L’âme d’un quartier et le tourisme

 

En Octobre 2019, Louis Heidsieck publie ses réflexions sur le Quartier Latin dans Le Figaro 

 

Étant donné que la Sorbonne-Nouvelle Paris 3 quitte ses locaux pour déménager à Nation en été 2020, les étudiants partent et l’ambiance du Quartier Latin changera sans doute. Louis Heidsieck note d’ores et déjà une évolution notable de cet endroit mythique de la capitale française. Depuis le 13ème siècle, les meilleures universités et enseignants ont attiré ici les étudiants, les bibliothèques, ainsi que les maisons d’édition. Et c’est ici que des années plus tard, Simone de Beauvoir, George Orwell ou Ernest Hemingway vivaient et écrivaient.

 

Le Quartier Latin n’est plus ce qu’il était au 20ème siècle, mais il reste une référence pour les intellectuels d’aujourd’hui. L’âme du quartier se perd en raison de la fermeture des librairies et de la hausse de l’immobilier, et pourtant l’ambiance intellectuelle, artistique et internationale s’y trouve toujours.

 

Heidsieck interroge Georges Hadad, Président de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Florence Berthout, Maire du 5ème arrondissement, You Feng de la maison d’édition You Feng (!) et aussi le jeune écrivain et metteur en scène Pierre Florac. Le premier ne retrouve pas le Quartier Latin de Jean-Paul Sartre et rappelle que les presses universitaires se sont transformées en magasins de vêtements, chaînes américaines ou autres Burger King.

  

Comment ne pas perdre son âme…

 

Désormais, il existe de moins en moins de librairies et celles qui restent subissent une baisse en chiffre d’affaire de 5% chaque année. Beaucoup se sont transformées en boutiques de souvenirs. Aujourd’hui on ne trouve plus que quatre librairies dans la rue Monsieur-le-Prince alors qu’en 1976 il y en avait 26. 

 

De surcroît, le prix des loyers a tellement augmenté que ni les étudiants, ni les couples d’universitaires ne peuvent s’installer dans le Quartier Latin. Les appartements sont achetés pour être loués sur Airbnb au profit des touristes.

  

Il se pourrait qu’il y ait une autre manière de concevoir l’ambiance actuelle du Quartier Latin. Il reste toujours un lieu de référence quand on pense à la littérature et aux bibliothèques, notamment la bibliothèque Sainte-Geneviève qui attire un grand nombre d’étudiants et comprend plus de 200.000 ouvrages rares dont l’une des plus grandes collections scandinaves au monde. La bibliothèque et le Quartier Latin sont connus à l’échelle internationale.  L’ambiance y est feutrée, intrigante. Afin de garder cet esprit du partage littéraire, le bar L’Eurydice dans la rue du Cardinal Lemoine accueille des spectateurs de 20 à 35 ans pour écouter Pierre Florac lire un conte de Flaubert jusqu’à six heures du matin. 

 

…et prier pour son immortalité

  

Un quartier évolue au fil du temps, étant influencé par les différentes personnes qui le fréquentent. Ses cafés à terrasses, ses éditeurs, ses restaurants exotiques ou encore ses cabarets et cinémas donnent au quartier une ambiance unique. Même si l’ambiance n’est plus exactement la même, le charme et l’âme originale restent de manière déguisée. De plus en plus envahi par des touristes du monde entier à la recherche de la magie du quartier, l’ancien lieu d’échanges culturels s’est transformé en quartier touristique cosmopolite. 

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HEIDSIECK, A la recherche de l’âme perdue du Quartier latin, dans Le Figaro, 04.10.2019