Munich ville des arts

Intro à suivre

Une après-midi au musée : l'Alte Pinakothek

Les escaliers de l’Alte Pinakothek.

 

     En cette belle après-midi de janvier, dans Munich enneigée, quelques étudiants dispersés se dirigent vers l’ancienne Pinacothèque, œuvre du grand architecte Léo von Klenze et du roi Louis Ier de Bavière. Le soleil rasant éclaire l’immense bâtiment d’une lumière chaude. Après être entrés dans le hall, les étudiants découvrent deux escaliers monumentaux, menant aux salles d’exposition. Les grandes fenêtres, orientées vers le sud, apportent de la clarté et de la luminosité, renforçant la grandeur des escaliers. Avant de pénétrer dans les salles, chacun jette un coup d’œil à la vue sur le parc recouvert de neige de la Barerstraβe. Puis commence la visite. De nombreuses salles spacieuses se suivent, colorées et très hautes, mettant en valeur la richesse des collections. Malheureusement, celles-ci ne sont que partiellement exposées en raison de travaux. L’édifice de Von Klenze, en partie détruit pendant la guerre, a besoin d’être rénové et modernisé, afin de réduire ses dépenses en énergie. Le musée se remet au goût du jour, 180 ans après son ouverture en 1836. La galerie d’art existe pourtant depuis la deuxième moitié du XVIème siècle, lors de sa création par le duc Albrecht V de Bavière. Il y exposait ses acquisitions, des œuvres d’artistes allemands, ce qui explique que l’Alte Pinakothek dispose aujourd’hui de la plus grande collection de peintures allemandes des XVème et XVIème siècles. Louis Ier ajouta ses œuvres ainsi que celles des Wittelsbach et d’autres riches familles allemandes. Détruite par les bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale, la Pinakothek fut reconstruite de manière originale et remarquable par l’architecte allemand Hans Döllgast. Il réutilisa des morceaux de bâtiments démolis et rebâtit le musée avec une méthode qu’il qualifia de « reconstruction créative », dans un style moderne, rendant le bâtiment hybride et laissant apparaître les traces de destruction.

 

 

Le groupe français à la sortie du musée, en haut des escaliers.

 

     De nombreuses salles étant fermées, la visite est écourtée. Mais la plupart était accessible : notamment celles des peintures italiennes et flamandes du XVIIème siècle, avec des tableaux de Titien, Raphael, Botticelli ou Lippi ; de van Dyck, Jordaens et surtout Rubens, dont la collection déborde, au point qu’une salle entière lui est consacrée. Des peintures hollandaises sont également exposées. Le petit groupe vagabonde et, une fois la visite de l’étage finie, tout le monde se retrouve au rez-de-chaussée. Dans deux petites salles confinées entre le Café Klenze et la boutique du musée sont réunies des œuvres remarquables que les restaurateurs ne pouvaient pas garder hors de la vue du public. Les étudiants admirent alors l’Autoportrait à la fourrure d’Albrecht Dürer (voir ci-contre), la Bataille d’Alexandre d’Albrecht Altdorfer, la Crucifixion du Christ de Lucas Cranach l’ancien ou encore les deux Seehafen mit der Predigt Christi de Jan Brueghel l’ancien. Ces chefs-d’œuvre de l’art allemand et flamand concluent en une apothéose artistique la visite de l’Alte Pinakothek, étape incontournable de tout séjour munichois.

 

rob

 

Autoportrait à la fourrure, Albrecht Dürer, 1500.

 

 

La Neue Pinakothek

La Neue Pinakothek, construite par August von Voit et Friedrich von Gärtner entre 1846 et 1853, a été pensée par Ludwig I. comme une galerie d’art contemporain essentiellement allemand au milieu du XIXe siècle. Le roi avait commencé à collectionner des œuvres de peintres contemporains dès 1818, et la collection fut ouverte au public en octobre 1853. La nouvelle pinacothèque est ainsi considérée comme l’un des premiers musées d’Europe présentant de manière permanente des peintres contemporains : près de 300 tableaux y étaient alors présentés et Ludwig I. prévoyait d’exposer à la fois des peintres contemporains et futurs (« Gemälde aus diesem und aus künftigen Jahrhunderten »).    

     Cette construction s’inscrit dans la continuité de la politique culturelle menée par le roi tout au long de son règne (1825-1848) : la Glyptothek, musée consacré à la sculpture grecque et romaine, construit par Leo von Klenze en 1830 en est l’un des premiers exemples. La Neue Pinakothek est située non loin de ce premier musée, et fait face à l’Alte Pinakothek construite entre 1826 et 1836 par Leo von Klenze. Le bâtiment initial d’August von Voit était donc pensé par rapport à celui-ci et dans un style semblable.

 

     Aujourd’hui, l’ensemble de ces musées dépend des Bayerische Staatsgemäldesammlungen. L’Alte Pinakothek présente des œuvres datant du Moyen-Âge au milieu du XVIIIe siècle, et la Neue Pinakothek des œuvres européennes de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle.

 

     Le bâtiment actuel de la Neue Pinakothek est une reconstruction faite par l’architecte munichois Alexander von Branca en 1981, puisque le bâtiment ancien a été partiellement détruit par les bombardements de 1945, puis rasé par les autorités de la ville. La construction actuelle d’Alexander von Branca est un exemple d’architecture post-moderne, et fut particulièrement critiquée par l’opinion publique lors de sa construction et de son ouverture. Si le bâtiment paraît en effet froid et sombre de l’extérieur, l’intérieur présente toutefois un parcours très clair, à la fois chronologique et géographique.

 

     Les cartels, plaquettes explicatives placées à côté des œuvres, permettent de renseigner le visiteur sur la politique d’acquisition de l’Etat lors des grandes expositions temporaires qui ont eu lieu au Glaspalast – lieu d’exposition temporaire construit par August von Voit entre 1853 et 1854 sur le modèle du Crystal Palace de Londres – entre 1854 et 1931, avant sa destruction lors d’un incendie. L’un des bronzes d’Auguste Rodin, exposé actuellement à la Neue Pinakothek, porte d’ailleurs les marques dudit incendie. Le musée est ainsi constitué en grande partie par des achats, mais également par des dons de collections privées très importantes. La collection du roi Ludwig I., qui avait également acheté celle de l’architecte Leo von Klenze en 1841, le don du théoricien d’art Konrad Fiedler d’un ensemble d’œuvres du peintre allemand Hans von Marées (1837-1857), ou encore celui de la famille Tschudi dans les années 1910 de peintures essentiellement françaises (Gauguin, Rodin ou Manet par exemple), constituent le cœur de la collection actuellement présentée à la Neue Pinakothek.

