassurant permet aux étudiant.e.s de se sentir plus en sécurité, c’est pourquoi un système de binômage entre les étudiant.e.s est organisé. On leur propose également des logements et un job-coaching, pour garantir une insertion professionnelle plus facile à la sortie de l’université. L’aspect central du projet est d’essayer de s’adapter tout en préservant la qualité pédagogique. 

 

Notre université est-elle adaptée aux étudiants ayant un handicap ?

 

Au premier semestre de l’année universitaire 2018-2019, parmi 316 étudiants en situation de handicap déclarés au sein de notre université, 6 étudiants sont Aspie. En début d’année, une rencontre individuelle est organisée par la Mission Handicap, afin d’identifier leurs besoins particuliers et de proposer des mesures pédagogiques appropriées. 

 

Les aménagements concrets mis en place consistent souvent en un aménagement de l’emploi du temps, avec par exemple un choix privilégié de cours dans la semaine ou un étalement des UE sur deux ans. De plus, un tutorat pédagogique est organisé : les étudiant.e.s Aspie sont mis.e.s en relation avec un.e étudiant.e de niveau Master rémunéré.e et chargé.e de les aider à assimiler les cours, à préparer les examens et à organiser leur semestre. Un aménagement a également lieu sur les examens, avec notamment des temps majorés et la possibilité de composer dans une salle à effectif réduit. L’arrivée dans l’université et les premiers jours sont cruciaux. Le but est de faciliter la vie au sein de l’université, avec par exemple des aides aux inscriptions. Nous apprenons d’ailleurs, lors de la rédaction de cet article, qu’un Master ECOSIM à distance et en alternance, pensé pour former des étudiants Aspie mais pas exclusivement, est actuellement en projet ! 

 

Ivan Botte, responsable de la Mission Handicap au sein de l’université, est préoccupé par l’augmentation importante (25%) du nombre d’étudiants en situation de handicap. C’est un signe positif, car cela montre une ouverture, mais le service universitaire va faire face à des besoins à très court terme en matière de moyens humains (une personne chargée de l’accompagnement des étudiant.e.s) et financiers (les tuteurs pédagogiques, secrétaires et preneurs de notes représentent des sommes importantes). 

 

 

Une communauté inclusive

 

Pour avoir le témoignage d’un étudiant en situation de handicap, nous avons contacté Benoit Montaut, ancien étudiant du département germanique à Paris 3. Il est aujourd’hui étudiant en double-master entre l’École normale supérieure de Lyon et l’université de Fribourg. Il n’est pas Aspie mais dyspraxique. Son handicap se traduit par des difficultés à mettre par écrit sa pensée de façon concrète et organisée, un rythme de lecture plus lent et demandant plus d’efforts de concentration ainsi qu’une difficulté en matière d’orientation spatiale. 

 

Des aménagements spécifiques

 

A Paris 3, grâce à la Mission Handicap, il a bénéficié d’un ordinateur fourni par l’université ainsi que d’un tiers-temps lors des partiels. De plus, il a eu la possibilité de discuter avec chaque professeur afin de renégocier les modalités de contrôle. Pour lui, avoir la possibilité de passer un examen oral ou de rédiger un mémoire au lieu d’être soumis au chronométrage imposé d’un partiel final faisait toute la différence. En troisième année, il était également accompagné par une tutrice qui l’a aidé à construire sa pensée pour son mémoire final. Ce qu’il valorise le plus dans son expérience universitaire à Paris 3, c’est la clairvoyance et l’organisation des professeurs, disposés à changer la forme de leurs partiels afin qu’il puisse réellement exploiter et témoigner pleinement de son potentiel. 


« La communauté universitaire est plutôt inclusive à Paris 3 mais l'effort de sensibilisation aux handicaps doit être poursuivi », nous dit Ivan Botte. Comme l’a résumé Benoit lors de notre entretien, il est question, aussi bien dans le projet Aspie friendly qu’à l’échelle globale, de garantir l’équité entre les étudiant.e.s. Il ne s’agit pas de donner la même part de gâteau à tous, mais il faut adapter cette part à la faim et aux besoins de chacun, afin de permettre la réussite de tous dans les meilleures conditions possibles.  

 

let