Mitsi ... et après?

 

 

 Maintenant que nous avons fait la connaissance de cette petite monitrice que l’on appelle tout simplement Mitsi, et dont nous avons pu découvrir le fonctionnement, on se pose la question de savoir ce qui s’est passé après – Mitsi marque le début d’une aventure, d’une nouvelle ère, qui jusqu’à aujourd’hui ne cesse de se développer et qui, aussi bien à l’Institut d’allemand d’Asnières qu’ailleurs, s’est développé rapidement grâce aux nouvelles technologies qui se sont imposées. Comment alors les linguistes-chercheurs d’Asnières ont développé les programmes de Mitsi et enrichi leur méthode par rapport aux découvertes que cette recherche leur offrait ?

 

Après sa thèse, Monique Travers n’a eu de cesse de se passionner pour le développement de ces nouvelles programmations que l’on pouvait utiliser dans l’enseignement de l’allemand comme langue étrangère. Elle décrit la période entre 1980 et 1995 comme une expérimentation constante qui consistait en une écoute et une observation permanente des besoins des étudiants. Alors, pendant la période hallucinante de 40 ans passée à l’Institut d’Allemand, elle a, avec l’aide et l’expertise dans le domaine de l’informatique de son mari, Dominique Travers, investi tout son temps et son énergie dans le développement de logiciels, qui tentaient de donner à l’apprenant la capacité de travailler en autonomie en termes d’auto-évaluation, mais aussi en termes d’apprentissage, prenant en compte le rythme propre de chaque élève.

 

Comment donner à l’étudiant la capacité de travailler plus autonome ?

 

Depuis les années 80 où sont apparus les logiciels micro-informatiques comme Mitsi, la démarche et le principe de leur programmation à l’Institut d’Allemand d’Asnières s’orientaient aux les théories linguistiques de Jean-Marie Zemb et celles psycholinguistiques de Jean Janitza, qui visaient une approche consciente, réflexive et cognitive, aidant l’apprenant à évoluer vers une réelle autonomie. Mais Mitsi en tant qu’outil d’apprentissage ne permettait pas encore à cette époque d’élaborer des exercices complexes. Si bien que la recherche de Monique Travers a montré que cette forme de travail avait un certain caractère novateur qui attirait et captivait l’attention des apprenants. Toute la démarche de Mitsi fut complètement renversée par l’apparition d’un des premiers micro-ordinateurs, le Pet Commodore.

 

Le "Pet Commodore" de 1977, Copyright Science Museum / Science & Society Picture Library
Le "Pet Commodore" de 1977, Copyright Science Museum / Science & Society Picture Library

 

 

 Ce nouvel ordinateur avec une capacité mémorielle de 64 Ko, un écran de 22 cm, un lecteur de cassettes pour le chargement des programmes et même un clavier à touches a ouvert la voie à l’Enseignement Assisté par Ordinateur en remplacement de l’Enseignement Programmé. Autour de ce nouvel outil s’est formé un groupe de recherche, rassemblant des germanistes du secondaire et du supérieur et quelques informaticiens, le GRAAAL (Groupe de Recherche pour l’Apprentissage de l’Allemand Assisté par Ordinateur). Les questions essentielles que cette équipe se posait avant la programmation, étaient déterminante pour l’approche et la démarche suivante : outre le défi d’élaborer des programmes pour ce micro-ordinateur qui ne se limiteraient pas en une imitation de l’enseignement sous la forme d’un cours magistral, les chercheurs enseignants espéraient mettre en œuvre un dispositif qui inciterait l’apprenant à raisonner, à ne plus donner des réponses au hasard et à se rendre compte de ses propres problèmes concernant l’apprentissage. L’objectif premier était donc pour ainsi dire de favoriser chez l’apprenant des activités cognitives telles que l’anticipation, le contrôle, l’appel à la mémoire et à la réflexion, et enfin, le recours automatique à la réflexion au lieu d’une réponse automatique.

