Portraits de nos diplômé.e.s


Charline Vasseur,  « rendez-vous compte de la réalité dans laquelle vous voulez évoluer ! »

 

Réputée difficile, l'allemand est la langue qui suscite son plaisir de la rencontre avec d'autres cultures. Charline Vasseur, ancienne étudiante en Master de journalisme franco-allemand à la Sorbonne Nouvelle se rappelle avec joie ses premières rencontres avec la langue : « En 4e, ma famille d'accueil à Wolfenbüttel nous offrait du Jägermeister. C'est ce qui s'appelle cultiver les différences ! » sourit-elle. Mais c'est avant tout la rigueur et l'intransigeance de sa professeur d'allemand au Collège qui l'ont marqué positivement pendant ces quatre ans.

 

Après le lycée elle se lance dans une prépa d'allemand et, après une licence en études germaniques, est ensuite diplômée d'un master de Traduction éditoriale, économique et technique à la Sorbonne-Nouvelle. Mais est-ce ainsi qu'une langue doit être utilisée ? Le doute s'instaure, et après quelques mois de voyage et de stages, c'est le journalisme qui la tient en haleine. Son intérêt pour l'allemand subsiste ; alors elle se lance dans un master II de journalisme franco-allemand. Pas de tromperie sur la marchandise ! Les deux cultures sont traitées de façon égalitaire et Charline baigne avec joie dans l'interculturalité.

 

Une série de stages subventionnés par la Konrad Adenauer Stiftung, l'OFAJ ou encore la fondation Robert Bosch viennent compléter la formation. Une bourse de la même fondation lui permet même de partir en Namibie pour réaliser un film documentaire.

 

Aujourd'hui, elle est restée sur la voie du journalisme : après avoir travaillé cinq ans pour une petite radio matinale à Lille, elle a maintenant envie de réaliser ses propres sujets : « J'ai pu réaliser deux reportages pour Kikeriki, un magazine web radio sur l'écologie en France et en Allemagne Maintenant je travaille pour différentes télévisions. C'est une escale, cette compréhension de l'image. J'apprends à me distancer de l'info pure et dure ». Le prochain défi ? Jouer de nouveau sur ses atouts de langue, en faire une force dans le profil  « et produire un documentaire 52' diffusé sur Arte » ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

 

On lui souhaite une belle réussite !

 

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Marjolaine Portier-Kaltenbach,

 

  • Pourquoi avez-vous étudié à Paris 3?

 

« Pour être parfaitement honnête, j'ai atterri à Paris 3 de manière un peu fortuite. L'année précédent mon master 1, j'avais passé 6 mois en Erasmus à Berlin. Or, comme la Freie Universität avait mis une éternité à m'envoyer mes résultats, et que j'ai mis quant à moi un certain temps à les faire traduire par un traducteur agréé, je n'ai eu mon attestation de licence que très tardivement, et il n'y a que Paris 3 qui acceptait encore que l'on s'inscrive en septembre. Il se trouve que la fac était tout près de chez moi et qu'une bonne amie avec laquelle j'étais en licence à l'université Catholique s'y était aussi inscrite, tout cela se goupillait donc parfaitement bien! »

 

  • Comment s’est passé le temps après le fin d’études?

 

J’ai pris conscience au tout début de mon master d'études germaniques que je ne souhaitais pas devenir traductrice ou interprète, que l'allemand n'était pour moi pas une fin en soi et que je souhaitais donc élargir mon champs de compétences. C'est la raison pour laquelle je me suis inscrite à Paris 2 dans un nouveau master, dédié aux médias. En parallèle de ce master que j'ai suivi à Paris 2, j'ai effectué un an d'alternance chez France Musique (chaîne du groupe Radio France), puis mon contrat d'alternance a été prolongé d'un an avant de se transformer en CDD. C'est là que je travaille encore actuellement. »

 

  • Utilisez vous l’allemand dans votre travail?

 

Lors de mon entretien d'embauche à France Musique, je me rappelle d'avoir dit à mon patron ‚ j'ai bien conscience que je n'ai pas le parcours exemplaire pour postuler à France Musique : je n'ai pas fait de musicologie mais seulement de l'anglais et de l’allemand...' et il m'a immédiatement coupée pour me dire ‚ SEULEMENT de l'allemand ? Vous ne vous rendez pas compte à quel point c'est précieux d'avoir des germanistes ici !‘. Et effectivement, dès qu'il s'agit de traduire des paroles de Lieder, ou bien encore des interview, c'est moi qui m'y colle ! La scène musicale allemande foisonne de grands artistes et il n'est pas rare que l'on doive les interviewer en allemand, dans la mesure où leurs propos perdent bien évidemment toujours un peu de leur sel lorsqu'ils s'expriment en anglais. »

 

  • Quels sont vos projets pour l’avenir?

