la vue de ma chambre

Mes paupières sont si lourdes… J’ai l’impression d’avoir dormi un siècle entier… J’ouvre lentement les yeux. Il fait très sombre dans la pièce, seuls quelques rayons de soleil tentent de se faufiler à travers des volets usés. Un léger courant d’air me caresse la peau. L’atmosphère est paisible dans cette chambre mais je ne reconnais pas cet endroit. Je ne vois ni mes meubles, ni la tapisserie violette de ma chambre. Rien n’est comme d’habitude. Soudain un bruit strident m’extirpe violemment de mes pensées. Un bruit, comme un cri, venait de retentir à l’extérieur. Je dirige mon regard vers la porte et stoppe ma respiration un court instant. Plus aucun bruit. J’ai le cœur qui bat à mille à l’heure sans pouvoir dire pourquoi. De nouveau un cri, nettement plus fort cette fois et qui semblait se rapprocher progressivement. Je fis un bond dans mon lit. Cette fois le bruit ne provient pas de la porte, mais de la fenêtre, de l’autre côté de la pièce. Je prends donc mon courage à deux mains, je me lève, difficilement, de mon lit et un pied après l’autre je me dirige vers la fenêtre. Plus j’avance, plus je me dis que ce n’est peut-être pas une très bonne idée. Mais bon, fichu pour fichu, autant savoir ce qu’il se passe dehors. Arrivée à la fenêtre, j’ouvre en grand les volets et là, c’est le drame. Je reste figée, sans voix face à la scène qui se déroule devant mes yeux. Je vois de ma fenêtre, un monde que je ne reconnais pas, ce n’est pas mon monde, ce n’est pas ma ville, je ne vis pas ici.

Mes larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Ma chambre donnait directement sur une rue marchande. Je vis ici, depuis plusieurs années, dans cette petite ville de Bretagne où il a toujours fait bon vivre ; mais actuellement, tout ce que je vois n’est que flammes et ruines. J’entends des sirènes de police raisonner au loin. Pourtant, je ne vois personne dans la rue, qui d’habitude était bondée de monde et animait la ville. Je ne vois même pas cette vieille fripouille de Jacques et son fidèle chien, Bobby. Pourtant ils se trouvent là chaque jour, allongés devant cette vitrine de magasin de jouets, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente. Mais il n’est pas là ; personne ne semble être là, pas un passant dans la rue. D’ailleurs ce magnifique magasin habituellement illuminé, et qui a toujours tant fait rêver les enfants en période de Noël, est lui aussi dans un piteux état. La vitrine a été brisée, des éclats de verre trainent partout par terre, la boutique est sans-dessus-dessous et c’est le cas de tous les bâtiments de la rue, magasins comme immeubles. Tous ont été vandalisés, incendiés et laissés à l’abandon comme si une tempête ou une catastrophe était passée ici et avait tout emporté avec elle.

Tout était si calme. Je n’entendais personne parler, pas de chants d’oiseaux ni de bruits de pas. Les différentes musiques de magasins ou de stands elles aussi avaient disparu. C’est à n’y rien comprendre, hier encore, le bruit des travaux dans sa rue la réveillait aux aurores. C’est comme si la vie avait fui la ville et qu’il ne restait que moi. Je ferme les yeux, une fois, deux fois, afin de m’assurer que je ne rêve pas. J’aurais aimé rêver, mais non, c’était bien la réalité. Je me précipite vers la porte, je veux sortir dehors pour constater cette triste réalité de plus près. J’attrape la poignée, tente d’ouvrir la porte mais elle est fermée à clef. Je suis enfermée dans ma chambre. Pourquoi ? Je crie de toutes mes forces, je pleure, je tambourine la porte pour que quelqu’un m’aide. J’entends la voix d’une femme de l’autre côté de la porte demander de l’aide, elle cherche du renfort, je l’entends parler à d’autres personnes. Ils vont pouvoir m’expliquer ce qu’il se passe. Après quelques minutes où je n’ai cessé de hurler comme une folle, la femme en question reviens, ouvre la porte et entre accompagnée de deux hommes en tenue d’infirmiers. Ils s’approchent tous deux de moi, je sens le danger s’approcher de moi en même temps et je demande à la femme ce qu’il se passe et elle me répond que tout va bien se passer, qu’on va s’occuper de moi et que je dois me reposer. Soudain je sens une piqûre à mon bras, ma vision se trouble et puis d’un coup noir complet. La dernière chose dont je me souviens c’est d’entendre la femme en blanc prononcer ces mots en sortant : « Merci de m’avoir aidé à la canaliser, ces dix dernières années d’hôpital psychiatrique n’ont pas arrangé son état j’en ai bien peur. Je vais prévenir le psychologue qu’elle recommence à avoir des hallucinations… » 

 

EEN