Jacques Pezet : de l’usage des langues après une éducation plurilingue

Jacques Pezet, journaliste et fact-checker chez Libération : « Jeune, je n'ai jamais eu une passion incroyable pour Diddl ! »

 Que faites-vous aujourd'hui ?

 

Je suis journaliste et fact-checker à plein-temps pour la rubrique CheckNews du journal Libération. Le fact-checking, ou journalisme de vérification, consiste à vérifier la véracité d’une information. À CheckNews, nous avons fait le choix de vérifier ce qui intéresse les internautes, c’est-à-dire que nous répondons à leurs demandes, qui peuvent être très variées, voire amusantes. Ainsi, nous avons reçu beaucoup de questions qui nous demandaient de vérifier l’authenticité de vidéos ou de photos

prises durant les manifestations des Gilets Jaunes, mais on nous demande aussi :

«Pourquoi les gâteaux durs deviennent-ils mous et les gâteaux mous deviennent-ils durs ? » Le domaine des fact-checkers est vraiment très large.

Quel a été votre parcours scolaire ?

 

La dimension franco-allemande est arrivée très tôt dans ma vie. Dès l’âge de neuf ans, à mon entrée en CM2, j’ai intégré le lycée franco-allemand de Buc, situé dans le département des Yvelines. C’est un lycée composé d’une section allemande et d’une section française. Les enfants bilingues peuvent entrer dans cet établissement dès la « Grundschule » et les élèves français seulement francophones comme moi ne peuvent y entrer qu’à partir du CM2. Pour y être admis, il faut réussir des tests de mathématiques et de français. Jusque-là, la langue allemande n’avait eu que peu d’importance sur ma vie. Je suis né au Honduras, d’une mère hondurienne et d’un père français. Et même si nous avons très vite emménagé en France, je considère l’espagnol comme ma langue maternelle, dans le sens où où c’est la langue de ma mère, de la famille de ma mère. C’est la langue familiale et j’ai peur d’oublier cette langue avec le temps. Le français est la langue avec laquelle je me sens le plus stable, avec laquelle je pense dans ma tête (même si plusieurs langues ont tendance à se chevaucher !). C’est la langue que je maîtrise le plus finement. Aussi, pour en revenir à mon rapport à l’allemand, je n’avais dans ma famille que deux tantes qui vivaient en Allemagne, et elles n’étaient même pas allemandes ! Jeune, je n’ai jamais eu une passion incroyable pour Diddl ! J’ai donc continué mon parcours scolaire dans cet établissement à l’ambiance très européenne et élitiste jusqu’à la fin du lycée... J’ai obtenu mon baccalauréat « Section S » de justesse, après avoir passé quatre épreuves : mathématiques, physique-chimie, allemand (dissertation) et philosophie. Je suis l’un des seuls de ma promotion à avoir choisi d’entrer à l’université après mon baccalauréat. Tous mes camarades se sont dirigés vers des classes préparatoires, ou des écoles de médecine. Moi, je savais que je ne voulais pas faire ça. Après quelques temps passés sur APB qui démarrait à peine, je suis finalement accepté pour la Licence 1 allemand-économie à la Sorbonne-Nouvelle Paris 3, et donc à Asnières. Je suis donc arrivé en 2009. Le premier jour, les professeur.e.s nous ont présenté toutes les formations, notamment le master de journalisme. J’ai tout de suite été très attiré par cette formation, et j’ai changé le jour-même de cursus : direction la licence « allemand-communication » ! En deuxième année, j’ai obtenu une bourse d’études pour partir cinq mois à Göttingen, grâce au DAAD. Ce fut une expérience extraordinaire et d’ailleurs le retour à Paris en février 2011 a été un peu compliqué. J’ai ensuite fait ma L3 à Paris, année durant laquelle je réalise mon premier stage de journaliste chez Rue89. Puis je suis retourné en Allemagne, à la Freie Universität de Berlin pour effectuer mon master 1. C’est à ce moment-là que je rencontre celle qui allait devenir ma femme. L’année suivante, je candidate au master 2 de journalisme

franco-allemand. Le premier semestre était consacré aux cours. Lors du deuxième semestre, je réalise un stage d’un mois en France chez Rue89 puis un stage de deux mois à Berlin chez NTV, sur la vie politique allemande.

Une période pleine de stages...

Après l’obtention de mon Master 2, j’ai commencé une longue période de stages. J’ai commencé par prolonger d’un mois mon stage chez NTV puis j’ai réalisé un stage d’un mois chez Arte Info. Ensuite, j’ai fait un stage d’un mois au Tageszeitung. Je voulais atteindre mes objectifs : faire du journalisme et être en Allemagne. Par la suite, j’ai obtenu un stage de deux mois dans une boîte de production qui bossait pour Arte puis un stage de service vidéo chez AFP. Après toute cette période de stage, il a bien fallu commencer à travailler ! Je suis donc retourné chez Rue89 en tant que Freelance. Quelques temps après, j’ai vu passer une offre d’emploi pour Libération et

j’y suis encore aujourd’hui !

 

 

Quel a été votre meilleur souvenir à Paris 3 ?

 

J’ai de nombreux bons souvenirs, notamment des cours ou de manière plus générale des bons rapports avec les enseignants. Après d’un point de vue factuel, on peut dire que mon premier travail journalistique a été un documentaire de 52 minutes sur Pierre Bertaux, réalisé à la demande de ce qu’allait devenir l’amicale des anciens élèves !

 

Barbara Cassin disait lors d’un entretien avec Fabienne Durand-Bogaert : « Il faut au moins deux langues pour savoir qu’on en parle une. » Qu’en pensez-vous ?

 

Je suis plutôt d’accord avec elle ! Le plurilinguisme est très important dans ma vie et pour maîtriser ces langues, j’ai étudié les mécanismes puis je les ai comparés. J’ai commencé dans la vie avec deux langues, le français et l’espagnol. Puis l’allemand est apparu. Elle est pour moi la langue du quotidien en Allemagne mais aussi la langue du professionnel. Je la maîtrise de manière très précise mais j’ai un rapport moins affectueux avec elle. Quant à l’anglais, c’est la langue des rapports amicaux,

amoureux, professionnels. Et enfin, quand j’ai rencontré ma femme, le suédois et venu s’ajouter à la liste ! Je ne le maîtrise que très peu et nos conversations sont complètement plurilingues ! Nous avons notre propre langue, faite sur des bases d’anglais et avec l’ajout de quelques mots allemands et suédois.

Lorsqu’il s’agit de faire les courses, nous nous disons :« Let’s do einkaufen ! »

 

 

CLR