Les limites spatio-temporelles du Quartier : une étude scientifique et l'enquête auprès des étudiants

Et vous, c’est quoi votre Quartier Latin ? Etudiants ou autres habitués du quartier : chacun lui porte son propre regard.

 

Des limites du Quartier Latin

 

En 2007, l’étude d’Anne-Lise Humaine-Lamoure, agrégée en géographie urbaine, politique et sociale en aménagement conceptualise la notion de « représentation socio-spatiale » en passant par un sondage opéré aléatoirement. Un échantillon de soixante-quatre personnes composé de résidents de plus de dix ans, de résidents récents et de non-résidents ont dû délimiter le « quartier latin » du nord au sud, d’est en ouest, en citer les principaux monuments et les voies principales. Les fonctions spécifiques attribuées au Quartier Latin déterminent le champ des associations.

 

Les non-résidents se représentent le Quartier Latin comme administratif et fonctionnel. Son caractère historique tourné vers le Panthéon se révèle dans les perceptions des résidents du quartier. Problème : l’étude ne précise  pas si une carte a été présentée aux interrogés, ce qui changerait considérablement les réponses fournies, plutôt basées sur les axes les plus connus. Une possibilité aurait donc été de faire représenter sur une carte les limites à chacun des sondés, ce qui aurait été un moyen de se repérer dans l’espace et aurait peut-être été plus parlant pour certains. Compte tenu de la diversité des attributs du Quartier Latin, il est difficile d’en traiter une représentation visuelle.

 

Représentation visuelle du quartier latin pour les étudiants

 

Nous avons fait le test en sondant neuf étudiants de notre groupe de projet collectif. Ils passent beaucoup de temps dans le 5ème arrondissement, dans les cafés, les bars et les bibliothèques du quartier ; ils s’y frottent quotidiennement. Tracer les limites du Quartier Latin sur une carte n’a cependant pas été facile. Un premier sondage a été effectué à la mi-octobre. Puis, un deuxième sondage a été réalisé fin novembre afin de rendre compte d’une potentielle évolution après six semaines de travail et de réflexion autour du Quartier Latin.

 

Les cartes comparatives montrent que les représentations des limites géographiques du quartier n’ont rien à voir avec l’enceinte d’origine établie par Louis-Philippe au début du XIIIème siècle. Par ailleurs, les résultats mettent en évidence des perceptions très différentes. Du nord au sud, d’est en ouest : pas d’unanimité. Il est intéressant de relever la réaction des étudiants quand on leur a demandé de dessiner les contours du quartier. Par peur de ne pas savoir et par peur de faire la même chose, ils étaient pour certains intimidés. Pour quelle raison ? Ne pas savoir dessiner le quartier latin pourtant si connu, avec sa postérité légendaire et son importance dans le discours historique parisien serait-t-il une haute trahison ? Cela en dit long sur le poids que le mythe du « Quartier Latin » a aujourd’hui.

 

Le repère en rouge : la Sorbonne. En rose les frontières du Quartier Latin à la mi-octobre pour quatre étudiants de notre groupe de travail. En vert les frontières dessinés fin novembre.



Le Quartier Latin pour les étudiants de L3 en Etudes germaniques à la Sorbonne Nouvelle : un mythe mort ?

 

L’un à Paris depuis 20 ans, l’une depuis 3 mois, l’autre depuis deux ans, des profils étudiants tous différents. Ce qui est cependant commun à Léna, Vojtech, Paula, Camille et Alice : trois mois de travail autour du Quartier Latin. Qu’est-ce qui a changé ? Difficile de le délimiter géographiquement, son caractère historique imprègne les perceptions, bien que de nouvelles connaissances s’ajoutent pour certains à une représentation très floue du quartier. Le Quartier Latin de Vojtech  est centré sur la vie étudiante. 

« Le centre du quartier latin, je parle de la rue Mouffetard, la Sorbonne, place de la Contrescarpe, là il y a une atmosphère que j’aime beaucoup, il y a un très bon libanais place de la Contrescarpe. C’est le lieu où je passe le plus de temps, c’est mon centre géographique. »

Pour Paula qui ne connaissait pas le Quartier Latin avant, l’histoire du quartier, le beau monde qui y a passé du temps fait partie de la construction de sa perception.
 
« L’atmosphère du quartier n’est pas exceptionnellement différente des autres quartiers mais savoir que dans tous ces cafés il y avait des hommes et des femmes importants fait un peu le mythe. »

De savoir si le Quartier Latin est un mythe ou une réalité reste une question difficile à élucider. Alice nous dit :

« Je pense c’est un peu un mythe mort, nos exposés portaient toujours sur la partie passée, on a parlé des grands écrivains, de la vie de Bohème, et on voit bien que c’est quelque chose qui n’est plus d’actualité. »

 

Un peu de mythe dans la réalité, un peu de réalité dans le mythe dirons-nous. Entre la vie étudiante et le passé, les perceptions sont diverses, tout comme les lieux sont imprégnés de la personnalité et du prisme de chacun.

 

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