Munich après 1945

L'Olympiastadion

     Pour clore le voyage d’études, les étudiants se sont séparés le samedi matin pour visiter, flâner ou tout simplement faire du shopping. Trois d’entre eux ainsi que leur professeure se sont rendus au Nord de la ville découvrir un site peu touristique et pourtant digne d’intérêt : le village ainsi que le parc olympiques, initialement construits pour les Jeux Olympiques de 1972 et aujourd’hui réhabilités en logements. Les bungalows dans lesquels étaient logés les athlètes ont été décorés et reconvertis en 1800 logements étudiants (ci-contre). Plus de 6000 habitants vivent aujourd’hui dans ce quartier à l’architecture particulière et dont le cadre de vie offre de nombreux avantages : espaces verts, proximité de la Technische Universität, du centre-ville, des transports, et des installations sportives.

   Ces dernières se trouvent en face du village olympique, de l’autre côté du Georg-Brauchle-Ring, auxquelles on a accès par la Hanns-Braun-Brücke. Le stade olympique (Olympiastadion) ainsi que la piscine et la halle olympique ont été réalisés d’après les plans de l’architecte Günter Behnisch. D’une architecture novatrice, le stade olympique est recouvert d’un toit pyramidal qui en fait sa spécificité (voir ci-contre). Cet aspect souligne la volonté du comité organisateur et du gouvernement allemand de faire oublier les Jeux Olympiques de Berlin de 1936 et de s’y opposer.

     Le village olympique est aussi le lieu des attentats de Munich du 5 septembre 1972, perpétrés par le groupe terroriste palestinien « Septembre Noir ». Après avoir pénétré dans l’appartement du 31 de la Connollystrasse, dans lequel logeaient quinze athlètes israéliens, le groupe composé de huit hommes a tiré sur deux athlètes et en a pris onze en otages, deux ayant réussi à s’enfuir. Réclamant la libération de 234 activistes palestiniens emprisonnés en Israël, le groupe terroriste dévoilait alors ses intentions. Cette demande fut rejetée par la Première ministre israélienne, Golda Meir, et les terroristes négociaient leur extradition par hélicoptère avec la police bavaroise. Cette dernière lança une opération de libération des otages une fois à l’aérodrome. Elle échoua et causa la mort des onze athlètes israéliens, d’un policier bavarois, ainsi que des terroristes.

     On considère aujourd’hui cet événement comme le premier attentat terroriste perpétré aux yeux du monde entier. Plusieurs lieux de commémoration ont été créés au sein du village et du parc olympiques. Le premier (voir ci-dessous), une plaque commémorative (Gedenktaffel) sur laquelle sont inscrits les noms des onze athlètes israéliens tués à l’aérodrome, est installé sur le mur de l’immeuble où a eu lieu la prise d’otage, au 31 de la Connollystrasse. Un autre mémorial (Mahnmal), appelé «Klagenbalken» (poutre des lamentations) est placé sur la Hanns-Braun-Brücke entre le stade olympique et le parc, a lui valeur non seulement de souvenir, mais également de rappel et de symbole de la lutte contre le terrorisme. Un troisième lieu est en construction. Il s’agit cette fois d’un lieu de mémoire (Erinnerungsort) situé au cœur du parc olympique (voir ci-contre). Celui-ci aura pour but d’informer sur les attentats et sur les athlètes décédés, dont une biographie sera proposée au sein du bâtiment. Il devait cependant être terminé en septembre 2016 et semblait laissé à l’abandon lorsque nous l’avons vu, certes un samedi, le 28 janvier 2017.

     Si la variété des terminologies utilisées pour nommer ces lieux de commémoration interpelle, on peut surtout se demander pourquoi la ville de Munich a décidé de réaliser trois mémoriaux différents. Cette question s’inscrit dans la thématique de notre voyage d’études, celle de la monumentalisation et de la façon de travailler la mémoire. Peut-on donc considérer le village olympique des Jeux de 1972 comme un lieu de mémoire ? Ces mémoriaux le laissent penser.

 

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Une visite au Münchner Stadmuseum

     Situé dans le centre-ville, le Musée de la Ville de Munich présente plusieurs collections assez hétéroclites. De l’histoire de la ville aux instruments de musique du monde, en passant par la marionnette et les arts forains, le visiteur est invité à passer d’un univers à un autre au fil des étages.

 Dans le hall d’entrée, une maquette de la ville donne une vue d’ensemble de Munich

 

     La visite commence par l’exposition phare du Musée, « Typisch Münschen », qui regroupe une série d’objets et de vidéos dédiées à l’identité munichoise. Le parcours se veut donc une vitrine de Munich au cours du temps. Des tableaux, mais aussi des vidéos racontent la ville, ses événements marquants, comme la création du stade olympique, et le quotidien, à travers des enseignes ou des costumes traditionnels.

 Parmi une série d’anciennes publicités pour des événements s’étant produits à Munich, la caricature du Munichois (« Der Münchner »), parue à la une du journal satirique Simplicissimus du 3 décembre 1923.

 

     Suit l’incontournable exposition dédiée à l’histoire de Munich liée au national-socialisme, qui n’offre pas vraiment de nouveauté pour qui vient de visiter le Centre de documentation du national-socialisme (NS-Dokumentationszentrum), mais remplit néanmoins son rôle en informant le visiteur sur le développement du régime à Munich à l’aide de grands panneaux.

 

     A l’étage suivant, changement d’ambiance : en entrant dans l’exposition sur la marionnette et les arts forains, le visiteur est immédiatement plongé dans une atmosphère de fête, à la fois réjouissante et inquiétante. Dans les salles sombres et très chauffées, les marionnettes exposées toisent les visiteurs ou se mettent en mouvement en ricanant sur leur passage. Plusieurs types de marionnettes sont présentés, avec leur fonctionnement, à fils, à tige, pour du théâtre d’ombres…

 En regardant à travers les jumelles disposées au-dessus des tabourets, les Munichois pouvaient voir diverses scènes en relief, toutes reliées à un imaginaire exotique – des personnes en costumes traditionnels, par exemple au milieu de plantes exotiques.

 

     Enfin, au dernier étage, sont exposés de très nombreux instruments de musique, certains facilement reconnaissables, d’autres pour le moins insolites. La collection du musée est en effet composée d’environ 1500 instruments du monde entier, dont un grand nombre n’est pas familier à un public européen. L’occasion donc pour les visiteurs de s’en donner à cœur joie en s’essayant aux différentes percussions géantes en libre accès, et c’est dans cette joyeuse cacophonie que s’achève la visite du Münchner Stadmuseum.

 

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