Aujourd’hui, ces idées apparaissent comme une évidence, mais il faut bien retenir qu’à cette époque-là, la théorie linguistique de Jean Janitza était révolutionnaire. Ainsi, l’équipe GRAAAL a développé deux types de didacticiels différents, simulant des situations de production : d’une part des exercices de traduction ou de résumé de texte, dans lesquels il fallait remplir des trous en choisissant entre plusieurs mots proposés, et d’autre part des programmes traitant certaines notions de la grammaire allemande.

 

L’évolution technologique : un temps mouvementé…

 

Or, comme l’évolution technologique avançait inexorablement à cette époque tout comme aujourd’hui, le temps de l’Enseignement Assisté par Ordinateur fut un temps mouvementé pour les enseignants-chercheurs, qui devaient s’habituer à des dispositifs de plus en plus complexes. Après le Pet Commodore vient donc le Commodore CBM, qui, avec son unité double de disquettes représentait déjà une véritable innovation par rapport aux cassettes du Pet Commodore. Puis apparaît le Goupil, le Bull Micral 30 et enfin l’Ast Bravo 286 ; un ordinateur de 512 Ko, avec une puissance de 8 Mhz et un écran de 32 cm.

A cette époque, plus précisément en 1985, le travail passionné de l’équipe d’enseignants chercheurs porte ses fruits en publiant chez Hatier l’ouvrage intitulé : « Enseignement Assisté par Ordinateur des langues étrangères – Théories – Pratiques – Perspectives ». La recherche ne s’adresse pas seulement à un public scientifique, mais également aussi aux étudiants, auprès desquels l’atelier de l’EAO fut un franc succès.

 

Puisque toute chose doit se terminer un jour, aussi l’ère du micro-ordinateur connaît une fin… Là, en 1995, encore une fois l’univers technologique d’Asnières est bouleversé, mais cette fois-ci par l’installation d’un laboratoire multimédia. En matière d’apprentissage de langues, ces nouveaux ordinateurs, les Power Mac 6100 de Macintosh, représentent une révolution car ils introduisent le son et la vidéo. Encore une fois, Monique Travers reprend les exercices conçus à l’origine par Jean Janitza et elle les numérise tous. Mais maintenant viennent aussi les illustrations qui accompagnent le son en affichant des courbes d’intonation ou l’Alphabet Phonétique International. De plus, c’est à ce moment-là que les programmes d’apprentissage deviennent accessibles à tout étudiant en fournissant un cédérom avec tout un cours complet et structuré, expliquant les règles de la phonologie allemande. Mais évidemment, le laboratoire multimédia n’est pas restreint au domaine de la phonologie, même les leçons traitant de la société et de la civilisation sont désormais largement envisageables.

 

A ce moment-là, nous sommes déjà très proches de notre réalité actuelle, où l’enseignement ne peut plus se défaire du numérique. Avec leur travail passionné et intensif, les enseignants-chercheurs d’Asnières, et parmi eux Monique Travers et son mari, ont offert aux étudiants une nouvelle manière de comprendre et apprendre la langue allemande, mais comme Monique Travers le dit très ouvertement : « c’est grâce au numérique ou du moins avec lui que dès le début, on change notre manière de comprendre l’enseignement et l’apprentissage ».

Ne serait-ce donc pas le numérique qui était le point de départ d’un débat révolutionnaire sur les processus d’apprentissage et par là aussi sur celui de la didactique ? Une manière de le rendre plus individuel ?

 

 

hvo

 

Sources :

Interview avec Monique Travers

Janitza, Jean ; Travers, Monique (dir.) : Babel en Education : Linguistique allemande et didactique des langues. Paris : Presses Sorbonne Nouvelle, 2003.

Travers, Monique : De Mitsi à Hyperlab : Trente années de technologies toujours nouvelles. Dans : Krebs, Gilbert (dir.) : Passerelles et passeurs, Paris : Presses Sorbonne Nouvelle 2002.