 

La destruction de Jérusalem par Titus, Wilhelm von Kaulbach (1846)

 

     L’une des salles les plus importantes est celle dédiée au peintre Wilhelm von Kaulbach (1805- 1874), connu notamment comme peintre d’histoire. Parmi les œuvres exposées, La destruction de Jérusalem par Titus (1846) fut à l’époque la peinture la plus chère achetée par Ludwig I. (30 000 florins). Elle mesure environ 6 mètres de haut et 7 mètres de large. Les études pour le cycle de 19 fresques de Wilhelm von Kaulbach commandé par Ludwig I. entre 1847 et 1854 pour la façade extérieure de la Pinakothek sur le thème de Ludwig I. comme moteur et défenseur de l’art contemporain allemand sont également présentées et rappellent le goût de l’époque pour les peintures d’histoire et le rôle du musée dans la mise en scène de la monarchie.

 

cp

 

La Pinakothek der Moderne

Francis Kéré, Radically Simple

 

Visite de l’exposition temporaire à la Pinakothek der Moderne, 26.01.2017, par Emma Sprang

Crédits photos : Safia Hadid, Emma Sprang

 

     A Maxvorstadt se trouvent les très grands musées de Munich, dont les PinakothekenAlte Pinakothek, Neue Pinakothek, Pinakothek der Moderne. Ce quartier de la ville est très agréable, les rues sont larges, la vue est agréable et mêle une architecture très classique et des constructions récentes, comme la Pinakothek der Moderne, bâtie en 2002, le Brandhorst Museum ou encore le Musée National d’art égyptien. Ces grands terrains sont très propices au temps enneigé que nous connaissons depuis notre arrivée et qui assourdit les bruits de la ville. Le manteau de neige et le soleil confèrent à ce lieu une grande impression de calme.

 

     Après une journée et demie passée dans des musées munichois, nous arrivons donc sur le parvis de l’Alte Pinakothek, où nous nous séparons en plusieurs groupes. Assez intriguée par la Pinakothek der Moderne qui lui fait face, je décide avec deux amies d’abandonner Dürer et tous les Alte Meister de la Renaissance pour le design et l’architecture annoncés de l’autre côté de la rue.

 

Au cœur du musée

 

     La Pinakothek der Moderne a été conçue par Stephan Braunfels, architecte de la Marie-Elisabeth-Lüders-Haus et de la Paul-Löbers-Haus, deux des bâtiments principaux du Regierungsviertel berlinois, et a ouvert ses portes en septembre 2002.

 

     Le musée expose art contemporain, architecture, arts graphiques et design des 20e et 21e siècles, et est issu du rassemblement de plusieurs musées indépendants: le musée d’architecture de l’Université Technique de Munich, la Neue Sammlung – musée des arts appliqués et du design, la collection bavaroise d’art moderne et la collection nationale d’arts graphiques de Munich.

 

L’entrée du musée est très vaste et forme une sorte de rotonde, menant aux différents lieux d’exposition. On aperçoit à droite un escalier qui mène à une vaste exposition sur le design et les maisons, un escalier à gauche menant à une exposition photographique. Après avoir déposé nos affaires nous nous dirigeons vers un lieu qui semble un peu plus étroit. A l’entrée, des bâtons de bois de deux mètres forment une petite forêt, et encadrent le titre de l’exposition marqué sur le mur.

Francis Kéré, Radically Simple

(Photo : Wikipédia.fr)

 

Organisée en partenariat avec le Musée d’architecture de l’Université Technique de Munich, l’exposition Radically Simple présente l’œuvre et le parcours de Francis Kéré, architecte désormais célébré dans le monde entier. On découvre à la fois la vie de l’architecte et ses projets, qui sont intimement liés. Né au Burkina-Faso, Francis Kéré est rapidement confronté au manque d’infrastructure qui touche son village, Gando. Il doit parcourir des kilomètres pour se rendre à l’école, et dès l’âge de sept ans il lui est impossible de rester vivre avec sa famille, contraint de résider à Ouagadougou, la capitale burkinabée, où il étudie. Son goût pour l’architecture et la construction est déjà très prononcé puisqu’il aide à organiser son village et à construire des espaces pour la vie de sa communauté. Son parcours scolaire l’oriente de plus en plus sur cette voie, et il devient charpentier.

 

A la fin des années 1990, il a la possibilité d’aller étudier en Allemagne. Il apprend tout d’abord la langue, puis commence ses études d’architecture qui lui permettent de mettre en forme les inspirations rencontrées tout au long de son parcours. Cette expérience de déracinement, le constat qu’il lui aurait été impossible de devenir architecte dans son village et peut-être même dans son pays sont la motivation à l’origine de son œuvre.

 

            Un projet architectural singulier

 

Dans chaque projet exposé sous forme de maquette, le visiteur constate le lien essentiel que Kéré veut créer entre la population et chaque étape de la construction d’un bâtiment. Dès 1998, il rassemble des fonds pour le projet Des briques pour Gando (Schulbausteine für Gando), lui permettant de financer une école primaire dans son village d’origine. Le concept est simple : aucune population ne peut s’approprier un lieu s’il est construit avec des matériaux qui ne sont pas proches du climat, que l’on peut facilement trouver. Par ailleurs, il est pour lui essentiel que les habitant.e.s s’approprient ce lieu en le bâtissant : il s’inspire donc des méthodes traditionnelles de construction, et implique les artisans locaux dans tous les processus, afin qu’ils soient formés après son départ.

 

La multitude de projets réalisés, leur diversité et l’humanisme qu’ils dégagent laissent chaque visiteur et visiteuse abasourdi.e. On apprend comment est pensé un système d’aération, censé rendre les conditions en salle de classe plus supportable, tout en résistant au vent et à la pluie, ou comment des vases traditionnels sont employés pour créer une lumière naturelle dans une cour intérieure.

Une renommée internationale

 

     Après plusieurs années au Burkina Faso, à construire écoles, centres médicaux, centres pour femmes, bibliothèques, Kéré continue sa conquête en sur le continent africain, et est aussi très demandé en Occident, en Asie. Il construit des pavillons à Hong Kong, des installations dans les musées à Londres ou au MoMA, et connaît un succès international suite à un très célèbre TED Talk en 2013, intitulé «Comment construire avec de l’argile … et sa communauté». On apprécie son charisme et son génie, qui avec l’humanité que dégage son projet inspirent au visiteur une sympathie mêlée à un profond respect.

 

     Et pour clore l’exposition, la visite se termine par la maquette et les photos d’un projet localisé à Berlin, où se trouvent également ses bureaux. Avec des travaux comme celui ci, le cabinet de Francis Kéré a pu prouver qu’il était capable de se mettre au niveau des très grands bureaux d’architectes des capitales européennes : tout en restant sur le terrain de l’habitat humain, Kéré adapte sa  philosophie au contexte européen très urbanisé, et au milieu de l’art. C’est ainsi qu’il a fait partie des architectes qui vont reconquérir l’espace abandonné de l’ancien aéroport de Berlin Tempelhof, en concevant une salle mobile à l’intérieur de l’aéroport, tout en jouant sur la lumière et l’espace qu’offre le lieu et les très vastes pelouses qui se situent à l’extérieur. Cette scène mobile, voulue par l’intendant de la Volksbühne, devrait ouvrir en 2017 et pouvoir opérer autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’aéroport.

