Le Quartier Latin : le quartier étudiant par définition

1200, charte de fondation de l’Université de Paris par Philippe Auguste. 1215, statuts de l’Université de Paris par le cardinal Robert de Courçon, sous les ordres du pape Innocent III. Quelque part entre 1228 et 1270, Saint Louis, se rendant à matines pendant la nuit, reçoit un seau d’urine sur la tête alors qu’il passe sous la fenêtre d’un étudiant.

 

Le Quartier Latin, c’est aujourd’hui le vieux quartier des cafés, le quartier des artistes et des galeries, des poètes, des étudiants aussi, le quartier de la nuit tombante, des théâtres, des libraires… et des touristes. Eh bien, en 800 ans, peu de choses ont changé. Au XIIIe siècle, à sa fondation, sur la rive gauche de la Seine, l’Université de Paris accueille les touristes de l’époque : les étudiants. Chahuteurs, jeunes intellectuels, amateurs de beuverie, grévistes, grands rhéteurs, premiers sur le marché de l’emploi, revendiquant leur indépendance… bref, des personnages insupportables. L’Université de Paris, deuxième université d’Europe après Bologne en Italie, attire des jeunes de toute la chrétienté. Italiens, Allemands, Anglais, Espagnols, Scandinaves, tous s’y côtoient ! Alors comment tout ce petit monde peut-il coexister sur cette minuscule part du gâteau parisien actuel ? Un seul mot : le latin. Le latin, c’est la lingua franca, l’english de l’époque ! Ainsi naquit ce qu'aujourd’hui nous appelons « le Quartier Latin » (bien que l'appellation ne semble apparaitre que bien plus tard).

 

Je ne veux pas vous parler des thomistes, des aristotéliciens, des averroïstes, des philosophes utopistes, des réformistes intellectuels, de l’universalisme ou des humanistes mélancoliques ; non, ce que je veux ici, c’est tenter de brosser avec vous le portrait de l’étudiant médiéval dans le Quartier Latin de Paris, un étudiant pas si différent de l’étudiant d’aujourd’hui.

 

Alors à quoi pense-t-on quand on nous dit « étudiant » ? Grève et engagement politique ? Fête et beuverie ? Recherche de logement et manque d’argent ? Problèmes administratifs ? Professeurs et élèves du monde entier ? Diplôme, livre et recherche ? Université bien sûr… Débouchés peut-être ? Privilèges et vacances ? Ou encore manque d’attention pendant les cours ? Tout cela à la fois je suppose… Eh bien, au Quartier Latin, rien de nouveau, et je m’en vais vous conter cette histoire.

 

 

Le Quartier Latin, déjà quartier des grèves...

 

C’est la sombre histoire d’un tavernier tabassé par une bande d’étudiants, d’une arrestation qui tourne mal, d’une grève aux retentissements européens, et d’un conflit atteignant les plus hautes sphères de la chrétienté médiévale occidentale : c’est la grève de 1229, une tragicomédie en 5 actes, où les partis s’accusent l’un l’autre, résolue par l’intervention du guide controversé de la chrétienté.

 

 

Acte 1 : Une soirée gâchée par un maudit tavernier. C’est mardi gras, le 26 février 1229, l’heure d’aller jouer et festoyer. Il fait froid et boire réchauffe toujours. Mais en fin de soirée, on n’a pas les moyens de payer, une dispute éclate et les étudiants finissent dehors.

 

Acte 2 : La revanche : l’arme du crime, un gourdin. Nullement impressionnés, les étudiants reviennent plus nombreux le lendemain, on les dit armés de gourdins, de bâtons, et même d’épées. La tavernier est tabassé, la taverne saccagée et les passants « légèrement » bousculés. Puis on rentre tranquillement chez soi.

