Iels font Hystérique*

coup de projecteur sur une association ouvrant à une culture féministe et diverse

A l’énoncé de son nom, on devine de suite que l’association étudiante Hystérique* défend le féminisme. Mais cette association de la Sorbonne Nouvelle se revendique également queer (défendant les minorités sexuelles et de genre) et intersectionnelle (attentive à la combinaison d’oppressions que peut subir une personne, incluant les oppressions racistes, économiques, fondées sur le handicap… ).


Pour lutter contre les discriminations, ses militant·es misent notamment sur la culture, en proposant des activités gratuites ou à prix libre - chacun·e donnant selon ses capacités financières. Et bien sûr qui dit démocratie, dit aussi débats et discussions : Hystérique* veut créer un espace d’échanges. 


Des personnages queer au ciné-club d'Hystérique*

A l’origine d’Hystérique*, il y a notamment les frustrations d’Adèle. En 2018, alors en Master Didactique de l'image, Création d'outils pédagogiques et art de la transmission, elle peine à trouver des films qui montrent des personnages queers, et encore moins qui connaissent une fin heureuse. “Il y a même des discriminations entre les LGBT” ajoute-t-elle. “Les hommes gays sont les plus montrés”. Elle décide alors, avec une autre étudiante, de fonder un ciné-club au sein de l’Université pour s’emparer de ces enjeux de représentations. D'autres envies viennent s’ajouter au ciné-club et bientôt, un petit groupe d’étudiant·es fonde Hystérique*

Le principe de leur tout nouveau ciné-club est simple : une projection gratuite par mois de fictions et documentaires dans la salle de cinéma de l’université. La séance est suivie par une discussion, si possible avec un·e membre de l'équipe du film.

© Eva Fottorino
© Eva Fottorino

Les films proposés par le ciné club ne se limitent néanmoins pas aux problématiques LGBTQ+. Ils couvrent tous les enjeux au cœur des préoccupations d’Hystérique* : racisme, féminisme, handicap et validisme, décolonialisme… Par exemple, en 2019, en partenariat avec l’association Diivineslgbtqi+, dédiée aux femmes afro-descendantes LGBTQ+, les spectateur·ices ont pu voir Paris is burning, de Jennie Livingston. Ce documentaire s’intéresse à la culture du bal et du voguing dans la communauté queer new-yorkaise des années 1980.

Le ciné-club a un double objectif. D'un côté, il vise à une représentation plus juste des minorités, et à la réflexion sur la discrimination. De l'autre côté, il vise à mettre en avant des films réalisés par des personnes issues de ces minorités, trop absentes de l’industrie du cinéma, et des cérémonies de récompenses. Ainsi, il s’inscrit dans un débat qui monte en France ces dernières années. On peut citer en exemple le discours d’Aïssa Maïga aux Césars de 2020, qui fustige avec humour le manque de diversité et le racisme dans le cinéma français. 


Le cinéma malgré le confinement

En septembre 2020, Adèle passe la main à Imène, qui entame en même temps sa dernière année de licence en Cinéma. La fermeture de l'université pour cause de Covid a représenté un défi pour le ciné-club : impossible de projeter des films et de se réunir. 

Il en faudrait plus pour décourager la nouvelle équipe. Elle maintient le ciné-club, important pour s’évader et continuer de penser alors qu’on est coincé chez soi. Il est dématérialisé et réinventé, sous forme de « Ciné discussions confinées » hebdomadaires. L'idée de ce nouveau format est de proposer à celles et ceux qui le souhaitent de regarder chez eux, durant la semaine, le même film, choisi par l'équipe du ciné-club.

Le dimanche, les participant·es se retrouvent sur internet en visio, une tasse de thé à la main, pour discuter du film. Les organisatrices préparent le sujet en amont pour pouvoir lancer la discussion, mais en aucun cas elles ne la dirigent. Le rapport entre les participant·es reste horizontal. “Il n’y a pas de hiérarchie dans les paroles”, explique Imène. 

Ce nouveau format est un challenge. Il faut trouver chaque semaine un film qui soit disponible en ligne gratuitement et légalement, et susceptible d’intéresser le public d’Hystérique*.  “A chaque fois c’est un peu la surprise, combien est-ce qu’on va être ?” confie l’organisatrice. 