 

« Mon projet pour l'avenir est de passer d'attachée de production (mon poste actuel, qui consiste à aider les producteurs à préparer leur émission) à productrice moi-même (c'est à dire passer derrière le micro). J'ai présenté mes premiers concerts de jazz à l'antenne l'été dernier et c'était une expérience fantastique! Les chaînes de radio envoient des petits jeunes faire leurs armes derrière un micro chaque été, autrement dit à la période de l'année où les titulaires sont en vacances, c'est une chance inouïe. » 

 

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Isabel Habicht est aujourd’hui enseignante à l’École des hautes études

commerciales où elle assure aussi la coordination du département de langues.

 

Elle peut se prévaloir d’un curriculum impressionnant qui l’a entre autres mené au département d’études germanique à la Sorbonne Nouvelle. Comme elle connaît bien les systèmes éducatifs de la France et de l’Allemagne, sa perspective est particulièrement intéressante. A la fin de sa scolarité au Bade-Wurtemberg, elle a décidé de commencer des études d’allemand et de français à Fribourg dans le but de devenir professeure et après quelque temps, elle a eu envie de vivre en France. C’est pourquoi elle a poursuivi ses études en s’inscrivant dans le master d’allemand comme langue étrangère. Elle est ensuite devenue doctorante en littérature comparée et philologie classique. Elle dit avoir passé cette période de ses études, qui lui a beaucoup plu, comme dans une sorte de ‚tour d’ivoire‘. Elle a pu financer ses études grâce à une bourse, et a travaillé plus tard comme lectrice au DAAD. Isabel Habicht était toujours ravie de ses études : « Je rentrais souvent à la maison en pensant : ‘Aujourd’hui, j’ai compris quelque chose d’important, cela m’a fait avancer dans ma vie, dans ma compréhension de ce que je suis, où, comment et pourquoi je vis ; ce que la littérature signifie pour les hommes, ce qu’elle a provoqué dans l’histoire et quels effets elle a aujourd’hui.’ » Son directeur de thèse lui a finalement proposé d’enseigner à Metz et elle a suivi son conseil. De plus, elle a commencé à donner des cours d’allemand et d’histoire à l’université de Caen. Parallèlement, elle enseignait à l’Ecole Polytechnique à Paris et décrit le travail dans la grande ville et celui à la campagne comme « deux univers » différents. Après avoir terminé sa thèse, Isabel Habicht a passé une année à Munich ou elle donnait des séminaires à la LMU (Ludwig-Maximilians-Universität), mais elle a toujours voulu retourner à Paris. Elle se souvient bien de son travail à Paris 3 où elle donnait un cours d’histoire du 20 e siècle : elle avait l’impression que les étudiants étaient plus intéressés et orientés qu’à Metz et à Caen. En outre, elle a participé et organisé de nombreux colloques, par exemple à New York à la Colombia University et à Paris et Caen.

Actuellement, elle constate que le système universitaire ressemble de plus en plus au système scolaire. Par rapport aux différences entre la France et l’Allemagne, elle trouve qu’il y a des concepts éducatifs très différents et que le système allemand est plus orienté vers les aptitudes sociales des élèves et des étudiants. Elle

a l’impression que les études germaniques se battent pour survivre, même si elles touchent les meilleurs élèves du secondaire en France, mais aussi que les cours de français en Allemagne perdent de leur niveau. Ainsi, elle trouve que l’enseignement des langues dans les deux pays devrait être encouragé pour s’améliorer et toucher

plus d’étudiants, ce qu’elle peut constater à Sciences Po Paris où elle enseigne également. Elle est très curieuse par rapport aux réformes scolaires françaises et au développement actuel des universités en France ainsi qu’en Allemagne. Elle dit qu’aujourd’hui il lui manquerait le courage de faire des études de littérature, à cause de la situation difficile sur le marché du travail. Cependant, elle ne regrette pas son choix. Si elle était étudiante aujourd’hui, elle ferait des études en lien avec le domaine de l’entrepreneuriat et dans le contexte franco-allemand, et qui ne

seraient pas aussi théoriques que la philologie.