 

Acte 3 : L’arrestation : une intervention illégale. La régente Blanche de Castille, mère de Louis IX, ordonne l’arrestation des étudiants. La garde tente d’arrêter les coupables, il y a lutte, et on ne sait si les véritables fauteurs de troubles étaient dans le lot. On peut supposer que la lutte ne fut pas chose aisée pour la garde, car figurez-vous que les universitaires disposaient également de cours d’escrime et de maniement des armes. Le premier manuel d’escrime dont nous disposons, connu sous le nom de Royal Armouries Ms. I.33, a été rédigé et illustré par des clercs et représente des clercs maniant épée et bocle ! La possession d’armes leur a d’ailleurs été interdite plus d’une fois… Mais revenons à nos moutons : finalement, la garde l’emporte, des étudiants sont tués et les autres prennent la fuite dans les vignes non loin. Et quoiqu’on en dise, tuer quelqu’un à l’époque médiévale est un crime grave…

 

Acte 4 : Deux ans de grève. Car selon la loi, la garde n’a pas de pouvoir sur l’Université de Paris. Elle n’avait donc pas le droit d’intervenir ! Les maîtres et étudiants, avec le soutien du pape, demandent justice à la régente. Celle-ci ne cède pas. L’Université de Paris entre en grève. Elle décide d’une grève de 6 ans durant lesquels aucun enseignement public ou privé ne pourra avoir lieu dans la capitale. Les grèves étudiantes d’aujourd’hui (pensez à celle d’il y a deux ans par exemple) font pâle figure à côté de celle-ci !

Mais ici j’aimerais faire une petite parenthèse et vous expliquer en quoi une telle grève est un événement des plus graves pour Paris. Une grève universitaire à l’époque médiévale, ce n’est pas descendre dans la rue et manifester avec des pancartes ; à cette époque, la grève universitaire consiste en un simple départ de sa cité d’accueil. Alors en quoi est-ce si grave ? C’est d’abord à cause des conséquences économiques. Au XIIIe siècle et dans les siècles qui suivent, l’université fait vivre tout le Quartier Latin, les étudiants et écoliers dépensent beaucoup, tant en matériel d’étude qu’en breuvages douteux, paient leur logement, louent des livres, certains travaillent pour payer leurs études tandis que d’autres ont des domestiques. Sans compter la quantité d’artisans, de miniaturistes, de copistes, de relieurs, de préteurs sur gages, etc., triés sur le volet chaque année que l’université fait vivre. Mais c’est aussi la renommée culturelle internationale de Paris, la nouvelle Athènes, la nouvelle Rome, centre du savoir, qui est touchée. Parallèlement, les autres universités se voient stimulées par l’arrivée des prestigieux maitres et élèves de l’Université de Paris. En 1229, ce furent les universités d’Angers, Toulouse, Orléans, Reims, Cambridge, Oxford, et même les universités d’Italie, qui se virent renforcées. En comparaison, imaginez Paris aujourd’hui, sans le Quartier Latin, économiquement et culturellement.

 

Acte 5 : L’intervention pontificale. Bien sûr à Paris, on feint de ne pas s’en inquiéter et on traite la situation avec mépris. Le légat et l’évêque vont même jusqu’à excommunier l’université entière. Très vite le pape, qui est alors Grégoire IX, décide d’intervenir et suite à de longues négociations, publie la bulle Pariens Scientarum le 13 avril 1229 qui réinstaure la paix à Paris. On y voit d’ailleurs apparaître pour la première fois le droit de grève (uniquement s’il y a meurtre et que les victimes n’ont pas obtenu justice et satisfaction dans les quinze jours). De plus, le jeune roi Louis IX ordonne la création d’une commission de deux maîtres et deux bourgeois chargés de forcer les propriétaires parisiens à respecter les prix de location des chambres étudiantes, fait jurer aux hauts ecclésiastes de ne plus causer de désagréments aux universitaires, et commande aux bourgeois de faire de même. En échange, les universitaires doivent dorénavant adopter un comportement moins turbulent. Rire gras sur les bancs de l’université.

 

En effet, les étudiants médiévaux n’ont jamais cessé d’être des plus indomptables et privilégiés. Aussi les grèves sont-elles encore nombreuses d’ici à la fin du XVe siècle, mais cette agitation se retrouve aussi dans leur quotidien, et la vie étudiante, si elle est synonyme d’études et d’apprentissage, est également une fête gargantuesque.

 

 

Et sinon c'est quoi l'Université de Paris au XIIIe siècle ?

