Au temps de Mitsi...

 

Les premières machines d'enseignement

Si Mitsi constituait, en son temps, le précurseur de l'ère numérique au département d'études germaniques, elle n'était pourtant pas la seule ni la première machine de son espèce. Au temps de Mitsi, où en était la technologie dans l'enseignement et dans la recherche ? Petit historique des machines et du numérique dans l'apprentissage.


Longtemps avant Mitsi, les toutes premières machines d'enseignement étaient des objets purement mécaniques. Leur grand-père est la machine de Sidney Leavitt Pressey, un américain qui fit breveter sa "machine pour les tests d'intelligence" en 1928. Il s'agit d'un appareil pour les QCM, les quatre boutons à droite correspondent aux quatre réponses possibles. La machine dispose d'un mode d'enseignement et d'un mode de contrôle, les réponses données peuvent donc être vérifiées et enregistrées, permettant soit à l'apprenant de connaître tout de suite la bonne solution, soit d'être évalué à la fin d'une séance. Pressey alla même jusqu'à y ajouter un dispenseur automatique de bonbons pour les bonnes réponses.

 

La machine de Pressey exposée en 1924. Image tirée de l'article de Ludy T. Benjamin Jr., 1988
La machine de Pressey exposée en 1924. Image tirée de l'article de Ludy T. Benjamin Jr., 1988

Bien plus connue que cette première génération, la seconde génération de machines d'enseignement fut introduite par B.F. Skinner à partir de 1953. Selon la théorie behaviouriste de Skinner, l'erreur doit être à tout prix évitée ; la machine doit donc fournir un maximum d'aide et d'informations. Elle inspirera les chercheurs dans les décennies à venir, les approches cognitivistes dans la suite de Chomsky s'y opposèrent cependant. Concrètement, la machine de Skinner ne fonctionnait pas selon le principe du QCM comme celle de Pressey, mais par un système de leviers avec lesquels l'apprenant composait la réponse. Si la réponse était bonne, une lampe s'allumait. Dans les versions plus récentes, l'apprenant voyait un extrait de texte dans une petite fenêtre qu'il devait compléter en écrivant dans une autre. Le terme d'enseignement programmé, EP, fut forgé pour décrire cette technique.

La Min-Max, machine populaire dans les années 1960, est fondée sur celle de Skinner, bien que ce dernier s'en distancia à plusieurs reprises. Avec plus de 100 000 exemplaires vendus en deux ans, cette petite machine est emblématique pour l'enthousiasme de la population pour ces technologies. Certaines de ces machines vendues au grand public ne garantissaient réellement pas l’apprentissage. C'est sans doute l’une des raisons pour lesquelles cet engouement ne dura pas ; les machines disparurent du marché avant la fin des années 60, avant d'avoir pu traverser l'atlantique et s'établir en Europe.

 

 

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Sources :

 

Interview de Monique Travers

Ludy T. Benjamin Jr.: A History of Teaching Machines, dans : American Psychologist, septembre 1988.