Survivre et se perpétuer

le secteur culturel bouleversé par le confinement

14 novembre 2020, la nuit s’anime peu à peu sur les réseaux. Facebook, Instagram ou encore YouTube deviennent le spectacle d’une longue lignée de manifestations, ponctuant la soirée. Visite virtuelle du Musée d’Air France, visite à la torche du Hall du musée de l’Air et de l’Espace, live dans l’intimité du musée Gustave Moreau en compagnie de Roselyne Bachelot, Ministre de la Culture ; ce soir-là, les musées reprennent vie le temps d’une visite et la chouette, symbole de la Nuit Européenne des Musées numérique, nous transmet tout son savoir. Cette manifestation digitale du secteur culturel – invitant les visiteurs·ses à vivre des moments privilégiés

depuis chez eux et chez elles en admirant les expositions de Beaux-Arts, de sciences techniques et traditions populaires en direct sur leurs réseaux – s’inscrit dans une démarche amorcée dès le premier confinement en mars 2020. En effet, celui-ci a quelque peu changé la donne pour les métiers du secteur culturel, se voyant obligés de fermer leurs portes au public et de repousser indéfiniment leurs activités. Face à une telle neutralisation du secteur, ressentie par tous (visiteurs·euses comme artistes), le numérique et le digital se sont imposés comme évidents pour lutter contre cette atrophie endémique de la culture. 


De son côté, le Gouvernement français réagit en lançant le portail et le hashtag Culture chez Nous dès mars lors du premier confinement.

Page d’accueil du site du Ministère de la Culture pour la plateforme Culture chez Nous (Novembre 2020)
Page d’accueil du site du Ministère de la Culture pour la plateforme Culture chez Nous (Novembre 2020)

Être visible et connu de tous : les réseaux sociaux, nouvel outil au service de la culture

Si le confinement semble avoir révélé la nécessité de digitaliser le secteur de la culture, ses différents acteurs n’ont cependant pas attendu qu’il frappe pour commencer à se lancer dans le numérique. En effet, avant même le confinement, nombre d’entre eux s’étaient  déjà dotés de sites internet en vue d’une plus grande visibilité et démocratisation de leur art. C’est le cas notamment du Musée des Beaux-Arts de Lyon dont l’ergonomie et la facilité d’utilisation du site ne laissent rien à redire et nous permet à nous – visiteurs·euses invisibles – de profiter pleinement de cette nouvelle expérience depuis notre canapé. La scène musicale s’est également mis au diapason en passant au 2.0 comme l’a montré l’Orchestre National de France qui livre une prestation novatrice et époustouflante le 29 mars 2020, en reproduisant en vidéo, et ce malgré la distance entre ses musiciens, le Boléro de Ravel dans une vidéo diffusée sur YouTube, visionnée plus de 3 millions de fois. Plus de 51 musiciens


mettent en œuvre cette digitalisation d’une œuvre de près de 100 ans et offrent un souffle nouveau et une bouffée d’air frais aux Français·es, asphyxiés entre quatre murs. Enfin, le théâtre et l’art du spectacle ont eux aussi ouvert leurs portes au numérique en surgissant subrepticement dans nos fenêtres de notifications comme le fait par exemple la Comédie Française, en diffusant régulièrement du contenu sur sa chaîne YouTube. Instagram, Facebook, YouTube et plateformes en ligne sont devenus avec le confinement les nouveaux moyens de communication du monde de la culture, qui perpétuent ainsi ses arts et traditions, en continuant à nous instruire à distance à défaut de pouvoir le faire de vive voix.

La France n’est cependant pas la seule à s’être lancée dans la digitalisation de son secteur culturel. L’Allemagne, très avide de numérique, s’est elle aussi déjà dotée d’outils et de moyens divers afin de continuer à partager avec son public. La ville de Hambourg par exemple, œuvre chaque jour pour proposer spectacles, musique, art… tout en faisant part de ses nouveautés avec le hashtag #culturedoesntstop, non sans rappeler un autre hashtag du même genre.

Rire, reproduire et se cultiver : Quand le confinement redéfinit les pratiques culturelles

Pendant que le secteur culturel s’affaire à trouver des solutions pour survivre tant bien que mal pendant le confinement, la population, elle, cherche activement de quoi s’occuper pendant ces mois sombres. Le temps semble long, les heures passent et l’ennui guette. Cependant, alors même que chacun·e est enfermé·e à double tour dans son logement, Internet ouvre en grand portes et fenêtres. Dès mars 2020, les réseaux sociaux et notamment Instagram et Twitter deviennent le théâtre de manifestations toutes aussi ingénieuses les unes que les autres, visant à avertir et divertir. L’origine de cet engouement ? Le Getty Museum Challenge. La règle du jeu est simple : reproduire, le plus fidèlement possible avec les objets de la maison, les grands tableaux de l’histoire de l’art. En effet, à défaut de pouvoir admirer ses toiles préférées dans les musées, l’art prend vie sous une autre forme, sur un autre type de toile, entièrement digitalisée cette fois. 

La communication avec l’extérieur étant rompue et le lien social déconnecté, le défi apparaît comme le vecteur idéal pour rétablir le dialogue. La solitude d’Edward Hopper ou l’ennui profond comme chez Ramon Casas « La Jeune Décadente » sont autant de messages représentatifs de cette période difficile. Les reproductions comiques, visant à faire rire et (se) changer les idées se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux. Une lueur d’espoir, un sentiment d’appartenance et de solidarité. Parallèlement à ces pratiques de socialisation, chacun·e trouve également de nouvelles façons de s’occuper. L’intérêt grandit pour les activités manuelles (sculpture, peinture…), les activités scientifiques ou techniques (observation des étoiles…) et bien évidemment pour la culture sur internet. 

Outre cet attrait pour de nouvelles activités, le confinement a également provoqué l’utilisation grandissante des ressources culturelles par une partie de la population qui n’en faisait jusqu’alors pas usage : les seniors et les classes populaires. De fait, le confinement a certes remis en cause les modes actuels de communication mais il a aussi permis à de nouvelles pratiques d’émerger et de s’installer dans notre quotidien. Reste encore à voir si ces nouvelles pratiques peuvent s’installer dans la durée ou bien si elles sont amenées à évoluer, changer ou bien disparaître en partie ou totalement dans le futur.

 

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