De Rochant à Allen: tribulations au Quartier Latin

Minuit à Paris, Un Monde Sans Pitié

Woody Allen 2011, Eric Rochant, 1989

 

"Si au moins on pouvait en vouloir à quelqu'un, si même on pouvait croire qu'on sert à quelque chose, qu'on va quelque part. Mais qu'est ce qu'on nous a laissé ? Des lendemains qui chantent ? Le grand marché Européen ? On a plus qu'à être amoureux comme des cons ! Et ça, c'est pire que tout."

 

 

Le quartier latin nous évoque tous quelque chose. Qu’on y vive ou non, qu’on connaisse ou non. Mais c’est indéniable, il est vecteur de création, d’invention et d’écriture. Que ce soit un réalisateur français, comme Éric Rochant, ou un réalisateur américain, comme Woody Allen, ils chantent tous les deux le quartier latin, en une belle symphonie lyrique, dans leurs deux films respectifs : « Un monde sans pitié » et « Minuit à Paris ».

 

Deux films, sur deux tribulations des protagonistes dans le vieux Paris, l’un vivant dans son présent, l’autre voulant retrouver un Paris passé, rempli de ses auteurs favoris.

 

« Un Monde sans pitié », montre Hippo, un jeune adulte, qui cherche un sens à sa vie, tout en cherchant l’amour, courant après une fille, Nathalie Rozen, en plein cœur de Paris.

Il montre un Paris poétique, plein de fantaisie, qu’il utilise pour séduire Nathalie, lui narrant les mythes du quartier, de nuit, assis tous deux sur un balcon, avec une vue plongeante sur la tour Eiffel, au lointain.

 

Le personnage d’Hippo symbolise la génération des années 90 qui ne se retrouve pas dans la société issue de mai 68, société de déclin économique et social.  Sans idéaux, il adopte une attitude désinvolte, et pleine d’ironie. 

Ces attitudes qui paraissent n’être que détachement et volonté de liberté, cachent en réalité angoisses et peur du changement.  La vie à la marge de cette société n’est qu’une l’illusion de liberté, plutôt un piège qui se referme sur les personnages.

 

Dans « Minuit à Paris », le héros, contrairement à Hippo, cherche désespérément à fuir son époque, pour vivre les années 20, pour rencontrer son modèle, Ernest Hemingway, et fuir sa vie morose, incompris par sa femme, Inez.

Tout au long du film, l’antagonisme entre Gil et Inez révèle deux visions différentes de Paris. L’itinéraire du spectateur s’articule entre la vision idéalisée de Gil et la visite plus terre-à-terre d’Inez : alors que le premier se rend dans des lieux emblématiques du Quartier latin, la deuxième préfère les sites touristiques et les événements mondains. Mais le Quartier latin n’est pas seulement représenté comme un lieu de flâneries nocturnes pour Gil ; à travers les rencontres du personnage principal avec les écrivains et artistes de l’entre-deux-guerres, le spectateur découvre que ce quartier a été pour eux un moteur de créativité artistique. Woody Allen rend ainsi un hommage au Paris des années 20, en l’opposant à la vision actuelle de la capitale française, première destination touristique mondiale.

Eric Rochant a été inspiré par son Quartier Latin contemporain, tandis que Woody Allen, lui, raconte sa fascination pour le quartier des auteurs des années 20. Qu’il soit une réalité pour l’un, ou une vision mystifiée pour l’autre, le Quartier inspire, peu importe la forme d’art. Cinéma, poésie, littérature, peinture, le centre de Paris fut le berceau de l’art, laissant au flâneur actuel une impression de vie différente, coupée du reste de Paris. Le Quartier Latin possède son monde à lui, comme suspendu au-dessus d’une ville frénétique, qui en oublie presque son passé. Seul lui reste tranquille.

cap et cln