(Photos : rbb-online.de)

 

     L’oeuvre de Kéré, ambitieuse et pourtant très humble, trouve toute sa place entre les murs de la Neue Pinakothek. L’exposition, serpentant entre deux murs, offre aux visiteurs un très grand optimisme et force au respect, laissant imaginer que le travail entamé n’est que le début d’une très longue entreprise, faisant probablement de Francis Kéré un des plus grands architectes du 21e siècle.

 

ems

 

Le Lenbachhaus : entre arts classique et moderne

     Le Lenbachhaus est un musée qui se situe en partie au sein de la maison de l’artiste Franz von Lenbach, construite dans le style des villas toscanes par l'architecte Gabriel von Seidl, entre 1887 et 1890 près de la Königsplatz. Si une partie importante de la villa est détruite lors de la Seconde Guerre mondiale, elle sera reconstruite dans les années 1950. Après trois ans de rénovation, le musée ouvre à nouveau ses portes en 2013, après avoir été agrandi, tandis que la bâtisse originale du 19ème siècle, classée monument historique, est conservée.

 

     Le Lenbachhaus regroupe des œuvres du 19ème siècle, mais aussi d'artistes contemporains internationaux, comme en témoignent les expositions proposées. Le musée a pour but non seulement d'être une vitrine du développement artistique, mais aussi de créer un lien entre les diverses expositions, entre les temporalités. Le bâtiment reflète d'ailleurs cette volonté. En effet, la villa toscane fait maintenant partie d'une structure dorée moderne, par laquelle on accède au musée. À l'intérieur, à travers l'une des fenêtres du bâtiment originel, on peut apercevoir des tableaux classiques issus de la collection léguée par Lolo von Lenbach, épouse de Franz von Lenbach, tandis que du plafond descend une structure colorée en verre, Wirbelwerk, du danois Ólafur Elíasson.

 

     Le musée propose plusieurs expositions, auxquelles nous pouvions accéder à loisir : Der blaue Reiter (le Cavalier bleu), l'art après 1945, Murnau et Joseph Beuys. Nous pouvions donc passer autant de temps que nous le souhaitions à explorer les expositions.

     Pour la plupart, nous avons commencé par celle portant sur le Cavalier bleu, qui se divisait en deux : d'une part la présentation des artistes (Gabriele Münter, Vassily Kandinsky, Franz Marc, Alexej von Jawlensky, Marianne von Werefkin, August Macke, Paul Klee, Alfred Kubin) et de leurs travaux avant la formation du groupe, et d'autre part, leur travail au sein de celui-ci. Le musée possède certaines œuvres depuis 1957, grâce à la donation de la peintre Gabriele Münter – aussi membre du groupe – et continue depuis d'acquérir d’autres de ces peintures. Le Lenbachhaus possède d'ailleurs la plus grande collection d'œuvres produites par le groupe. L'exposition se visitant en deux temps, l'évolution du style des peintres en devient plus visible. Celle de Franz Marc – qui se produit en seulement un an – est d'ailleurs saisissante : on passe d'un cheval brun (1910) au fameux cheval bleu (1911). Par ailleurs, on peut aussi admirer les Impressions et Improvisations de Kandinsky, et ainsi voir peu à peu son mouvement vers une peinture abstraite. L'exposition crée un dialogue entre les différentes peintures, proposant par exemple un même paysage (de la commune de Murnau), peint par deux artistes, mais aussi deux tableaux de la nièce de Gabriel Münter, Elfriede, âgée de seulement treize ans. Au tout début se trouvait une accumulation de dessins, croquis, aquarelles et peintures, souvent d'inspiration religieuse et orientale, qui ne sont pas sans rappeler le fameux Almanach. Cet ouvrage réalisé par les artistes du Blauer Reiter matérialise une certaine utopie : celle de l'abolition de la hiérarchie entre les arts, en mettant côte à côte des dessins d'enfants, des œuvres de maîtres ainsi que des oeuvres d'arts orientales.

     A l'étage inférieur se tenait une exposition sur l'art après 1945. Avant de franchir la porte, on pouvait déjà voir une des œuvres : un devant de voiture soudé à l'arrière d'un vélo, mais aussi, plus discrète, une vidéo, tournant en boucle, au coin de l'escalier, dans laquelle des mains bougeaient lentement. Cette exposition était d'autant plus intéressante que les artistes sont moins connus du grand public que ceux du Blauer Reiter ; tout était donc à découvrir. Si certains tableaux et installations étaient de taille conséquente, il était possible de passer devant certaines œuvres sans les voir, comme un ticket de caisse, collé sur le mur d'un couloir.

 

     En face de l'exposition sur l'art après 1945 se trouvait celle consacrée à Joseph Beuys, avant-gardiste d'après-guerre, qui commença à performer dès 1963, soit deux ans après avoir tenu sa première exposition individuelle. La donation d'un de ses amis, Lothar Schirmer, a permis au musée Lenbachhaus de proposer une exposition retraçant étape par étape son évolution artistique. Si l'achat des œuvres de Beuys a tout d'abord été perçu, en 1979, comme une provocation, son importance n'a pas pu être niée, car elles marquaient aussi le début de la reconnaissance d'une nouvelle dimension de l'art.

 

     De l'autre côté du musée, se trouve une exposition sur le cinéaste Friedrich Wilhelm Murnau, à qui l'on doit notamment Nosferatu ou encore Faust. Ici, le lien entre les diverses expositions est visible, en effet le réalisateur changea son patronyme (Plumpe) après avoir un séjour dans la ville la plus marquée par la présence du groupe du Blauer Reiter : Murnau. Si l'exposition permet aux visiteurs de voir des extraits de films, on y découvre aussi des photographies, notamment des couples de scènes identiques, prises d'un angle légèrement différent, afin de créer un effet 3D, ainsi que d'autres films – des essais sur ceux de Murnau – réalisés par des cinéastes contemporains. Des dessins, des croquis et des photos donnent aussi un accès aux coulisses des tournages de ces films.

 

net

Munich vue par ses écrivains et artistes : Témoignages et récits autour de la ville

     Munich est mentionnée pour la première fois à l'écrit en 1158 dans l'Ausbruger Vergleich, un accord de douane entre le duc de Saxe Heinrich der Löwe et l'évêque de Freising. Ce document officiel est considéré comme le point de départ de la création de la ville de Munich. Après la fondation de la Bavière en 1506, Munich en devient la capitale en 1805, et continue de se développer. La capitale bavaroise devient alors un lieu de passage incontournable, la vie culturelle, artistique et scientifique s'enrichit, l'université de Landshut est créée en 1826 et l'Académie des Arts en 1885.