 

Avant toute chose, il faut comprendre qu’une université médiévale, est une association d’étudiants et de professeurs, une universitas, une corporation de gens de métier, et qu’elle n’est donc pas implantée dans un quelconque lieu. Elle loue toutes les salles où elle donne des cours. C’est aussi pour cela qu’il est facile d’entrer en grève à l’époque médiévale. Chaque étudiant a son pupitre qu’il pose sur ses genoux pour prendre des notes. Multifonction : il fait office de table et de cartable, on y trouve plumes, encre, et feuilles – et éventuellement livres – c’est l’ordinateur qu’on pose sur ses genoux quand il n’y a plus de place dans l’amphi ! On suit les cours des sept arts libéraux, répartis en deux catégories, trivium et quadrivium. Le trivium est composé de la grammaire, de la logique et de la rhétorique. Le quadrivium est composé de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique et de l’astronomie. Mais s’ajoutent à cela de nombreuses autres matières comme la théologie, le droit canon, le droit civil et impérial dans certaines universités, la médecine, l’étude de textes littéraires, etc. L’Université de Paris était réputée pour la théologie.

 

Des élèves distraits ? Quid novi sub sole...

 

Mais comme vous en cet instant qui décrochez sous le poids des informations, comme l’étudiant d’aujourd’hui, l’étudiant médiéval est distrait. Selon le témoignage d’un professeur du XVe siècle : « Les uns écoutent la leçon, en bâtissant des châteaux de papier, les autres écrivent des livres et des chansons ; la plupart sont distraits ou endormis ; quelques-uns même envoient leur cahier à l’école et demeurent au lit ». Quelque part, l’étudiant est toujours le même, studieux et inattentif, rêveur assidu et fêtard de la première heure. Car oui, dans une même bâtisse, on trouvait en haut la salle de classe, et en bas un commerce, disons, des plus douteux.

 

Lorsque vous vous baladerez dans ces vieux quartiers de débauche...

 

Rendez-vous au Square René Viviani et à l’église Saint-Julien-le-Pauvre. A l’angle sud du square, vous trouverez la rue du Fouarre qui autrefois allait jusqu’à l’actuel quai de Montebello et contenait pas moins de huit écoles réparties dans deux bâtisses. Si vous continuez vers le sud et que vous faites le tour du pâté de maison en tournant à droite, vous tomberez sur la rue Galande dans laquelle une maison entière, à l’enseigne de la Pomme Rouge, était occupée par l’université. Mais rendez-vous plus à l’ouest et vous entrerez dans une zone où la concentration de restaurants est anormale : rue Saint-Jacques, rue de la Harpe, rue Saint-Julien-le-Pauvre, etc. Vous êtes au cœur de la débauche étudiante, aux côtés de François Villon, poète étudiant du XVe siècle. Imaginez : les enseignes de cabarets sont nombreuses et sont à l’image de Sainte-Catherine, Saint-Denis, Saint-Jacques, Saint-Jean, Saint-Julien, Saint-Louis, Saint-Michel, etc. ; et c’est sans compter sur les tavernes comme l’Arbalète, l’Ange ou les Deux Anges, le Cerf, le Berceau ou le Chaudron. Selon les textes de l’époque, l’étudiant est le principal client de ces établissements, plus débauché encore, il court la nuit dans les rues de Paris, armé, enfonçant les portes des bourgeois et enlevant les bourgeoises, on se plaint d’avoir été frappé, de s’être vu déchirer ses vêtements, de s’être fait raser les cheveux, etc. sans compter les bagarres entre bandes d’étudiants. Cela dit les professeurs aussi ne sont pas exclus de ces vices : certains s’enivrent avec les étudiants et donnent même des fêtes chez eux. Quant à ceux qui refuseraient les avances des prostituées, ceux-là sont poursuivis par ces dernières en se faisant insulter de sodomites.

 

En somme, à l’université, tout était prétexte à faire la fête : arrivée d’un nouvel étudiant, départ d’un étudiant, obtention de sa maîtrise, arrivée ou départ d’un enseignant, fin des examens, jours de fête, banquets officiels, etc. Chaque soir, certaines parties du Quartier Latin se transformaient pour devenir beuveries, bagarres et débauche.

 

Université et combat politique, un couple indivisible quoi qu'on en dise.

 

Et les étudiants étaient intouchables ! Ils étaient couverts de privilèges comme on l’a déjà vu plus haut et comme on le verra plus bas. La royauté voulait les garder sous son aile et l’autorité pontificale également. Jouant ses cartes, l’Université de Paris a réussi à être quasiment indépendante des deux tout en obtenant de nombreux privilèges de l’un et de l’autre. Il n’existe pas plus symptomatique pour illustrer ce propos que la miniature du XVe siècle qui représente Saint-Louis, se rendant à matines de nuit en passant par le Quartier Latin, et recevant un seau d’urine sur la tête. Il est dit que l’étudiant fautif, loin d’être puni, obtint une prébende, sorte de revenu accordé aux ecclésiastiques, car il devait être bien studieux pour encore travailler à cette heure. C’est un peu l’APL du XIIIe siècle…

 

L'argent, le problème intemporel des étudiants...

