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Alors que je grandissais comme petit ado de province je souffrais souvent d’un certain sentiment de déconnexion. La vie dans mon petit village méditerranéen avait toujours été pour moi, pendant mon enfance, ce que pour la majorité des enfants est représenté par une balançoire : joie et liberté. Mais les choses bientôt changent, les petits villages forcent leurs habitants à être liés les uns aux autres, et nous projettent dans une réalité qui manque souvent de nouvelles stimulations. La vie me paraissait rester toujours la même, et oui la mer était belle, les avantages d’y vivre, j’en suis sûr, étaient et restent multiples. Mais je vous invite, en tout cas, si vous en êtes capable, à essayer d’expliquer ces « côtés positifs » à un jeune adolescent de province, affecté de Bovarisme. Cette belle tendance à souffrir de la monotonie provinciale. Je commençais à ce moment-là, à tirer, obtenir, à partir des précédents moments de souffrance, une véritable joie de « déconnexion ». Voilà la JOMO, cette jouissance avait incroyablement occupée mes pensées, parfois mêlés aux désirs d’un jeune homosexuel qui était encore « in the closet » de tout simplement s’en échapper et recommencer une nouvelle vie, faite de nouvelles expériences, cessation de la JOMO dans ses côtés plus négatifs – je n’avais, en ce temps-là, même plus envie de trop parler avec les autres, alors que j’avais été depuis ma naissance une personne vouée à la sociabilité. J’ai eu alors la chance de préparer mes valises, Rome, finalement, m’attendait ! C’était depuis longtemps que j’y pensé. J’étais désormais sûr : la province tue !

S’il est vrai que les petits contextes tel que celui de mon village nous forcent à une certaine routine, la réalité n’est pas trop différente d’ailleurs : Il faut prendre une toute petite minute en plus pour réfléchir, comprendre. La fascination pour la métropole - bien accompagné par ce qui était alors un dégoût pour le village – était grandie en moi depuis quelques années. J’avais ainsi besoin de capter dans ce chaos urbain la beauté des connexions. Depuis là, tout a changé, je n’étais vraiment pas habitué au grand nombre de possibilités que la ville me présentait, possibilités auxquelles mon petit cœur provincial n’aurait jamais pu renoncer. Comme par hasard, si soudainement j’avais oublié tout ce qui s’était passé dans ma tête dans les années précédentes. Maintenant, encore malléable et si tant désireux de nouveautés, arrive le moment de la FOMO. Le monde de la « mondanité », la possibilité d’avoir si facilement accès à tous mes désirs, étaient trop forts, je ne pouvais pas rater des occasions, c’était le moment de ma revanche. Le cocktail est simple à créer, ajoutés s’il vous plait à cette magnifique phobie, le treillis des réseaux sociaux dont le monde d’internet nous a bel et bien plongés, et voilà, servez-vous messieurs-dames. Dans la beauté de ma nouvelle vie si longtemps rêvée, l’angoisse n’avait jamais disparu, elle avait tout simplement évolué, masquée sous les voiles de ce qui aurait pu sembler une simple poussée à la vie, mais qui n’était en réalité rien d’autre que cette maudite « fear of missing out » : la ville tue !

En définitive, en me donnant un moment en plus pour y réfléchir, je me dis qu’en effet, tout cela n’a rien à voir avec la taille de nos villes et villages : dans la frénésie et extra connectivité du contemporains, ces petites différences ne comptent plus. Ce que j’ai finalement compris aujourd’hui, est que ma santé mentale comptera plus de tout. Je pense maintenant que la connectivité nous sauvegarde, les connexions nous sauvent - ou au mois m’ont sauvé - mais ce n’est qu’avec le travail sur soi même qu’on pourrait finalement vivre libre, pas enchainés par l’angoisse. Aliénation et hyperproductivité sont les vrais killers de nos jours : extrêmes différents, liés par le même souci d’autogestion : soyez gentils avec vous-mêmes petit.es ragazz* provinciales ou pas, paressez sur vos plages, profitez de vos vies.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                              FG