 

     Au XIVe siècle, Munich devient alors un pôle culturel où les artistes et écrivains se rejoignent, à l'image de Berlin ou de Vienne.

 

     La ville s’agrandit, Schwabing qui est au départ une ville située à côté de Munich, s’y agrège en 1890, et devient un des centres culturels de la ville. C'est dans ce nouveau quartier que les artistes et écrivains se rencontrent et s'installent. Schwabing prend alors le surnom de « quartier bohème » de Munich et devient une source d'inspiration pour ses artistes.

 

(Munich - Schwabing, avec l'église de St. Ursula, par Vassily Kandinsky, 1908)

 

     Beaucoup d'auteurs, autochtones ou de passage, ont mentionné, décrit, louangé et critiqué la ville de Munich – et plus particulièrement le quartier bohème – dans leurs œuvres au cours du XIXe siècle et du XXe siècle ; comme arrière-plan d'une histoire, ou bien en tant que personnage principal (Peter Paul Althaus, In der Traumstadt, 1951), la ville de Munich a inspiré beaucoup d'auteurs : les plus connus sont Rainer Maria Rilke, Bertolt Brecht, Thomas Mann, Erich Kästner, Franz Hessel, etc. Grâce à tous les témoignages et récits des écrivains, nous pouvons ainsi mieux imaginer le Munich d'autrefois, son apparence, mais aussi la vie quotidienne et culturelle munichoise.

 

Dans cet article, je vous propose de découvrir deux auteurs moins célèbres dont les œuvres se réfèrent à Munich et à Schwabing.

 

     Michael Georg Conrad est un écrivain naturaliste né à Munich. Très actif dans la vie culturelle de sa ville, il fonde en 1885 le journal Die Gesellschaft, qui traite de littérature, arts et culture et promeut ainsi le Naturalisme. Dans son roman Was die Isar rauscht, paru en 1888, il nous montre toutes les facettes de la vie à Munich.

 

     Dans cet extrait sous forme d'une lettre, il décrit à son ami la vue depuis la Quaistraße et exprime son dégoût face à une architecture trop grandiloquente.

 

« Wenn Du einmal, mein lieber Max von Drillinger, in kritischer Stimmung bist und nicht gerade in verliebten Absichten durch die Quaistraße schlenderst, bitte, betrachte Dir diesen ungeheuerlichen Häuserblock mit ästhetisch prüfendem Auge; stelle Dich unter eine der schönen alten Kastanien, die man bei der Quai-Anlage allerdings bis zum Halse hinauf in Kies eingestampft hat, so daß sie über kurz oder lang elend ersticken müssen, einstweilen aber lebensmüden Münchener Packträgern als einladende angenehme Naturgalgen zum Aufhängen dienen – und mustere einmal Haus für Haus!

 

Daß das Material unecht und der Sandstein nur nachgeahmt ist, wäre noch die geringste Ausstellung an diesen erlogenen Prachtbauten, die wie Schwalbennester aneinandergeklebt sind, plump und massig; aber diese Öde der Stilmengerei, diese entsetzliche Langeweile in der Linienwirkung, dieser Ungeschmack im gelben, roten, grauen, ochsenblütigen Verputz!

 

Und nun überschreite die Isar auf der Maximiliansbrücke und betrachte Dir am andern Ufer von der Höhe, der Gasteig-Anlagen nochmal dieses Barbarenwerk der Quaistraße, wie es mit seiner blöden, plumpen, protzenden Massigkeit die schöne, malerische Silhouette der alten Stadt zudeckt, als hätte man einen Riesenwürfel oder eine Kulisse davorgeschoben, so daß mit knapper Not noch einige ferne Turmspitzen über diese dicke wagerechte Linie am Horizonte aufragen. Und erst bei Mondschein, wie schlägt diese trostlose Ausgeburt der Architektenspekulation aller Poesie des Isar-Ufers ins Gesicht! Überhaupt die ganze Gegend der Maximiliansbrücke: ist das nicht alles wie eine Satyre auf die vielbelobte Kunststadt, die hier das schönste Stück Natur, zu den geistreichsten architektonischen Aufgaben lockend, jammervoll verpfuscht hat? Die imposante Maximilianstraße durch den schauerlichen Kasten des Maximilianeums in eine »innere« und »äußere« auseinandergerissen, hart an der Brücke auf der Praterinsel eine Schnapsfabrik, weiter hinauf eine stinkige Fell-Niederlage, eine Gipsmühle u.s.w. u.s.w.! Was ließe sich hier Herrliches schaffen, wenn die Isar einmal aus ihrem Bette treten und diese Schandgeschichten fortspülen wollte!"

 

     Ludwig Thoma (1867-1921) est un écrivain et journaliste allemand, célèbre pour ses écrits réalistes mais aussi satiriques au sujet de la ville de Munich. Il s'y installe en 1897 et participe à la rédaction du journal Simplicissmus. Munich a toujours joué un grand rôle dans sa vie et ses œuvres. Dès son plus jeune âge, il voyait la capitale bavaroise comme une « Traumstadt ». Dans ses œuvres, Ludwig Thoma transmet un vrai reflet - avec ses qualités et ses défauts - de la ville de Munich et de ses habitants.

 

L'extrait suivant est issu de son roman Der Münchner im Himmel, une satire sur le cliché du bavarois typique et plus précisément du « Grantler[1] » munichois. Ici, Ludwig Thoma décrit la « Ludwigstraße ».

 

« Eine schöne Straße, die Ludwigstraße in München. Mein Freund, der Bürgermeister, sagt, sie hätte einen monumentalen Charakter.

 

Südlich die Feldherrnhalle. Die Standbilder darin sind verdeckt durch zwei dicke Flaggenstangen. Mein Freund, der Bürgermeister, sagt, in Venedig hätten sie die nämlichen.

 

Weiter nördlich ein Rangierbahnhof. Belebt die Gegend großartig. Ein Motorwagen kommt an, ein Akkumulatorwagen fährt ab. Schaffner stürzen heraus, schreien, pfeifen, reißen eine Stange herum, koppeln die Wägen an. Der erste Führer läutet, der zweite läutet, alle Schaffner pfeifen. Der Zug fährt. Ein andrer kommt. Der Akkumulatorwagen kommt an. Ein Motorwagen fährt ab. Wie gesagt, sehr lebhaft. Mein Freund, der Bürgermeister, sagt, das Muster zu dem Rangierbahnhof hätte er nirgends gesehen. Ist Original. Weiter nördlich die eigentliche Ludwigstraße. Wie ein Lineal. Keine Unregelmäßigkeiten, keine Bäume; nur Fenster.

 

Bei schönem Wetter ist immer die Schattenseite belebt; auf der Sonnenseite laufen die Hunde. Bei Regen ist die Straße breiig. Unangenehme Sache.