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Clémence Peyron, journaliste chez Campus Channel à Paris : « Ce qui me plaît, c’est de ne pas être enfermée dans un même métier toute ma vie »

 

La première chose que l’on remarque chez Clémence, d’abord dans notre correspondance électronique, puis lorsqu’on se rencontre un soir dans un petit bar dans le XIe, c’est son ouverture d’esprit. Souriante et curieuse, elle me consacre une heure de son temps pour me raconter son parcours animé, autour d’un verre de vin blanc.

Actuellement, Clémence travaille chez Campus Channel, une start-up rachetée par le groupe de Figaro qui propose des formats variés présentant aux (futurs) étudiants les différentes écoles, aussi bien en France qu’à l’étranger. Dans ce cadre, Clémence est notamment chargée de l’animation d’une émission qui invite à chaque fois les représentant.e.s des écoles pour présenter leurs institutions aux lycéen.ne.s et étudiant.e.s qui pourraient ensuite intervenir en live chat. « On fait les reportages dans les écoles aussi, donc on s’est très diversifiés », tient à souligner l’ancienne étudiante de Paris 3. C’est un format qui s’adapte aux vifs changements subits par le domaine de l’admission et de la formation universitaire en France ces derniers mois : l’équipe a par exemple recruté un expert Parcoursup, même si la grande majorité des écoles présentées font usage de leurs propres concours d’admission.

 

Cet emploi dans le domaine du vidéojournalisme est la première étape un peu plus permanente dans la carrière professionnelle de Clémence. Les étapes précédentes ? Après un diplôme de Sciences politiques à Sciences Po Aix, elle s’est laissé guider par ses intérêts et ses envies. « Je ne savais pas vraiment où m’orienter, j’avais adoré mon année à Berlin, j’avais un attrait vraiment pour tout ce qui était Allemagne, germanophilie. Mais que faire de ça… ? J’ai complété du coup mon diplôme avec ce Master 2 parce que j’aimais bien continuer à pratiquer, j’avais envie de pratiquer encore, mais après, j’étais perdue dans toutes les formations », se souvient-elle.

 

Le Master 2 auquel elle fait allusion, c’est le cursus journalisme européen option franco-allemande, proposé parmi les offres de formation à la Sorbonne Nouvelle. Ce cursus ne lui donne pas seulement la possibilité d’approfondir ses compétences en allemand, mais également d’effectuer plusieurs stages de fin d’études, notamment chez la Wiener Zeitung, principal quotidien de la capitale autrichienne ainsi que chez Arte à Strasbourg. Un dernier stage chez La Chaîne Info (LCI) débouche d’abord sur un travail en tant que commentatrice-rédactrice, puis se transforme en travail à la pige, donc sur la base de contrats d’une journée dont le nombre est toutefois limité à l’année pour éviter des emplois précaires. Ainsi et pendant quelques années, Clémence acquiert une vaste diversité de compétences dans les différents domaines du journalisme, dans des groupes de médias réputés comme LCI et Prisma Media et les start-ups, en alternant entre les piges et les CDD, avant de signer un contrat à durée indéterminée avec Campus Channel en 2017. Son parcours peut sembler atypique, mais sa flexibilité professionnelle lui a permis d’acquérir une certaine polyvalence : « Je sais faire des vidéos, je sais écrire, je sais passer devant la caméra… Je n’ai pas fait de radio par contre, mais par exemple les podcasts, c’est une chose qui m’attire vachement », raconte-t-elle.

 

Cette ouverture d’esprit, que l’on remarque ainsi depuis le début, a donc permis à Clémence d’avoir des expériences enrichissantes dans à peu près tous les domaines techniques et thématiques du journalisme, en se réservant la possibilité de changer encore de métier et de développer davantage ses compétences polyvalentes : « Peut-être que demain je travaillerai dans un magazine d’animaux. Comme ça, je pourrai apporter mon chien au travail », dit-elle en souriant. Cette envie de bouger lui permettra éventuellement aussi un jour de renouer le lien avec l’Allemagne et la langue allemande, qui s’est perdu après ses études et qui ne lui sert que de temps en temps, mais qui reste tout de même un intérêt personnel auquel elle essaie de se consacrer le plus souvent possible dans son temps libre. 

