Michel Serres, Petite Poucette, Mardi 1er Mars 2011, discours prononcé à l'Académie Française lors de la Séance solennelle

"Les nouveaux défis de l'éducation"

 

(URL : http://nouveaux-defis-education.institut-de-france.fr/serres.html)

 

Michel Serres entre à l'Académie Française en 1990. Né en 1930, il entre à l'École Normale Supérieure rue d'Ulm en 1952, et en sort doctorant en philosophie en 1968. Son œuvre et sa pensée sont marquées par la thématique de la guerre, qu'il a faite et vécue.

 

"Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître" affirme Michel Serres qui se penche donc sur l'objet apprenant : le jeune.

 

Petite Poucette esquisse le profil d'une nouvelle génération à l'ère numérique, qui diffère de ses prédécesseurs dans son expérience de la vie, sa manière d'appréhender le monde, dans son individualisme et dans son accès au savoir. La thèse de Serres repose sur le postulat d'une rupture historique sans précédent : la révolution numérique.

Sur le plan du "corps" et de son environnement, la jeune génération se démarque par un détachement de la nature lié à l'urbanisation, une très longue espérance de vie qui engendre des changements par rapport aux notions de mariage et d'héritage, des parents plus âgés et par la migration et le multiculturalisme. Cette expérience d'une vie sans grande souffrance a pour conséquence selon Serres une autre appréhension de l'histoire.

 

Dans une deuxième partie, l'auteur s'intéresse au problème de la connaissance, altérée par l'influence des nouveaux médias et par une autre conception de la temporalité et de l'espace. Les médias et la publicité omniprésente ne sont responsables non seulement d'une baisse dans la capacité de concentration et de synthèse des jeunes mais ils se sont également accaparés la fonction d'enseignement. Ils rendent le savoir accessible en le décentralisant. Serres reproche aux adultes de ne pas composer intelligemment avec ces évolutions dont il souligne l'importance notamment par la rapide évolution de la langue française.

Serres revint ensuite sur l'idée d'une génération individualiste, dans laquelle, et ce depuis la mort des idéologies, les collectifs jouent un rôle de moins en moins important, les réseaux sociaux s'illustrant comme une nouvelle alternative. Pour Serres, l'individualisme est facteur de pacifisme, mais les liens sociaux doivent désormais être réinventés.

 

L'ensemble de ces transformations est considéré de la même manière que l'invention de l'écriture ou de l'imprimerie. Les institutions de l'enseignement ne sont par conséquent plus adaptées à cette jeunesse. Le public s'est démocratisé, ce qui va de pair avec la déconcentration du savoir dans le virtuel. Ainsi, les fonctions cognitives s'adapteraient à ce changement des modes de transmission du savoir dans un cercle vertueux où les modes de transmission et les capacités cognitives de l'apprenant s'influencent mutuellement. La pédagogie doit, pour l'auteur, refléter ce changement d'époque.

 

Serres conclut sur cette idée d'une nécessité d'innovation dans l'enseignement face à l'ère du numérique. Il inculpe ce retard de développement aux philosophes qui manquent selon lui d'une vision sur le long terme.                       

 

- ieo