 

Voriges Jahr passierte ein Unglück. Zwei Schulkinder versanken. Erstickten beide. Gab Anlaß zu Zeitungslärm und zwei Magistratssitzungen. Antrag auf Neupflasterung abgelehnt mit Hinblick auf den monumentalen Charakter der Straße. »

 

     Pour les plus curieux, nous vous invitons à aller voir la collecte de sources littéraires sur Munich et sa vie culturelle que nous avons élaborée au cours de la préparation de notre voyage à Munich. On peut y trouver bon nombre d’œuvres qui témoignent de la vie dans la capitale de la Bavière.

 

Collecte de sources littéraires sur Munich et la vie artistique et culturelle à Munich :

 

Michael Georg Conrad (Was die Isar rauscht, 1888)

 

Gabriele Reuter (Aus guter Familie, 1895)

 

Kurt Martens (Roman aus der Décadence, 1897)

 

Oskar Panizza (Abschied von München, 1897)

 

Helene Böhlau (Halbtier, 1899)

 

Ernst von Wolzogen (Das dritte Geschlecht, 1899)

 

Otto Falckenberg (Das Buch von der Lex Heinze, 1900)

 

Jakob Wassermann (Die Geschichte der jungen Renate Fuchs, 1901)

 

Hermann Jaques (Münchens Ende, 1903)

 

Ludwig Derleth (Proklamationen, 1904)

 

Bernhard Kellermann (Yester und Li, 1904)

 

Anton von Perfall (Die Malschule, 1907)

 

Otto Julius Bierbaum (Prinz Kuckuck, 1908)

 

Eduard von Keyserling (Beate und Mareile, 1909)

 

Alfred Kubin (Die andere Seite, 1909)

 

A. de Nora (Nazi Semmelbachers Hochzeitsreise, 1910)

 

Margarete Beutler (Leb wohl, Bohème, 1911)

 

Leo Benario (Die neue Religion, 1912)

 

Lena Christ (Erinnerungen einer Überflüssigen, 1912)

 

Franz Hessel (Der Kramladen des Glücks, 1913)

 

Anonymus (Der Weg ins neue Reich, 1913)

 

Fanny Gräfin zu Reventlow (Herrn Dames Aufzeichnungen, 1913)

 

Oscar A. H. Schmitz (Wenn wir Frauen erwachen, 1913)

 

Leonhard Frank (Die Räuberbande, 1914)

 

Josef Ruederer (Das Erwachen, 1916)

 

Marie Amelie von Godin (Unser Bruder Kain, 1919)

 

Alexander Moritz Frey (Solneman der Unsichtbare, 1920)

 

Wilhelm Weigand (Wunnihun, 1920)

 

Klabund (Marietta, 1920)

 

Carl Georg von Maassen (Der grundgescheute Antiquarius, 1920 ff.)

 

Roda Roda (Schwabylon oder der sturmfreie Junggeselle, 1921)

 

Norbert Jacques (Dr. Mabuse der Spieler, 1922)

 

Ludwig Thoma (Münchnerinnen, 1923)

 

Albert Daudistel (Die lahmen Götter, 1924)

 

Friedrich Freksa (Der rote Föhn, 1925)

 

Heinrich Mann (Die Jagd nach Liebe, 1925)

 

Hans Reiser (Yatsuma, 1926)

 

Oskar Maria Graf (Wir sind Gefangene, 1927)

 

Annette Kolb (Daphne Herbst, 1928)

 

Lion Feuchtwanger (Erfolg, 1930)

 

Willy Seidel (Jossa und die Junggesellen, 1930)

 

Isolde Kurz (Vanadis, 1931)

 

Joachim Ringelnatz (Mein Leben bis zum Kriege, 1931)

 

Ernst Toller (Eine Jugend in Deutschland, 1933)

 

Mechtilde Lichnowsky (Der Lauf der Asdur, 1936)

 

Friedrich Percyval Reck-Malleczewen (Bockelson, 1937)

 

Max Halbe (Die Elixiere des Glücks, 1942)

 

Johannes R. Becher (München in meinem Gedicht, 1946)

 

Rolf von Hoerschelmann (Leben ohne Alltag, 1947)

 

Thomas Mann (Doktor Faustus, 1947)

 

Josef Maria Lutz (Das himmelblaue Fenster, 1948)

 

Erich Mühsam (Namen und Menschen, 1949 posthum)

 

Wolfgang Koeppen (Tauben im Gras, 1951)

 

Peter Paul Althaus (In der Traumstadt, 1951)

 

Sigi Sommer (Und keiner weint mir nach, 1953)

 

Gert Ledig (Faustrecht, 1957)

 

Ina Seidel (Drei Städte meiner Jugend, 1960)

 

Claire Goll (Der gestohlene Himmel, 1962)

 

Paul Alverdes, Alfred Andersch (Der Vater eines Mörders, 1980)

 

Sources :

 

Gert Thumser, Ludwig Thoma : Als München leuchtete, Bachmaier, 2001

 

Nicole Durot, Ludwig Thoma et Munich, Une contribution à la vie sociale, politique et culturelle à Munich autour de 1900, Collections : Contacts, 2007.

 

Gerhard J. Bellinger, Brigitte Regler-Bellinger, Schwabings Ainmillerstrasse und ihre bedeutendsten Anwohner. Ein repräsentatives Beispiel der Münchner Stadtgeschichte von 1888 bis heute. Books on Demand, 2. Auflage 2012.

 

Textes en ligne :

 

http://gutenberg.spiegel.de/buch/der-munchner-im-himmel-718/

 

www.zeno.org/Literatur/M/Conrad,+Michael+Georg/Roman/Was+die+Isar+rauscht/Erster+Band/1.

 

[1] Expression bavaroise pour parler de quelqu'un de grincheux.

 

alu

 

Les Kammerspiele

     Les Kammerspiele désignent en langue allemande un petit théâtre, dédié en particulier à des pièces avec très peu de personnages. Aujourd’hui, les Münchner Kammerspiele sont l’un des théâtres germanophones les plus connus. Fondé en 1911 par Erich Ziegel, ce théâtre est devenu célèbre sous l’égide d’Otto Falckenberg (1917-44). Dès 1926, il est situé au numéro 26 de la Maximilianstraße, où nous nous sommes retrouvés le 27 janvier 2017, à 19h30.

 

     Nous avions beaucoup entendu parler des Kammerspiele avant de nous y rendre : ils étaient, dans les années 1920, réputés être la scène la plus importante hors de Berlin. Même si, avec le succès du Thalia Theater à Hambourg ou du Schauspielhaus Bochum au cours des dernières décennies, ce verdict est relatif, les Münchner Kammerspiele ne perdent pas leur statut particulier parmi les scènes allemandes. Les Kammerspiele ont toujours été appréciés pour la qualité de leur troupe. Les directeurs, les metteurs en scène et les acteurs cherchent la confrontation avec les réalités contemporaines. Ce théâtre se veut innovant, esthétique, critique et cosmopolite. Notre soirée devait donc répondre aux attentes suscitées par sa bonne réputation.

