Ça c'est passé à Paris III...

 Soumission

Michel Houellebecq

2015, Flammarion, 315 pages

 

 

 

 « Extérieurement il n'y avait rien de nouveau à la fac, hormis une étoile et un croissant de métal doré, qui avaient été rajoutés à côtés de la grande inscription 'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 »

 

 

Michel Houellebecq a le talent de remuer le couteau dans la plaie

 

L’intrigue est à la fois possible et probable ce qui la rend particulièrement choquante. Partiellement basée à la Sorbonne Nouvelle dans le Quartier Latin, toute personne qui connait ce lieu est prise d’angoisse en lisant les mots cyniques de Houellebecq. L’encadrement de la présidentielle de 2022 où agissent des hommes politiques du monde réel sert de fil rouge et devient de plus en plus présent dans la vie du héros au cours de l’histoire. Ce dernier, nommé François, professeur de Lettres à Paris III, personnage grincheux, blasé et d’une froideur émotionnelle sans pareil, se retrouve dans un Paris différent du nôtre. Le thé à la menthe commandé dans la mosquée au coin laisse un arrière-goût étrange lorsque la Fraternité musulmane devient de plus en plus populaire au sein du peuple français, remporte le second tour par la promotion des valeurs comme celles de la famille et de la morale traditionnelle, et impose l’islamisation du système éducatif. Face à la peur et à l’incompréhension de la manière de vivre dans une ville changée du jour au lendemain, François donne sa démission, quittant pour une durée indéterminée non seulement la Sorbonne mais aussi la capitale. Il s’en suit un voyage à travers le pays et le paysage politique français, décrit de manière détaillée mais sans aucun jugement personnel concernant les changements de l’un ni de l’autre. En rentrant, il rencontre Robert Rediger, nouveau recteur de la Sorbonne après la prise de pouvoir de Ben Abbes, leader du parti musulman. Dans son appartement imposant situé rue des Arènes, R. Rediger lui parle de l’Islam, de la polygamie légale et facile et du salaire alléchant (issu d’un fonds saoudien généreux) qui l’attend dès le moment où il choisit de réintégrer la Sorbonne. Par pur opportunisme ou bien par pauvreté d’âme, François accepte l’offre, se convertit à l’Islam et rentre à la Sorbonne musulmane.

 

La laïcité est-elle en péril ?

 

Qu’en pense l’auteur ? Est-ce qu’il estime qu’un changement aussi radical de la société française, et plus généralement de l’occident, est ainsi possible voire probable ? Les valeurs chrétiennes, l’émancipation de la femme, la liberté religieuse, la laïcité et la sécularisation pourraient-ils vraiment être bouleversés au cours de la prochaine présidentielle ? C’est probablement à ces questions que Houellebecq, donnant des opinions ambivalentes sur son roman, veut exposer le/la lecteur.rice. Comme souvent avec ses sujets polémiques, il incite à se creuser la tête à la recherche de ses propres principes.

 

En tant qu’étudiante à la Sorbonne Nouvelle, université où se regroupent des cultures, des nationalités et des croyances, je suis convaincue que la tolérance mutuelle et la multiplicité sont essentielles pour une formation fructueuse. Jamais ne devons-nous tolérer ici l’hégémonie d’un regroupement quelconque. Luttons pour que l’hypothèse de Houellebecq concernant la Sorbonne Nouvelle, encore dans le Quartier Latin où mosquée et église se côtoient, ne se réalise sous aucun prétexte.

sok