Aller au cinéma, lire Zola, ou jouer à FIFA :

à chacun·e son dada !

La culture est l’affaire de tous·tes mais nous n’avons pas tous·tes affaire de la même façon à la culture. C’est ça la culture : à la fois personnelle et collective.

Pas facile de se trouver confronté·e aux autres, qui sont habitué·es à une culture que nous ne connaissons pas. La lecture, les auteur·rices, les films, les acteur·rices, les loisirs, les habitudes : oui, mais pas n’importe lesquels. On a beau dire que l’égalité est une valeur de la République, elle n’estime pas de la même façon les différentes cultures : c’est une contradiction qui règne ici, toutes les cultures sont dites égales (démocratie de la culture) mais une certaine culture est valorisée et est considérée comme un modèle idéal vers lequel chacun·e doit tendre (d’où la démocratisation culturelle). Ce sentiment, nous pouvons notamment le ressentir à l’école, par les incitations, les suggestions et les commentaires des professeur·es sur les références par exemple.

 

La démocratisation de la culture est le processus visant à mettre un bien à la portée de toutes les classes de la société. Ce concept renvoie à l’élargissement du monde de la culture à tou·tes, aussi bien dans l’accès que dans la participation. Il s’agit donc de la rendre inclusive. Si un tel processus existe, c’est que le postulat d’une culture dominante est confirmé. Par définition, cette culture dominante se place au-dessus des autres cultures, ce qui crée une hiérarchie culturelle dans la société. Dans ce contexte de démocratisation culturelle, difficile de ne pas parler de l'œuvre de Pierre Bourdieu, notamment La Reproduction, déconstruction sociologique de la fabrication de la culture dominante et mise en évidence du rôle de l’école. André Malraux, premier ministre de la Culture en 1959 a aussi joué un rôle clé, notamment dans la mise en place d’une politique culturelle.


pour aller plus loin

Brunel Patrick, « Démocratisation de la culture », Études, 2012/5 (Tome 416), p. 617-628. DOI : 10.3917/etu.4165.0617.

 

Romainville Céline, « Les dissonances entre démocratisation et démocratie culturelle dans le droit des Centres culturels », Droit et société, 2016/1 (N° 92), p. 53-73. DOI : 10.3917/drs.092.0053.

 

Zask Joëlle, « De la démocratisation à la démocratie culturelle », Nectart, 2016/2 (N° 3), p. 40-47. DOI : 10.3917/nect.003.0040.

 

L'Humanité, « La démocratisation culturelle est-elle un mythe ou une réalité ? », 9 février 2017.

 

L'histoire des politiques de démocratisation culturelle sur le site du Ministère de la Culture.

 

Son objectif, selon l’article premier du décret du 24 juillet 1959 qu’il a rédigé : « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français·es, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. »

 

La démocratie culturelle est définie comme « l’expression du plus grand nombre » selon Céline Romainville dans « Les dissonances entre démocratisation et démocratie culturelle dans le droit des Centres culturels ». Si nous reprenons l’expression d’Abraham Lincoln concernant la démocratie, et que nous l’appliquons à la culture, alors la démocratie de la culture est celle du peuple, pour le peuple et par le peuple. Ainsi, la culture est une « démocratie à mettre en marche [...] La démocratie culturelle porte donc un intérêt particulier aux différences. [...] Les principes de cette démocratie culturelle sont à rechercher parmi les notions de métissage, de solidarité, de multiculturalisme, d’affirmation de la part créative de l’individu, d’abolition des barrières entre professionnel[·les] et amateur[·rices]. » selon le Ministère de la Culture La pluralité apparaît donc centrale dans le concept de démocratie culturelle. Mais son problème majeur est l’exclusion de l’individu de l’expérience culturelle, notamment liée à des critères socio-économiques. Or chacun·e a le droit à la culture et est légitime dans ce droit mais pour que chacun·e puisse s’exprimer, faut-il encore lui donner les moyens. Cet enjeu démocratique est le même qu’en politique, il s’agit de la représentation de tous·tes. 

Ces concepts soulèvent donc de nombreux questionnements, auxquels nous nous efforcerons d'apporter des réponses tout au long de cette partie.

JG