 

 

 

“L’important c’est que la discussion se crée, on n’est pas là pour remplir des salles de Zoom”. 

Le 8 novembre 2020, c’est La Naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, qui est au centre des discussions. Le film raconte l’histoire de trois adolescentes, qui font partie (ou le souhaitent) d’un club de natation synchronisée. C’est l’été, elles s’ennuient et font leurs premières expériences amoureuses. 

Assez vite, la discussion se porte sur la question de la légitimité des réalisateur·ices à filmer certains sujets. Comment montrer le corps des adolescentes ? Les participant·es partagent la même réticence à ce sujet “On avait tous et toutes un peu peur de la sexualisation du corps des jeunes filles. C’est ce à quoi on est habitué·e”. Imène fait la comparaison avec l’ouverture du film Carrie de De Palma, qui montre lui aussi des jeunes filles dans un vestiaire. Leurs corps sont irréalistes et hyper-sexualisés. Sciamma, elle, ne tombe pas dans ce travers. De fil en aiguille, le débat dérive sur le female gaze (une manière de filmer qui traduit un point de vue féminin), puis la filmographie générale de Sciamma et sa légitimité à filmer des jeunes filles noires de banlieues, la justesse ou non de la représentation qu’elle en fait. 



de la musique pour tous les goûts

En 2020, un lieu mythique pour les Parisien·es a pu rouvrir, la Flèche d'Or, salle de concert restée fermée pendant quatre ans. Elle est tenue par plusieurs collectifs, dont Obliq, un collectif de personnes queer et racisées. Grâce à des contacts entre Adèle et ce collectif, les membres d’Hystérique ont eu vent que la Flèche d’Or est en quête d’une programmation musicale.

Hystérique* soumet un dossier, et il est retenu. Le dernier mardi de chaque mois, Hystérique* a carte blanche pour organiser une soirée de concerts, baptisée le Live Qu’ouïr. Entièrement géré par des bénévoles de l'association, l'événement est à prix libre. Le but est de faire connaître « la jeune scène queer émergente », tout en proposant au public des styles musicaux variés. « On veut alterner entre des artiste plus ou moins connus » explique Cristiana, membre aux multiples casquettes d’Hystérique*. Iel est impliqué dans les tous nouveaux Café Queers, les Live Qu’ouïr et gère la communication de l’association. 

La première édition de ces concerts devait se tenir en octobre 2020, mais elle a été annulée pour cause de confinement. La rappeuse Roumdoul et la chanteuse indie-pop Maddy Street étaient invitées. Ce n’est que partie remise, car le projet tient toujours.


pour aller plus loin

- Le site du Collectif 50/50, un collectif qui oeuvre pour la parité dans le monde du cinéma

- Le film Sois Belle et tais-toi de Delphine Seyrig : documentaire à base d'entretiens sur la place des actrices dans l'industrie du cinéma, objet d'un récent ciné-club confiné.

- Le site 1001 Héroïnes : une base de données pour trouver des livres, films et séries féministes.

du théâtre au débat

Hystérique* se mêle aussi au théâtre, toujours à sa façon. L'association a monté l'année dernière un partenariat avec le théâtre de la Commune à Aubervilliers.

Le 28 février 2020, par exemple, les étudiant·es avaient pu assister à une représentation, au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, de  Nana n'attrape pas la variole. Inspirée d’un roman de Virginie Despentes, la pièce met en scène Pauline, qui prend la place de sa soeur Claudine, une femme qui plait aux hommes et aime la séduction. A travers elle, se pose la question du corps, du genre, et de la sexualité.

Après la pièce, le public a pu participer à un « débat mouvant ». Dans cette forme originale de discussion, chaque spectateur se déplace à droite ou à gauche dans la salle, pour indiquer s’il est pour ou contre l’opinion énoncée.

Mise en scène par Monika Gintersdorfer et portée par le collectif franco-allemand  La Fleur - un groupe éclectique aussi bien au niveau du genre que de l'origine sociale et ethnique de ses membres -  Nana n'attrape pas la variole avait plongé le public dans un tourbillon de couleurs, de sons, d'émotions et de réflexions.

 

 

 

 

 

 

 

 

LC 

Merci à Imène, Adèle et Cristiana d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.