 

     La pièce ? – Der Kirschgarten d'Anton Tchekhov, représentée pour la première fois en 1904. Le metteur en scène ? – Nicolas Stemann, célèbre pour ses expérimentations scéniques depuis son adaptation du Werther! de Goethe en 1997. Le sujet du Kirschgarten ? – Très actuel. La Cerisaie montre un bouleversement social : le passé et le présent ne sont plus compatibles.

 

     En 1900, la famille russe des Ranevskaïa, qui possède la plus belle cerisaie du pays, est en faillite. De retour de Paris, Lioubov Ranevskaïa, la propriétaire optimiste du domaine, doit faire face à la vente forcée de son verger. Elle et son frère Léonid Gaïev ne veulent sous aucun prétexte abandonner la cerisaie, bien que Lopakhine, un marchand, propose d’abattre le verger, qui n’est pas du tout rentable, et de lotir la cerisaie pour y ériger de petites maison de vacances, ce qui empêcherait leur ruine. Finalement, Lopakhine achète le verger aux enchères et la famille doit partir.

 

     Tchekhov montre une époque de décadence : la révolution industrielle, les partis extrémistes et le capitalisme menacent l’idylle naturelle de la cerisaie, la monarchie et le mode de vie des grands propriétaires terriens. Stemann accepte le défi : montrer l’actualité de la pièce. Sa mise en scène épurée met en valeur l’intemporalité du texte. Peu d’accessoires, des grands espaces, des bouffonneries, des prises de paroles individualisées (renforcées par un microphone placé sur scène), de la musique et des effets sonores. Ces derniers sont souvent inattendus : Stemann fait tomber soudainement des troncs de cerisiers – provoquant un vacarme assourdissant. La scène est presque vide. Il n’y a qu’un mur coupe-feu, quelques chaises, des tables au fond et des diodes lumineuses. Le changement de décor se fait sous les yeux des spectateurs et renvoie aux procédés du théâtre épique (Episches Theater) de Brecht.

     La vocation politique de la pièce est évidente : le diagnostic des temps modernes est pessimiste. Les personnages ont du mal à s’orienter dans ce monde en transition. Stemann joue sur l’âge des personnages et des acteurs : Ilse Ritter (née en 1944), grande dame du théâtre allemand, prend le rôle – son dernier ! – de Lioubov Ranevskaïa, normalement plus jeune, Daniel Lommatsch (né en 1977) joue son frère, et c’est Samouil Stoyanov (né en 1989), le plus jeune acteur de la troupe, qui incarne le valet Firs, qui a 87 ans. Brigitte Hobmeier (née en 1976), l’une des nouvelles stars de la scène allemande, joue la gouvernante Scharlotta Iwanowna. Après la dernière représentation du Kirschgarten, elle va quitter les Kammerspiele – par contestation. Hobmeier ne veut pas accepter la réforme des Kammerspiele introduite en 2016 par le nouveau directeur, Matthias Lilienthal. Ici se montre la valeur universaliste de La Cerisaie : la société est en transformation permanente, dans et hors du théâtre. Le message est le même en 1904 et en 2017 : il est nécessaire de s’adapter aux réalités actuelles, sous peine de se noyer dans un passé idéalisé.

 

mob

Le Haus der Kunst : l'innocence des pierres ?

     Le Haus der Kunst (« Maison de l’Art »), qui se trouve au sud du Jardin Anglais (Englischer Garten), fut construit entre 1933 et 1937 dans un style néoclassique d’après les projets de Paul Ludwig Troost, l’architecte d’Hitler. Ce bâtiment, qui s’appelait à l’époque « Haus der Deutschen Kunst » (« Maison de l’Art allemand »), concrétisa l’idée d’Hitler de faire de Munich la capitale de l’art allemand. L’inauguration du musée eut lieu le 18 juillet 1937 avec la « Große Deutsche Kunstausstellung » (« grande exposition d’art allemand »). Le lendemain, l’exposition propagandiste « Entartete Kunst » (« Art dégénéré ») fut mise en place dans les arcades du Hofgarten afin de créer un contraste explicite.

 

     Après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle l’édifice échappa aux bombardements, les troupes américaines en firent un casino pour les officiers. Fin 1945, l’aile ouest fut mise à disposition de la Bayerische Staatsgemäldesammlung (Collections de peintures de l’État de Bavière). Le changement du nom du musée en « Haus der Kunst » soulignait désormais une ouverture sur le monde.

 

 

     Avec des expositions autour du Blauer Reiter (Le Cavalier bleu) en 1949 ou de Picasso en 1955, la Haus der Kunst s’établit en tant que musée d’art moderne et contemporain, tout en exposant régulièrement des artistes moins connus. La Haus der Kunst ne possède d’ailleurs pas de collection permanente mais se caractérise par des expositions temporaires.

 

 

     Dans le cadre de notre voyage d’étude, nous avons visité l’exposition en cours „Postwar: Kunst zwischen Pazifik und Atlantik, 1945-1965“, qui mettait en avant l’art de l’après-guerre en abordant l’Holocauste, la Guerre Froide ou l’arme nucléaire, mais aussi les nouvelles technologies, les courants migratoires et la décolonisation.

 

     Divisée en huit grandes parties, l’exposition montrait aussi bien des œuvres d’art exprimant les traumatismes de guerre des artistes à l’aide d’abstractions matérielles et géométriques, que des créations à l’ère du nucléaire. Ce dernier phénomène se manifestait notamment par un bouleversement des repères et par une iconographie riche autour du champignon atomique.

 

 

     En outre, la nature humaine était examinée de près par les artistes, renvoyant à une impression d’échec de la civilisation occidentale. L’universalité de l’Époque Moderne se voyait également remise en question puisque le cosmopolitisme avait subi un changement radical après la Seconde Guerre mondiale (expulsions, migrations, exil).

 

 

     La dernière partie avait pour thématique les réseaux, les médias et la communication, bouclant ainsi la boucle dans la mesure où l’innovation technique et le nouvel ordre politique avaient aussi été symbolisés par la bombe nucléaire au début de l’exposition.

 

 

     Depuis 2013, des débats concernant les projets de rénovation du Haus der Kunst par l’architecte britannique David Chipperfield reviennent régulièrement. Ce dernier, admiratif du bâtiment en tant que musée, aimerait le restaurer dans son aspect d’origine. C’est pourquoi les arbres plantés devant le musée après la guerre devraient par exemple être enlevés afin de rendre visible les colonnes massives. Le projet est soutenu par le maire actuel, qui souhaite « redonner » aux Munichois le bâtiment dans son état de 1937.

