Les humanités numériques

Un vent de révolution numérique souffle sur les vieilles Humanités....

Les « Humanités numériques » ? Ce domaine de recherche né au tournant du nouveau millénaire, à la croisée entre les arts, les lettres, les sciences humaines et le numérique, apparaît d'emblée comme un paradoxe. Dur d'imaginer que les disciplines « poussiéreuses » que sont les prestigieuses Humanités quitteraient un jour leurs bibliothèques pour entrer en contact avec la surface lisse et chromée des tablettes. Depuis l'invention de l'écriture, les bibliothèques concentraient, ancraient le savoir dans le temps et dans l'espace ; on le pensait immuable ; il en devenait pesant à force de s'accumuler sur les rayons. Mais à l'ère du numérique, le savoir est désormais portatif. Il en devient plus léger, plus dilué, plus dispersé. Le savoir se démocratise, tend à devenir un objet de consommation de masse immédiat et disponible – et par là, éphémère – que l'on consomme, zappe et jette.

 

Le terme d' »Humanités numériques » évoque des imaginaires contradictoires. Le matériel y rejoint l'immatériel, les sciences « dures » s'y mêlent aux sciences humaines, le vivant au virtuel. Se pose ainsi la question de l'enseignement, qui implique a priori la présence physique dans un même lieu, à un même endroit, d'un enseignant et d'élèves avec qui il interagit. Or le numérique chamboule cette conception traditionnelle de la pédagogie, à travers, d'une part, la déconstruction et la démultiplication de l'espace-temps, et, d'autre part, la désincarnation et la dématérialisation de l'enseignement ; enseignement qui se passe de plus en plus de l'interaction avec une autre conscience vivante. L'autodidacte directement exposé aux supports numériques n'est-il pas ainsi privé d'une instance de médiation critique, celle du professeur ? 

 

Léa Cassagnau