 

Justement ! Cet argent, l’argent des étudiants, s’il allait dans les poches des commerçants et des professeurs, allait aussi en grande partie dans les poches des locateurs. Comme aujourd’hui, l’étudiant cherche un logement. On se dispute, on se bat, on renchérit, on soudoie, les locateurs augmentent les prix… : c’est la course infernal au logement, parfois même jusqu’entre élèves et professeurs. Si les uns sont assez riches pour s’entretenir ou appellent leurs parents à l’aide – ce qui ne fonctionnait d’ailleurs pas toujours – d’autres cherchent des emplois, louent leurs services aux bourgeois, deviennent les domestiques des uns, se résignent à la colocation, voire à la mendicité.

 

Les premiers "foyers étudiants"

 

Mais on n’allait pas laisser les étudiants dans cet état ! En même temps que se développe l’université, apparaissent les premières bourses et les premiers collèges – la résidence étudiante médiévale, le CROUS de l’époque, repas compris – dont celui de la Sorbonne dans les années 1250 ! On ne peut y introduire « ni chiens ni femmes », mais on y trouve le gîte et le couvert, et une instruction. En échange, les étudiants doivent veiller les morts, assister aux sermons, aux récitations, se confesser, etc. Bref, être collégien, c’était être moine-étudiant, curieux mélange entre débauche et religiosité.

 

Toutefois, certains étudiants trouvaient le moyen de contourner les règles. Pour ceux-là, les collèges tenaient plus du centre administratif, délivreur de papiers et d’attestations, que du lieu de résidence permanente. On les appelait les « martinets » car, comme l’oiseau, ils avaient l’âme voyageuse et discrète. Rappelons tout de même qu’une grande partie des étudiants restaient trop occupés à étudier, lire et travailler pour faire autre chose – du moins en semaine.

Voilà qui était l’étudiant de l’époque médiéval, l’homme qui donna son nom au Quartier Latin, clerc, tapageur pour le moins, privilégié promis à un destin radieux – eh oui, pas de chômage pour les étudiants médiévaux, tout le monde recrute ! – studieux, écrivain et vagabond sur les bords. Mais quid de l’Université de Paris ? Parler de l’étudiant sans l’université, quelle erreur ! Et préparez-vous, ce que je suis sur le point de vous révéler, tiens bel et bien de la réalité et non de la fiction.

 

L'université et l'administration, un paradoxe qui ne date pas d'hier !

 

C’est un scandale, une abomination, une honte ! Car voyez-vous, nous sommes en pleine Guerre de Cent Ans, en 1378, et une des Nations de l’Université de Paris, se nomme la Nation d’Angleterre ! Alors voilà, l’Université de Paris est répartie en quatre « Nations », qui regroupent les étudiants par origines géographiques. Il y a la Nation de Normandie, où l’on trouve les Normands et les Bretons, la Nation de Picardie, qui rassemble tout le nord du Royaume de France, la Nation de France, constituée de tout le reste du Royaume ainsi que de tous les étudiants latins, et il y a la Nation d’Angleterre, réunissant les Allemands, les Scandinaves et les Anglais. Chaque Nation a ses propres modes de fonctionnements, ses propres représentants, ses lieux de cours, ses finances, etc. Mais c’est la Guerre de Cent Ans et l’Angleterre est l’ennemi juré de la France !

 

Alors la Nation d’Angleterre ne peut rester « d’Angleterre », et en 1378, on demande à ce qu’elle devienne la Nation d’Allemagne. Eh bien, les démarches administratifs d’aujourd’hui ne sont rien à côté de celle-ci. 58 ans. Il aura fallu 58 années pour qu’en 1436, la Nation d’Angleterre devienne la Nation d’Allemagne. Mais la guerre n’est pas finie, aussi bien dans le pays qu’à l’Université de Paris, et on aime bien taquiner nos amis anglais. Alors changer de nom était loin d’être suffisant et assez humiliant. Figurez-vous que dans les Nations, il y avait des sous-répartitions. Après la réforme, la Nation d’Allemagne était constituée des étudiants de Basse-Germanie, de Germanie Supérieure, et d’Écosse, dans laquelle on mit les Anglais – douce et vicieuse revanche, taquinerie politique, de l’alliance franco-écossaise.