 

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« Le masculin est faible, il décline ! » : Caroline Tudyka , une musicienne, enseignante et traductrice à Paris

C'est au café du Terminus en face de la gare du Nord que je retrouve Caroline Tudyka, ancienne étudiante en langues/littératures et civilisations étrangères au département d'Etudes germaniques. Il est 19h, rien de mieux que de discuter autour d'un chocolat chaud et d'un Martini rouge, alors que dehors, le froid automnal bat son plein. Pas de question-réponse mais un flux de récits -très sympathique, ce « coq-à-l'âne »- : voilà comment la musicienne-traductrice-enseignante aux boucles noires, un boa autour du cou, dévoile peu à peu les facettes de sa vie parisienne.

 

C'est donc pour la musique qu'elle est venue à Paris, il y a plus de 20 ans. Étudiante à Asnières, elle répétait, pendant ses heures libres, dans une salle de cours équipée d'un piano à queue. Ses chansons étaient alors accompagnées de la poésie de Jacques Prévert, récitée par une amie étudiante.

 

La musique constitue encore et toujours le noyau de sa vie. Alors qu'elle entremêle dans ses chansons franco-anglo-allemande une poésie douce et rythmée, à la fois apaisée et électronique, ses textes sont essentiellement des adaptations de poèmes de Dylan Thomas, Friedrich Nietzsche et Else Lasker-Schüler. Caroline Tudyka se sent particulièrement proche de la poétesse juive et allemande, à laquelle elle a dédié son travail de maîtrise, publié sous le titre de L'exil d'Else Lasker-Schüler (1869-1945) aux éditions l'Harmattan (2001) : « Personne ne la connaît en France ! Elle était excentrique, une femme chaleureuse qui vivait sa propre vie, divorcée à deux reprises, avait un enfant d'un de ses multiples amants. Même âgée elle a gardé l'âme d'une jeune fille – je me reconnais un peu en elle », s’enthousiasme Caroline.

 

Ce côté excentrique, elle l'incarne aussi : même à la l'université où elle enseigne l'allemand à des futurs ingénieurs et étudiant-es en management. « Être professeur, c'est jouer un rôle. Le devant de la classe devient une scène sur laquelle on divertit ses élèves. Même l'accusatif devient plaisant » rit-elle et d'ajouter avec un clion d’œil : « le masculin est faible, il décline ! ».

 

Ses études à la Sorbonne-Nouvelle ont conduit l'artiste sur beaucoup de voies culturelles franco-allemandes : À côté de son activité d'enseignante et de musicienne, elle s'est presque retrouvée dans la recherche universitaire . « Je me rappelle de ma rencontre avec Anne Saint Sauveur-Henn, professeure à la Sorbonne-Nouvelle. Elle faisait de la recherche sur l'exil des Juifs en Amérique latine, un thème qui m'a énormément passionné. Au sein de la société de la recherche de l'exil elle organisait souvent des conférences à la maison Heinrich Heine à la cité universitaire de Paris et m'invitait alors pour jouer de la musique et chanter les poèmes d'Else Lasker-Schüler ». Caroline Tudyka qui aurait eu la possibilité de faire de la recherche aux côtés de la professeure est tout le contraire du type académique : « Je suis beaucoup trop cinglée, j'entre pas dans les codes ! ».

 

Elle a traduit le livre de la sociologue et experte de la vie juive Doris Bensimon Adolph Donath_ parcours d'un intellectuel juiv (Editions de l'Harmattan, Paris, 2001) du français vers l'allemand et n'a donc cessé de cultiver son intérêt, autant pour l'histoire juive que pour la langue allemande et française.

 

Caroline Tudyka travaille et vit à Paris. Son album Shine Bright est paru en septembre.

Vous trouverez plus d'informations sur son site officiel: https://www.tudyka.com/fr

 

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Romain Bougourd 

  • Tu as fait tes études à Paris 3 : Quel a été ton parcours universitaire ?

J’ai toujours voulu être journaliste. Au début, je voulais faire une école de journalisme reconnue, mais ce n’était pas possible de faire un séjour Erasmus, donc j’ai décidé d’entrer à la fac. Je savais qu’à Paris 3 il y avait ce Master Professionnel de journalisme franco-allemand. Je l’avais en tête, mais il fallait faire un Master 1. J’ai donc fait ma licence d’allemand-histoire, ensuite un Master 1 d’allemand-histoire. J’ai fait toutes mes études à Paris 3, je les ai terminées en septembre dernier. Pendant mes études, j’ai dû faire plusieurs stages, en France et en Allemagne. C’était très formateur.