 

     Dans le contexte de cette controverse, Winfried Nerdinger, directeur du NS-Dokumentationszentrum München (centre de documentation sur l’histoire du national-socialisme) parle d’un « aveuglement pervers à l’égard du passé » (« geschichtsblinde Perversion ») et critique : « La fonction de la Haus der Kunst était, en tant que nouvelle construction exemplaire de l’État national-socialiste, de présenter de l’art allemand pour une ‘Volksgemeinschaft’ raciste. » On ne peut pas « ignorer tout simplement cette fonction et parler d’une prétendue innocence des pierres. »

 

lim

 

 

(Source: Patrick Guyton: « Geschichtsblinde Perversion », dans: Dresdner Neueste Nachrichten, 18.1.2017, p.5).

 

 

 

Petit glossaire munichois de l'art et l'architecture

 Allgemeiner Wortschatz

 

das Denkmal (- ¨er / -e) : monument

das Muster (-): motif

das Grabmal (- ¨er): tombeau

das Ornament (e)

das Institut (e)

das Relief (-s/-e)

das Kirchenfenster (-): vitrail

das Schauspielhaus (- ¨er): théâtre (édifice)

das Kloster (-¨er): monastère

das Schloss (- ¨er): château

das Mahnmal (-e): monument

das Stadion (Stadien): stade

das Monument (-e)

das Theater (-)

das Museum (Museen)

das Kabarett (-e)

der Bildhauer (-): sculpteur

der Giebel (-): pignon

der Brunnen (-): fontaine

der Pfeiler (-): pilier

der Dom (-e): cathédrale

der Stil (e)

der Frontgiebel (-): fronton

der Stolperstein (-e)

der Garten (Gärten): jardin

der Triumphbogen (-): arc de triomphe

der Almanach (-e)

die Burg (en): château-fort

die Kuppel (-n): coupole

die Büste (-n): buste

die Oper (-n): opéra

die Gedenktafel (-n): plaque commémorative

die Säule (n): colonne

die Gedenkstätte (-n): mémorial

die Skulptur (-en): sculpture

die Glasmalerei (-en): vitrail

die Statue (n)

die Halle (n)

die Volute (n)

die Kirche (-n): église

 

Verschiedenes

 

das Gesamtkunstwerk: Wagner definiert das Gesamtkunstwerk als eine künstlerische Schaffung in der die verschiedenen Künste nicht hermetisch beschränkt sind, sondern sich durchdringen. Ein Werk in dem es keine Grenze oder Hierarchie mehr gibt. Der Endzustand ermöglicht eine Art synesthäsische Wahrnehmung des Werkes. Wagner zufolge ist die höchste Darstellung des Gesamtkunstwerks das griechische Theater, das die Musik, die Schrift, den Tanz und die Religion verbindet.

Beispiele: Bilder einer Ausstellung, W. Kandinsky und Modest Mussorgski; die verschiedenen Opern von Wagner

 

die Glyptothek (-en): Museum, das Skulpturen und Gravuren sammelt.

 

das Lapidarium: Museum, das Steine sammelt.

 

die Patina (-): grünliche Schicht, die sich wegen der Witterung auf Kupfer und Metall bildet. Im weiteren Sinne ist die Patina die Spuren der Zeit und der Abnutzung. Dieses Adjektiv ist aber positiv konnotiert.

 

die Pinakothek (-en): Museum, das Bilder und Gemälde sammelt. In München kann man verschiedene Pinakotheken besichtigen: die Pinakothek der Moderne, die alte Pinakothek und die neue Pinakothek

 

die Plauderei (-en): zwangloses Erzählen, das nach Unterhaltung strebt.

 

das Potemkin Dorf: (Potemkin: russischer Fürst; 1739- 1791) nach Potemkin, der Scheindörfer um Wohlstand vorzutäuschen gründen lassen hat, als Katherina die Große durch ihr Kaiserreich reiste.

 

Simplicissimus: Im Jahre 1896 von Albert Langen gegründete satirische Zeitschrift. Sie hat französische Zeitschriften wie L'Assiette au Beurre als Vorbild. Die Karikaturen wurden von jungen Künstler gezeichnet, deswegen war das Ergebnis sehr heterogen und die Zeitschrift hat seinen eigenen Stil. Novellen und Gedichten wurden auch veröffentlicht.Trotzt des Exils von Langen nach der Veröffentlichung der 31. Nummer, überlebt Simplicissimus bis 1944.

Schriftsteller: Frank Wedekind, Thomas Mann, …

Künstler: Thomas Theodor Heine, Bruno Paul, Ferdinand von Reznic, Arnold Schulz, Olaf Gulbransson, usw.

 

Die Stolpersteine: Es handelt sich um ein Projekt von Gunter Demnig. Es wird als „ein Projekt, das die Erinnerung an die Vertreibung und Vernichtung der Juden, der Zigeuner, der politisch Verfolgten, der Homosexuellen, der Zeugen und der Euthanasieopfer [...] erhält“ beschrieben. Der Name, das Geburtsdatum, der Geburtsort und das Datum und der Ort des Todes sind im Pflasterstein geritzt.

 

Die Villa Stuck: Die Villa wurde für Franz von Stuck im Jahre 1898 gebaut. Seit 1992 ist sie ein Museum, das sowohl die Werke von Stuck selbst, als auch moderne und zeitgenössische Werke (19. bis 21. Jahrhundert) sammelt. Das Künstleratelier kann man auch besichtigen. Das Prinzip dieser Villa ist ein Gesamtkunstwerk durch die Verbindung von Leben, Architektur, Kunst, Musik und Theater zu schaffen.

 

Kunstströmungen

 

der/das Barock: Diese Strömung (Musik, Literatur, Architektur) entwickelt sich zwischen 1600 und 1750. Dank seinen Bühnenwirkungen und seinem Formenreichtum muss der Barock Gefühle erwecken. Aus diesem Grund wird es oft als extravagant angesehen, denn es einhält nicht die Normen des Klassizismus. Im Süddeutschland sind zahlreiche Kirchen im Barockstil.

Muster und Merkmale: gedrehte Säulen, großartige Frontgiebel, Trompe-l'oeil, Voluten, Spiralen, Symmetrie, Eindruck von Bewegung;

Architekten: die Gebrüder Asam; Dominikus Zimmerman;

Gebäude in München: die Asamkirche, das Schloss Nymphenburg.Zone de Texte: Die Asamkirche

 

das Bauhaus: Das Bauhaus ist zuerst eine von Walter Gropius (Architekt) gegründete Schule (Weimar; 1919). Mehr als nur eine neue Kunstakademie, sollte das Bauhaus nicht nur Neuerung hervorbringen, sondern auch das Leben reformieren. Ein der verschiedenen revolutionären Konzepte des Bauhauses ist das Ende der Abgrenzung zwischen bildender Kunst und dem Kunsthandwerk. Die Werke müssen gleichzeitig ästhetisch, künstlerisch, innovativ, funktionell sein, aber müssen auch serienmäßige hergestellt werden. Im Bauhaus unterrichteten Künstlern wie Paul Klee, Wassily Kandinsky, Johannes Itten und László Moholy-Nagy .

