Ce matin, lorsque j’ouvre mes yeux, j’ai si bien dormi que mes yeux sont un peu collants. Je m’étire pour réveiller mon corps et me lève lentement. Ma chambre est plongée dans le noir complet, et une étrange odeur flotte dans l’air. J’espère que mon chat n’a pas encore fait pipi sur mon tapis, c’est une mauvaise habitude qu’il a depuis qu’il est petit.. Je me dirige vers mes rideaux pour les ouvrir, et c’est seulement à ce moment-là que je remarque que quelque chose cloche. J’habite dans le 19ème arrondissement à Belleville sur une place, ou de très grands bâtiments entourent celle-ci, et habituellement, tous les gens qui peuplent ces tours se retrouvent sur cette même place pour échanger bruyamment entre eux. Mais aujourd’hui, tout est vide. Très étrange… J’ouvre la fenêtre pour essayer d’entendre quelque chose mais la vie d’une grande ville ne se fait entendre comme habituellement. Tout est calme, un peu trop calme pour Belleville. J’entends le bruit du vent, le bruissement des feuilles et une multitudes de chants d’oiseaux. Cela m’étonne de ne pas entendre les voitures du boulevard, mais je ne peux voir ce qu’il se passe la-bas, étant donné que de mon appartement ne donne que sur la place. C’est alors que je regarde de plus près les immeubles aux alentours et constate leur état vieux et délabré. De la verdure émane de partout, des bâtiments, du sol, comme si la nature avait pris le dessus sur tout le reste. Je me rappelle alors de cette odeur, et observe ma chambre avec attention : toute m’a chambre a pourri, mes plantes sont noires comme si elles n’avaient pas été arrosés depuis des lustres. Mes posters pendent à demi attachés au mur, et tous mes meubles sont recouverts de poussière, et parfois même de moisissures. Ma respiration s’accélère et je commence à paniquer. Est-ce encore une blague de mes soeurs? Si c’est le cas, elle est vraiment de mauvais goût. Ma confusion grandit et j’ai du mal a respirer, quand, tout à coup, j’aperçois un monsieur sur la place. Il pousse un caddie qui a l’air de comporter toute sa vie, un sac de couchage, de la nourriture, des vêtements. Il me regarde, et m’ignore tout en continuant son chemin comme si de rien n’était. Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Il à l’air si sûr de lui, comme si tout était normal, alors que rien n’est normal, absolument rien ! Je me rappelle alors le bruit des oiseaux, et commence à les chercher du regard, puis, une fois trouvés, je me mets à les observer perchés sur les arbres. Certains sont si beaux, que je commence à avoir les larmes aux yeux. Je n’ai encore jamais vu d’oiseaux autant colorés en pleine ville, notamment à Paris. Je suis tiraillée entre un sentiment de panique mais aussi de détente extrême que me procure cette vision de beauté sur ma place, encore toute nouvelle pour moi. Cependant je me rappelle avec effroi que mon chat n’est pas là, alors qu’il passe habituellement toutes ses nuits dans mon lit avec moi. Je l’appelle de toute mes forces, et il rentre dans ma chambre. Il marche lentement, comme s’il était très fatigué. Je le prends dans mes bras. Il a pris du poids, il est plus lourd que d’habitude. Je le serre très fort. Grâce à lui, je réussis enfin à me détendre complètement. Je m’assois au bord de ma fenêtre et respire un grand coup. L’air est si pur que je profite de ce calme reposant, mon chat sur les genoux. La situation n’est finalement pas si mal que ça, elle pourrait même beaucoup me plaire.  

 

SGR