  • Pourquoi as-tu été tellement attaché à l’allemand ?

Parce que mon grand-père était prof d’allemand, sa mère était allemande, donc on a une tradition de faire de l’allemand dans la famille, d’où ma volonté de faire un Abibac et aussi de faire du journalisme franco-allemand, car le journalisme, c’est un milieu compliqué et l’allemand est une bonne façon de se démarquer des autres.

  • Comment as-tu vécu l’interculturalité pendant tes études ?

A l’université, on découvre d’autres profils, d’autres personnes qui viennent de pays et de milieux différents, et cela ouvre l’esprit. J’avais toujours cette idée d’aller en Allemagne car comme c’est un cursus interculturel, c’est important de côtoyer des étrangers. En Erasmus à Berlin, on était beaucoup d’Erasmus français et on se voyait souvent. Dans les cours, c’était un peu compliqué de se mélanger. Comme j’ai fait du sport, j’ai tissé des liens avec les autres participants allemands. Quelques amis avaient des colocs allemands, donc je parlais quand même la langue, heureusement. À Francfort, pendant mon stage, c’était plus facile de s’intégrer parce que je ne connaissais personne, il y avait aucun Français avec moi. On progresse plus quand on est avec des locuteurs natifs.

  • Quelle est ta situation actuelle ?

J’ai deux métiers : d’un côté je suis journaliste sportif pigiste. De l’autre, j’ai un travail à plein temps et stable : analyste trilingue dans un cabinet de conseil. C’est un domaine que je ne connaissais absolument pas. J’ai été pris parce que je parle l’allemand. Tous ceux qui sont dans l’entreprise où je travaille sortent d’écoles de commerce et parlent tous français et anglais. Le secteur du commerce ne touche pas notre quotidien, mais cela reste très important. Avant, je n’avais aucune idée de ce qu’était une boîte de conseil. Quand elles veulent lancer un produit, toutes les grosses entreprises ont besoin de faire des études de marché. Et au lieu de les faire elles-mêmes, elles payent un cabinet de conseil pour le faire. Dans ce genre de domaines, les langues sont très importantes, car elles sont considérées comme des compétences rares. Quant à moi, j’ai été flexible parce que j’étais ouvert à un autre métier que le journalisme, mais qui correspond à mon profil franco-allemand.

Pour l’instant, ma situation me convient, mon travail me permet continuer l’allemand et il ressemble un peu au journalisme : j’appelle des personnes pour faire des interviews et en tirer des conclusions. Dans les méthodes, cela se ressemble, mais ce n’est pas du tout pareil.

  • Quels sont tes projets d’avenir ?

Je n’imagine pas avoir ce travail toute ma vie, parce que mon objectif est d’être journaliste. Je garde le cap, si ce n’est pas tout de suite, ce n’est pas grave. Quant à travailler en Allemagne - je ne suis pas prêt à lâcher ma famille pour partir. J’ai toujours envie d’y aller pour faire un voyage, rencontrer des gens, faire des missions, mais pas sur le long-terme. J’ai ma vie en France avec l’Allemagne dedans.

 

sbm

 



Ingrid Lacheny, maître de conférence à l'Université de Lorraine, Metz: "Des enseignants motivés et intéressants".

 

« Baignée dans la germanophilie depuis le plus jeune âge, vivant entre Paris et Munich, je me suis tournée tout naturellement vers les études germaniques. Après deux années, je me suis inscrite en licence franco-allemande. Filière passionnante dans laquelle on rencontre beaucoup de germanophones d’horizons différents, elle m’a conduite ensuite vers deux ans d’assistanat à Munich et une inscription à la Ludwig-Maximilians-Universität en littérature et linguistique allemandes (Neuere Deutsche Literatur etgermanistische Linguistik). 