Eine Vielfalt von Techniken wird gelehrt: Tischlern, Buchdruck, Weben, Metallurgie, usw. Das Motto war innovativ zu sein.

Merkmale: Schlichtheit, Stahl- und Glasfassaden, Funktionalität, rechte Winkel, keine/seltsame Farben.

 

Der Blaue Reiter: Münchner Künstlervereinigung von Franz Marc und Wassily Kandinsky im Jahre 1912 gegründet. Sie veröffentlichen einen Almanach, der von Künstlern geschriebenen Texten sammelt. Der Almanach stellt eine Utopie vor: die Hierarchie zwischen den Werken abzuschaffen (Kinderzeichnungen, Meisterwerken, abendländischer Kunst). Die Devise des Blauen Reiter war nämlich: "Das ganze Werk, Kunst genannt, kennt keine Grenzen und Völker, sondern Menschheit“. Die Gruppe hatte für Ziel die Kunst zu erneuern, auch durch eine revolutionäre Verbindung zwischen den Formen und den Farben.

 Künstler: Franz Marc, Wassily Kandinsky, August Macke, Paul Klee, Gabriele Münter, usw.

 

der Historismus (kein Plural): in der Kunstwissenschaft bezeichnet der Historismus die Neigung, sich von verschiedenen Strömungen früherer Zeiten zu entfernen. Neugotische, neubarocke und neuromantische Gebäude wurden gegründet. Oft senden diese historischen Stile auch eine politische Botschaft, denn der Historismus spielt eine wichtige Rolle in der Suche nach einem nationalen Stil.

 

der Jugendstil: Zwischen dem Ende des 19.Jahrhunderts und dem Anfang des 20.Jahrhunderts entwickelt sich der Jugendstil, der sich durch den Wille mit der Tradition des Klassizismus Schluss zu machen kennzeichnet. Die Gebäude müssen gleichzeitig ästhetisch und praktisch sein. Der Jugendstil erweitert sich auf die Grafik, das Textil und die Architektur.

Die Strömung hat seinen Namen der Zeitschrift „Jugend“ (1896) zu verdanken. In Österreich ist die Strömung unter dem Namen „Die Sezession“ bekannt. Ursprünglich ist die Sezession die Gruppe, die 1897 von Gustav Klimt, Obrist und Hoffman gegründet wurde.

Muster und Merkmale: Blumenmuster, Voluten, heller Farbton, Symmetrie, Allegorien;

Einige Künstler des Jugendstils: Gustav Klimt, Franz von Stuck, Max Liebermann, Obrist;

Münchner Gebäude: Das Hofatelier Elvira.

 

Das Kammerspiel: Werk mit weniger Figuren und einer nüchterneren Bühnenausstattung, damit die Dialoge als wesentlich gelten. Als Ergebnis hat man den Eindruck eines intimeren Theaterstücks oder des Filmes.

 Wichtige Figuren: Lupu-Pick (Filmregisseur); Carl Mayer (Drehbuchautor).

 

der Klassizismus : Das Ende des 18.Jahrhunderts und der Anfang des 19.Jahrhunderts entsprechen dem Höhepunkt des Klassizismus. Diese Strömung kennzeichnet sich durch eine Rückkehr zum Stil der Antike und der Renaissance. Die Gebäude sind von griechisch-römischer Baukunst geprägt .

Muster und Merkmale: Klarheit und Strenge der Gliederung, Geradlinigkeit, kühle Farbgebung, Säulen;

Architekten: Friedrich Schinkel, Gottfried Semper, Leo von Klenze;

Künstler: Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, Leo von Klenze;

Münchner klassizistische Gebäude: die Glyptothek (1816-1830); die Propyläen (1848-1862).

 

Quellen

 

Webseiten

BOSETTI, Petra (o.J.): „ Kunst und Architektur des Klassizismus. Crashkurs Klassizismus“. Online im Internet unter: Art.Das Kunstmagazin

http://www.art-magazin.de/kunst/kunstgeschichte/14179-rtkl-kunst-und-architektur-des-klassizismus-crashkurs-klassizismus

DELEVOY, Robert L. (o. J.): „Jugendstil“. Online im Internet unter: Encyclopædia Universalis.

http://www.universalis.fr/encyclopedie/jugendstil/

Duden online Wörterbuch. Online im internet unter: http://www.duden.de

HEIN, Barbara (o.J.): „Das Wilde Bauhaus“. Online im Internet unter: Art.Das Kunstmagazin

http://www.art-magazin.de/architektur/15829-rtkl-bauhaus-einfuehrung-das-wilde-bauhaus

o.V. (o.J.): „Baroque“. Online im Internet unter: Encyclopédie Larousse

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/l_art_baroque/25737

o.V. (o.J.): „Historismus“. Online im Internet unter: Art Directory

http://www.art-directory.de/design/historismus/index.shtml

o.V. (o.J.): „Jugendstil“. Online im Internet unter: Encyclopédie Larousse.

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/jugendstil/45113

o.V. (o.J.): „Museum Villa Stuck“. Online im Internet unter: Villa Stuck

http://www.villastuck.de/museum/index.htm

o.V. (o.J.): „Start“. Online im Internet unter: Stolpersteine

http://www.stolpersteine.eu

SAUX, Volker (2011): „Le style: le „Bauhaus“. Online im Internet unter: Arte

http://sites.arte.tv/karambolage/fr/le-style-le-bauhaus-karambolage

SIGG, Christa (2016): „Der blaue Reiter im Lenbachhaus München. Das Herz des Expressionismus“. Online im Internet unter: Art.Das Kunstmagazin

http://www.art-magazin.de/kunst/kunstgeschichte/14199-rtkl-der-blaue-reiter-im-lenbachhaus-muenchen-das-herz-des

 

• Wörterbücher

o.V. (1991): Wahrig. Deutsches Wörterbuch, Bertelsmann Lexikon Verlag GmbH.

o. V.(1995): Kluge. Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache, Walter de Gruyter GmbH.

 

• Bücher

ABRET, Helga (1998): „Der Münchner Verleger Albert Langen (1869-1909). Mittler zwischen Frankreich und Deutschland“. In: MERLIO, Gilbert/ PELLETIER, Nicole (Hrsg.) (1998): Munich 1900 site de la modernité/ München 1900 als Ort der Moderne, Bern, Verlag Peter Lang, S.157-174.

KOCH, Ursula E. (1998): „IV.3 Im Zeichen der ,Roten Bulldogge': Simplicissismus (1896-1944)“. In: MERLIO, Gilbert/ PELLETIER, Nicole (Hrsg.) (1998): Munich 1900 site de la modernité/ München 1900 als Ort der Moderne, Bern, Verlag Peter Lang, S.147-150.

 

net