 

Quoiqu'il en soit, on aime nos professeurs...

 

Autre chose : êtes-vous allé voir la rubrique « Qui suis-je ? » ? Si non, il faut le faire ! Car sachez que c’est une tradition dès l’époque médiévale que de rendre honneur à un professeur de l’université en faisant son portrait. Cela dit, à l’époque médiévale, on faisait littéralement son portrait. Lorsque les rues se couvraient de blanc chaque hiver, c’était le moment d’aller quêter auprès des docteurs, des plus riches et des plus éminents. Mais il fallait au préalable que le légat de l’Université de Paris donne son autorisation après vérification qu’il neigeât bel et bien. L’argent rassemblé était ensuite dépensé dans la réalisation d’un portrait ou d’une statue d’un professeur célèbre de l’Université. Peut-être cette tradition renaîtra-t-elle un jour… si c’est le cas, espérons qu’elle ne créera pas de jaloux entre professeurs !

 

Et vivent les vacances !

 

Je voudrais aborder un dernier point avant que nous nous quittions : nous avons parlé des cours, de l’organisation de l’Université, du logement, du temps de travail, des grèves, mais nous avons oublié une période cruciale dans l’emploi du temps de l’étudiant : les vacances ! Comme aujourd’hui, les grandes vacances existent à l’époque médiévale. Elles s’étendent de début septembre à la mi-octobre, jusqu’à la Saint-Luc plus précisément. En plus de cela, il y a trois jours et demi de vacances à Pâques, à Noël et à la Pentecôte. Alors que faisaient les étudiants pendant leurs vacances ? Quelques-uns rentraient voir leur famille mais la plupart restaient en ville ; et à Paris, on se rendait au Pré-aux-Clercs, large prairie qui longeait la Seine, des clôtures de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés à l’actuel emplacement de la Chambre des députés, c’est-à-dire au-delà de l’enceinte de Philippe Auguste. C’était le terrain de jeux des étudiants, sujet d’une querelle de possession du terrain qui dura quatre à cinq siècles entre l’Université de Paris et les moines de Saint-Germain. On y jouait de l’argent, dés, osselets et cartes s’abattaient, jeux d’adresse, de stratégie, de balles et jeux en équipes y étaient très populaires, on s’y bagarrait – entre étudiants mais aussi avec les moines – on y faisait la fête, on entrait dans le petit vignoble de l’abbaye, mangeait les raisins et arrachait les ceps, on allait même jusqu’à tenter de pénétrer le couvent, non sans s’exposer à la colère des moines qui en sortaient armés d’arbalètes. Quel sport !

 

 

 

 

 Il reste encore beaucoup à dire, mais voilà ce à quoi peut avoir ressemblé le Quartier Latin à son origine, un quartier d’étudiants, un quartier international, un quartier en ébullition, plein de contradictions et de folie, mais pas moins vital pour le Paris d’hier que pour celui d’aujourd’hui.

 

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Enfin, rendons à César ce qui appartient à César, je tiens à spécifier mes sources que sont :

 

-          La vie d’étudiant, quatrième volume de la collection Mœurs intimes du passé, édité par Albin Michel de 1908 à 1936, rédigé par Augustin Cabanès et reparu aux Editions Jourdan en avril 2019 ;

 

-          L’article L’intellectuel de Mariateresa Fumagalli Beonio Brocchieri dans L’homme médiéval, republié par les Editions Points en 1994 (originellement par les Editions du Seuil en octobre 1989), sous la direction de Jacques Le Goff ;

 

-          La carte du Quartier Latin dans Maîtres et élèves au Moyen Âge par Pierre Riché et Jacques Verger aux Editions Pluriel ;

 

-          Les intellectuels au Moyen Âge de Jacques Le Goff, republié par les Editions Points en 2014 (originellement par les Editions du Seuil en 1957, 1985 et 2000).

 

-          Gargantua de Rabelais, édition présentée, établie et annotée par Mireille Huchon, publié par Gallimard en 1994 et 2007.