 

Tout d’abord, mon souhait était de travailler dans l’édition même si l’enseignement me plaisait bien. De retour en France pour des raisons personnelles, j’ai décidé finalement de passer les concours. J’y ai trouvé un climat serein et des enseignants à l’écoute délivrant de vrais conseils méthodologiques. Après les concours, j’ai donc commencé à enseigner en tant que TZR (Titulaire sur zone de remplacement) d’abord, puis en poste fixe au collège Victor Hugo (Aulnay-sous-Bois) et cela m’a bien plu et m’a aussi poussée à m’inscrire en Master 2 (DEA à l’époque) avec Mme Anne Saint-Sauveur Henn, puis en thèse avec M. Jacques Lajarrige, parallèlement à mon poste d’enseignante du second degré. 

 

Une fois la soutenance passée, j’ai eu la chance d’avoir la possibilité d’être vacataire à Paris 3, à l’endroit même où j’avais fait une partie de mes études. Passer de l’autre côté fut une expérience enrichissante qui m’a définitivement donné le goût de l’enseignement supérieur. J’ai réussi à obtenir un poste d’enseignant-chercheur à l’Université d’Artois (Arras) tout d’abord, puis un poste à l’Université de Lorraine (Metz) au département LEA suite à un rapprochement de conjoint ». 

 

(décembre 2018)

 


 Sophia Andreotti, journaliste et rédactrice free-lance, est une enfant du franco-allemand.

 

Sa famille, son éducation, ses études, son travail : sa vie est imprégnée par les deux pays depuis toujours. Cette Française de 31 ans s’est installée à Berlin après avoir obtenu son diplôme. Cet article retrace son parcours et revient sur son expérience dans l’univers du franco-allemand.

 

Sophia est née et a grandi en France avec une mère allemande. Enfant, le seul contact qu'elle avait avec l'Allemagne et l'allemand était lors des nombreuses vacances en famille dans la maison de sa grand-mère, en Sarre. Pour elle, cette Allemagne était une sorte de paradis, un univers en dehors de sa ville de naissance Reims. L'histoire de la ville et notamment la signification de la cathédrale de Reims pour le couple franco-allemand sont preuve que sa vie est marquée par le franco-allemand, depuis sa naissance. Comme la France et l’Allemagne ont joué un rôle important dans l'intégration européenne, son regard sur l'Europe a toujours été au-dessus du franco-allemand. Ses origines polonaises et italiennes y ont également contribué.

 

C'étaient donc ces enjeux familiaux franco-allemands et européens, ainsi que son parcours scolaire dans des classes européennes, qui ont influencé son choix d'études. Le fait que l'allemand soit « la voie d'excellence en France », comme l’observe Sophia, et la possibilité de s’élever socialement par cette voie l'ont finalement poussée à opter pour une licence d'allemand à Paris IV. L'objectif était d'intégrer par la suite une école de journalisme pour accéder à ce métier. Le master 2 en journalisme franco-allemand à Paris III lui a permis de construire une bonne base.

La jeune femme porte un regard critique sur le système universitaire français en général et sur la préparation des études à la vie professionnelle. Il est évident que les études d'allemand en licence et en master lui ont permis d’acquérir de nombreuses connaissances sur les deux pays ; elle critique cependant l'insertion professionnelle. Notamment le manque d'engagement de l'université concernant l'aide à « mener de plus grands projets, à intégrer des rédactions », ou encore pour aider à la recherche d'un stage. Le système français et la réputation des Grandes Écoles donnent l'impression qu'un cursus universitaire est presque insignifiant, d'où l'importance d'un bon stage qui pourrait compenser ce manque sur le CV. Par le biais d'un stage, la création d'un réseau pour les étudiants pourrait être possible. Selon elle, les profils franco-allemands sont toutefois recherchés sur le marché de travail.

 

Selon Sophia, le monde franco-allemand peut parfois paraître plutôt refermé sur lui-même pour un observateur extérieur. Ce manque d'ouverture se reflète dans un monde du franco-allemand qui, toujours d'après elle, n'est pas toujours à la hauteur des réalités actuelles. Elle souhaiterait que le monde franco-allemand s’ouvre davantage, par exemple sur un monde constitué de jeunes étudiants, apprentis et travailleurs. Il serait positif que le franco-allemand affronte cette réalité en étant « plus englobant et plus audacieux ».

 

Sophia essaie d'y contribuer en tant que journaliste, tout en gardant son histoire et son âme franco-allemandes, mais en restant ouverte à d'autres univers. Et pour elle, il n'y a pas de meilleur endroit pour y parvenir qu’à Berlin, où elle a trouvé un contexte cosmopolite où tout cela est possible.

mwf


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